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Le Conseil des Etats refuse d'interdire la burqa en Suisse. Ici, Nora Illi lors d'une conférence de presse du Conseil central islamique suisse contre la loi tessinoise (archives).

KEYSTONE/TI-PRESS/GABRIELE PUTZU

(sda-ats)

La burqa ne sera pas interdite sur le territoire suisse pour l'instant. S'opposant au National, le Conseil des Etats a définitivement enterré jeudi une initiative parlementaire de Walter Wobmann (UDC/SO). Le peuple devrait avoir le dernier mot.

En septembre dernier, le Conseil national avait soutenu de justesse (88 voix contre 87 et 10 abstentions) le texte qui reprend celui de l'initiative acceptée par les Tessinois en 2013. Il prévoit de modifier la Constitution pour interdire au niveau national de se dissimuler le visage sur la voie publique.

La population ne se sent pas à l'aise en présence de femmes entièrement voilées, a lancé l'indépendant schaffhousois Thomas Minder en défendant une interdiction. Car "la burqa et le niqab sont discriminatoires pour les femmes."

D'autres pays ont déjà fait le pas, en Europe, en Afrique du Nord, le Tessin aussi, a poursuivi M. Minder. Il n'en va pas seulement de quelques cas, mais d'une forte islamisation de la société, qu'il faut combattre.

Il a reçu le soutien de Filippo Lombardi (PDC/TI). "Nous ne parlons pas seulement de la burqa, mais d'une dissimulation du visage." L'aspect sécuritaire est aussi important, afin de lutter contre le hooliganisme.

Egalité

"Combien de fois, au sein du Parlement, avons-nous raté l'occasion de soutenir les droits des femmes suisses", a rétorqué Fabio Abate (PLR/TI). "J'attends de voir ce que voteront sur un congé paternité ceux qui disent combattre les discriminations contre les femmes."

"Je refuse de participer au lancement d'une "guerre culturelle" entre religions, même si je refuse la burqa en tant que telle", l'a rejoint Anita Fetz (PS/BS). On doit régler le problème au niveau de l'intégration des étrangers, pas dans la Constitution, a aussi estimé Karin Keller-Sutter (PLR/SG).

Il ne sert à rien de légiférer à l'échelon fédéral, a conclu Robert Cramer (Verts/GE). Le port de vêtements dissimulant le visage pour des raisons religieuses est un phénomène marginal. C'est donc aux cantons qu'il appartient de prendre des mesures, s'ils le jugent nécessaire.

Il faut différencier le cas des touristes. Une interdiction pénaliserait celles qui sont originaires du Golfe persique, et donc l'industrie du tourisme helvétique, par exemple à Genève, a rappelé M. Cramer.

La Chambre des cantons a suivi ces arguments par 26 voix contre 9 et 4 abstentions.

Se tourner vers le peuple

Sans attendre le Parlement, la droite dure a lancé avec fracas en mars 2016 une initiative populaire pour une interdiction de la burqa dans toute la Suisse. Le même Walter Wobmann est à la tête du groupement qui a lancé l'initiative, le "comité d'Egerkingen", déjà à la base de l'initiative anti-minaret.

Selon le texte, personne ne devrait avoir le droit de dissimuler son visage dans l'espace public, dans des lieux accessibles à tous (excepté les lieux de culte) ou dans lesquels sont fournies des prestations accessibles à tout un chacun. Il serait aussi interdit de contraindre quelqu'un à se dissimuler le visage en raison de son sexe. Des exceptions seraient prévues pour des raisons sanitaires, de sécurité, climatiques ou de coutume locale.

Controverses

En lançant la récolte de signatures, Walter Wobmann avait créé un "buzz" de deux minutes avec une mise en scène sur la Place fédérale mettant en scène des personnes portant le voile intégral et une ceinture d'explosifs factices. Cette action lui a valu une amende. Le comité d'initiative a jusqu'en septembre 2017 pour réunir 100'000 signatures.

A gauche, le sujet fait également polémique. Plusieurs ténors du PS, notamment son patron Christian Levrat ou le conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard, se sont positionnés contre le port de la burqa ou du niqab, sans toutefois soutenir l'initiative UDC.

Au Tessin, la loi interdisant de se dissimuler le visage est entrée en vigueur le 1er juillet 2016. Seules quelques femmes ont été mises à l'amende jusqu'à présent. Deux pays en Europe ont adopté une telle mesure: la Belgique et la France.

ATS

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