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Le président guatémaltèque, accusé de corruption, perd son immunité

(Keystone-ATS) Le parlement du Guatemala a voté mardi la levée de l’immunité du président Otto Pérez, accusé de corruption. Cette décision ouvre la voie à des poursuites judiciaires à son encontre, une première dans l’histoire du pays.

“Nous déclarons approuvée” la levée de l’immunité du président conservateur, a annoncé le député de l’opposition Carlos Herrera, secrétaire du comité de direction du Parlement, après le vote favorable des 132 députés présents (sur 158 que compte l’assemblée). Pour être validée, la mesure nécessitait l’appui des deux tiers des parlementaires, mais aucun de ceux présents mardi n’a voté contre.

Spontanément, des centaines d’habitants ont accouru devant le Parlement, après cette annonce survenue à 16h30 (00h30 mercredi en Suisse). Aux sons de trompettes et de pétards, les manifestants, à la fois heureux et émus, ont ensuite rejoint la place centrale de la ville de Guatemala, où ils étaient plus d’un millier en début de soirée, malgré l’intense pluie tropicale.

“C’est un triomphe du peuple guatémaltèque, face à l’anarchie qui régnait dans ce pays”, témoignait Morel Villatoro, retraité, au milieu d’une foule agitant le drapeau blanc et bleu ciel du pays.

Sortie du pays interdite

C’est la première fois dans l’histoire du Guatemala qu’un président perd sa protection judiciaire, ouvrant la voie à des poursuites à son encontre, pendant lesquelles il pourra rester à son poste sauf si un juge décrète son placement en détention provisoire.

Dès mardi soir, la justice lui a interdit de sortir du territoire. “Il existe toujours le risque et la possibilité qu’il puisse abandonner le pays”, a cependant expliqué la procureure générale Thelma Aldana sur une télévision locale, soulignant que M. Pérez est désormais “un citoyen ordinaire pour le système judiciaire, même s’il continue d’exercer comme président”.

Cette mesure intervient alors que le pays centraméricain vit un moment de mobilisation populaire sans précédent et à quelques jours seulement des élections générales prévues dimanche, auxquelles M. Pérez, en exercice jusqu’au 14 janvier 2016, ne se représente pas, la Constitution n’autorisant qu’un seul mandat.

Des manifestations pacifiques sont organisées chaque semaine depuis avril, quand avait été révélé ce scandale de corruption. “Le peuple du Guatemala, après quatre mois de lutte, retrouve l’espoir et voit que le Parlement réagit enfin et ouvre la voie à une procédure contre un président qui n’a pas su écouter le peuple guatémaltèque”, s’est réjoui Mario Taracena, député social-démocrate.

Démission rejetée

Le général en retraite de 64 ans, au pouvoir depuis 2012, est accusé par le parquet et une commission de l’ONU contre l’impunité (Cicig) d’avoir dirigé un système de corruption au sein des douanes, via lequel des fonctionnaires touchaient des pots-de-vin pour exonérer de taxes certaines importations. Son ancienne vice-présidente, Roxana Baldetti, est déjà en détention provisoire dans cette affaire.

Mi-août, une précédente demande de levée d’immunité, avant les accusations du parquet et de la Cicig, avait échoué faute d’atteindre le nombre de votes nécessaires. Mais face à la colère grandissante de la population, les parlementaires, nombreux à jouer leur siège lors des élections de dimanche, ont cette fois appuyé la procédure.

Le président a déposé lundi un recours devant la Cour constitutionnelle pour bloquer la procédure contre lui, avant une décision attendue d’ici jeudi. Son porte-parole, Jorge Ortega, a de nouveau nié mardi qu’il allait démissionner, malgré les nombreux appels en ce sens d’institutions publiques dont la Cour des comptes, ainsi que du patronat.

Les manifestants réclament par ailleurs le report des élections, souhaitant d’abord une vaste refonte du système politique pour le purger de la corruption endémique.

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