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L'audition de Mariano Rajoy était retransmise en direct à la télévision publique espagnole.

KEYSTONE/EPA EFE POOL/CHEMA MOYA / POOL

(sda-ats)

Mariano Rajoy a assuré mercredi qu'il ignorait tout des cas de corruption dont sa formation, le Parti populaire espagnol (PP) est accusée. Le président du gouvernement espagnol s'exprimait en tant que témoin dans le procès du vaste réseau de corruption "Gürtel".

L'Audience nationale, tribunal spécialisé dans les affaires politico-financières et de terrorisme, avait convoqué M. Rajoy, président du Parti populaire au pouvoir. Il est le premier chef de gouvernement en Espagne à être cité à comparaître devant un tribunal en tant que témoin.

M. Rajoy a pris place pendant presque deux heures sur l'estrade réservée aux magistrats, après avoir juré de dire "toute la vérité". "Je n'ai jamais entendu parler de rien, car, comme je l'ai dit, je n'ai jamais été responsable des finances du parti", a-t-il déclaré. L'audition était retransmise en direct à la télévision publique.

Il n'est lui-même accusé d'aucune malversation dans cette affaire de "caisse noire" ayant alimenté des campagnes électorales et financée par de généreux donateurs anonymes. Mais le dossier, qui alimente la chronique politico-judiciaire depuis des années, est embarrassant pour le chef de l'exécutif, qui exerce depuis octobre dernier un deuxième mandat de quatre ans sans majorité au Parlement.

Trente-sept prévenus

L'affaire, qui compte 37 prévenus, est jugée depuis début octobre 2016. Ses principaux protagonistes sont Francisco Correa, un entrepreneur, et Luis Barcenas, ancien intendant et trésorier du Parti populaire, un temps proche de Mariano Rajoy. Les faits remontent au début des années 2000.

Luis Barcenas devait s'expliquer sur l'origine de son immense fortune, jusqu'à 48 millions d'euros (51 millions de francs), placée sur des comptes en Suisse. En janvier, devant les juges, M. Barcenas avait admis que le parti disposait "de ressources qui n'apparaissaient pas dans sa comptabilité officielle".

Elles étaient alimentées, selon lui, par des donations d'hommes d'affaires. Si les entrepreneurs obtenaient un contrat, "ils nous passaient 2 à 3%" du montant, a de son côté affirmé au procès Francisco Correa.

Comme ses détracteurs s'y attendaient, M. Rajoy n'a pas apporté d'éclaircissements. Il a assuré n'être au courant de rien et avoir coupé les ponts avec MM. Correa et Barcenas quand ils ont été mis en cause.

Longue série de scandales

Cette affaire est la première d'une longue série de scandales qui ont écorné depuis presque 20 ans l'image du PP, alors même que M. Rajoy faisait partie de la direction. L'avocat qui l'a interrogé n'a d'ailleurs pas hésité à aborder d'autres dossiers, qui n'ont pas encore été jugés, mais font l'objet d'enquêtes judiciaires.

Mariano Rajoy avait demandé de témoigner par visioconférence. Il avait fait valoir que son déplacement jusqu'au tribunal, dans la grande banlieue de Madrid, avec les frais de sécurité associés, était coûteux pour le contribuable. La cour a refusé.

Le spectacle donné par Mariano Rajoy a conduit les partis d'opposition à multiplier les appels à la démission. "Par dignité, non pas la vôtre mais celle de la démocratie, j'exige que vous démissionniez. Vous êtes le principal responsable politique du climat de corruption que nous avons vécu", a accusé le secrétaire général du Parti socialiste Pedro Sanchez.

Le chef du parti anti-austérité Podemos Pablo Iglesias a jugé "honteux" le témoignage livré par le chef du gouvernement. M. Rajoy, lui, s'est dit "très content" d'avoir témoigné, assurant qu'il poursuivrait sa lutte contre la corruption.

ATS