Navigation

Syrie: crimes contre l'humanité présumés d'Hayat Tahrir al-Cham

"Des violations généralisées" continuent d'être observées, a déploré le président de la Commission d'enquête internationale indépendante de l'ONU Paulo Sergio Pinheiro (à droite). KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI sda-ats
Ce contenu a été publié le 28 février 2019 - 15:29
(Keystone-ATS)

La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie conclut à des crimes contre l'humanité présumés des djihadistes du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS). Dans son rapport présenté jeudi à Genève, elle cible aussi de nombreux acteurs pour de possibles crimes de guerre.

Les avancées des forces progouvernementales et l'accord entre la Russie et la Turquie pour une zone démilitarisée dans la région d'Idleb (nord-ouest) ont contribué à une baisse des affrontements. Pour autant, ceux-ci se poursuivent dans d'autres zones, affirment les trois membres de l'instance dans leur rapport sur la période entre mi-juillet et mi-janvier.

"Des violations généralisées" continuent d'être observées, a déploré devant la presse le président de la Commission d'enquête internationale indépendante de l'ONU Paulo Sergio Pinheiro. Il a fait part notamment de la consternation des trois enquêteurs face à la situation à Idleb.

Détentions arbitraires

Parmi les crimes dénoncés, les détentions arbitraires massives d'opposants à leur groupe laissent penser que les militants de HTS sont responsables de crimes contre l'humanité présumés. Ceux-ci contrôlent désormais d'importantes parties de la région d'Idleb.

"Personne n'a de chiffre" sur le nombre de personnes retenues, mais la Commission a pu documenter plusieurs cas, a dit M. Pinheiro. Elle peut même conclure à une augmentation des enlèvements et de ces détentions, a ajouté l'un de ses membres, Hanny Megally. Aucune autorité centralisée ne contrôle cette zone, selon lui.

Dans la même zone, en septembre et en novembre, au moins trois assauts aériens des forces progouvernementales n'ont a priori pas visé des cibles militaires, affirme la Commission. Ils ont fait plusieurs dizaines de victimes. Et les soutiens du président Bachar al-Assad ont aussi ciblé à au moins une reprise un centre de santé.

De même, des heurts entre les djihadistes d'Hayat Tahrir al-Sham et les rebelles islamo-nationalistes du groupe Nour al-Din al-Zanki semblent avoir affecté des zones où aucune présence militaire légitime n'a été observée.

Civils pris en otages

Autre grief, le groupe Etat islamique (EI) a retenu des civils en otages pendant plusieurs mois, avant de les échanger contre des proches retenus par le gouvernement. Des groupes armés ont encore été mis en cause à Afrine, aussi pour avoir pris des otages et pour avoir perpétré de la torture.

La coalition menée par les Etats-Unis n'est pas non plus épargnée, même si davantage d'indications sur deux raids qui ont tué des civils doivent être obtenues. Mais ses assauts, responsables de nombreuses victimes et de dommages à des centres de santé notamment, provoquent "de graves préoccupations" sur de possibles crimes de guerre et d'autres violations du droit international, explique aussi la Commission.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les Etats-Unis sont aussi en cause pour la détention présumée à l'isolement de certaines personnes qui pourrait aboutir à des abus. Les premières sont aussi ciblées pour les conditions imposées dans le camp d'al-Hol à 35'000 personnes qui ont fui la zone contrôle qui était encore contrôlée par l'EI dans le nord-est. Ces deux situations "sont illégales", a affirmé M. Megally.

Appel lancé aux Etats

Le président de la Commission appelle aussi les Etats à être attentif à la situation des proches de djihadistes. La communauté internationale ne semble pas "se préoccuper" du rapatriement de ces personnes, a-t-il dit.

Autre préoccupation, après l'annonce d'un retrait américain, M. Pinheiro et la troisième membre de la Commission Karen Abuzayd mettent en garde contre un changement significatif du dispositif militaire pour la sécurité de certaines zones. L'Etat de droit pourrait être fragmenté dans certaines régions.

Le président de la Commission s'est également réjoui de l'arrestation dans deux pays européens de trois Syriens suspectés de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité. Son entité a reçu plusieurs centaines de demandes de collaboration de juridictions nationales depuis plusieurs années. M. Pinheiro salue "tous les efforts" pour poursuivre des responsables de violences.

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.