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Pour les spécialistes, un ensemble de facteurs de stress est à l'origine de la progression du virus qui affecte principalement les tortues vertes (archives).

KEYSTONE/EPA/STEVE DE NEEF/GREENPEACE/HANDOUT

(sda-ats)

Un mal mystérieux frappe les tortues vertes. Un virus de la famille de l'herpès provoque chez ce reptile marin des tumeurs bénignes, mais qui en l'empêchant de se nourrir ou de nager peuvent tout de même conduire à la mort.

La fibropapillomatose a été décrite dès les années 1930. Autrefois rare, elle est devenue commune dans le monde entier, affectant jusqu'à 50% voire 70% des populations.

"Jusqu'ici, nous avons observé la maladie exclusivement chez la tortue verte", indique Frederico Tognin, biologiste au Projeto Tamar à Praia do Forte, au nord de Salvador (Brésil). Ce projet, qui gère 22 stations le long de 7500 kilomètres de côtes brésiliennes, se charge de recueillir les animaux malades et de les remettre sur pied.

"Nous ne savons pas pourquoi seule cette espèce est touchée", ajoute le spécialiste. Il existe sept espèces de tortues marines dans le monde dont six sont sur la liste rouge de l'UICN, parmi lesquelles la tortue verte ou tortue franche (Chelonia mydas). Elle a déjà disparu de certaines régions, comme les côtes d'Israël ou les Îles Caïman.

"L'extinction est malheureusement un scénario réaliste", explique Mathias Ackermann, ancien directeur de l'Institut de virologie de l'Université de Zurich, qui étudie cette maladie et cherche à développer un vaccin. Il se rend régulièrement à Hawaï, où près de 90% des tortues vertes ont des tumeurs.

Différences régionales

"Il y a des différences considérables selon les régions", poursuit le Pr Ackermann. La panzootie est actuellement en forte expansion dans les Caraïbes et sur la côte sud des Etats-Unis. On ignore pourquoi certaines tortues s'infectent davantage à certains endroits qu'à d'autres.

Le virus est naturellement présent dans les mers. Les tumeurs ne sont pas mortelles en elles-mêmes: "Elles sont majoritairement bénignes, à croissance lente, rarement invasives et elles ont une tendance faible à la formation de métastases", note le Pr Ackermann.

Les tumeurs sont la plupart du temps externes, souvent proches des yeux et de la bouche, ce qui finit par handicaper l'animal, incapable de chasser ou de manger. Certaines tortues meurent de faim, d'autres étouffent. Des tumeurs internes ont également été observées, affectant le coeur, les poumons ou les reins.

Ce sont surtout les jeunes spécimens, âgés de dix à vingt ans, qui tombent malades, soit peu avant la maturité sexuelle. Or sur un millier d'oeufs de tortue verte, seul un animal en moyenne parvient à l'âge de se reproduire.

Tous les autres sont victimes de prédateurs, soit à l'état d'oeuf déjà, soit sur le chemin de la plage à la mer, soit dans la mer. De nombreuses tortues marines finissent en outre au menu des restaurants ou étouffent dans les filets, victimes collatérales de la pêche industrielle.

Facteurs de stress

Une solution consisterait à vacciner les tortues. Mais jusqu'ici, il n'a pas été possible d'isoler le virus dans des cultures de cellules, selon Mathias Ackermann.

Pour Virginia Ferrando, vétérinaire au Centre de tortues marines Karumbé à Montevideo (Uruguay), vacciner des animaux sauvages est fondamentalement une mauvaise idée. Le virus n'est que la cause principale de la maladie qui touche là-bas aussi exclusivement les tortues vertes.

Selon elle, les déclencheurs sont à rechercher parmi diverses causes comme les parasites, un affaiblissement du système immunitaire, la pollution, le manque de nourriture ou la présence humaine, entre autres facteurs de stress.

Par ailleurs, le moment de l'infection est difficile à déterminer, car les tortues effectuent des milliers kilomètres dans la mer, sur des années, et les symptômes peuvent apparaître très tardivement.

A Projeto Tamar, certaines tortues vertes remises sur pied vont bientôt quitter leurs bassins. Avant de recouvrer la liberté, elles seront dotées d'une puce dans l'espoir, peut-être, de mieux comprendre le mal qui les frappe.

ATS