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Bayer mise sur l’agriculture intensive en croquant Monsanto

Le rachat de Monsanto par Bayer, une emplette à 63 milliards de dollars, représente le plus gros rachat jamais réalisé à l'étranger par un groupe allemand (archives). KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ sda-ats

(Keystone-ATS) L’allemand Bayer doit se muer jeudi en géant mondial des pesticides, engrais et OGM en bouclant le rachat du spécialiste américain Monsanto. le géant d’outre-Rhin entend fournir une agriculture toujours plus stimulée par les biotechnologies.

Cette emplette à 63 milliards de dollars (61,5 milliards de francs), la plus grande jamais réalisée à l’étranger par un groupe allemand, “comporte un risque élevé pour la réputation, mais des opportunités de marché énormes”, résume le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Bayer s’est efforcé lundi de dissiper le parfum sulfureux de sa cible en enterrant le nom “Monsanto”, synonyme pour ses détracteurs des dérives de l’agrochimie, et associé à une cascade de procédures judiciaires.

Mais l’opération est purement cosmétique: les marques de la firme de Saint-Louis seront vendues à l’identique, de Dekalb (semences de maïs et colza) à De Ruiter (semences potagères) en passant par le célèbre Round up, herbicide au glyphosate mis en cause pour ses effets cancérogènes.

Car Bayer, qui a poursuivi Monsanto de ses assiduités avant d’arracher son accord en septembre 2016, table sur le boulevard commercial qui s’ouvre au futur mastodonte face à la nécessité de produire plus sur des surfaces restreintes.

Concentration

“Nourrir une population mondiale croissante est un défi à long terme, auquel nous voulons contribuer”, annonçait mardi dans le quotidien Handelsblatt le patron de Bayer, Werner Baumann.

En lançant l’opération, Bayer avait détaillé sa vision de la planète à l’horizon 2050, faite de dix milliards de bouches à nourrir, sur des terres arables limitées et perturbées par le réchauffement climatique.

Avec 115.000 salariés, 45 milliards d’euros de revenus combinés annuels dont 19,7 milliards pour la seule activité agrochimique, le futur ensemble s’apprête à prendre la tête d’un secteur en pleine concentration.

L’an dernier déjà, l’américain Dow Chemical avait épousé son compatriote DuPont puis le chinois ChemChina avait racheté le suisse Syngenta pour 43 milliards de dollars, deux mégafusions qui avaient alarmé les défenseurs de l’environnement.

Par ricochet, ces grandes manoeuvres ont fait grossir l’américain FMC, qui récupère des herbicides et insecticides de DuPont, et l’allemand BASF, qui va mettre la main sur quelque 7,7 milliards d’euros d’activités cédées par Bayer pour amadouer les autorités de la concurrence.

Bayer mise sur la complémentarité entre ses produits phytosanitaires et l’avance de Monsanto dans “les biotechnologies des plantes”, selon Werner Baumann, deux domaines qui nécessitent de tels efforts de recherche et développement que les positions acquises sont cruciales.

Inquiétudes

“Les trois nouveaux conglomérats”, DowDupont, ChemChina-Syngenta et Bayer, “devraient contrôler plus de 60% du marché des semences et de l’agrochimie”, “fournir la quasi-totalité des OGM” et “détenir la majorité des brevets sur les plantes”, soulignait l’an dernier la Fondation Heinrich Böll, proche des Verts allemands.

Comme nombre d’associations écologistes, cette structure redoute que Bayer et ses deux concurrents ne “dictent les produits, les prix et les standards de qualité”, tout en pesant en coulisses sur les décisions politiques.

“Nous écouterons nos critiques et travaillerons ensemble là où il y a un terrain d’entente”, promet de son côté le patron de Bayer, tout en estimant que l’agriculture “est un sujet trop important pour que des divergences idéologiques empêchent le progrès”.

Du sort du glyphosate, sur la sellette en Europe, à celui des organismes génétiquement modifiées, l’avenir du secteur dépend largement des futures politiques environnementales et de sécurité alimentaire, avec de fortes différences géographiques.

“Les continents en plein développement sont l’Afrique et l’Amérique latine”, tandis que les Etats-Unis et l’Asie “continuent de développer leur agriculture avec des préoccupations environnementales”, alors que l’Europe se distingue par son hostilité aux OGM, résumait lundi le président de Bayer France, Franck Garnier, auprès de l’AFP.

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