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Crèmes solaires, dentifrices, denrées alimentaires, vêtements, applications médicales, les nanoparticules sont partout, d'où la nécessité d'encadrer étroitement leur développement (archives).

KEYSTONE/AP/ROBERTO PFEIL

(sda-ats)

Le fort potentiel des nanomatériaux doit être étroitement encadré par la recherche fondamentale, car l'expérience sur leurs effets à long terme fait encore défaut. C'est le bilan du Programme national de recherche "Opportunités et risques des nanomatériaux" (PNR 64).

Lancé en 2010, le PNR 64 a duré six ans. Vingt-trois projets en lien avec la biomédecine, l'environnement, l'énergie, les matériaux de construction et les denrées alimentaires ont mis en évidence le remarquable potentiel d'application des nanoparticules synthétiques.

"Chaque projet devait étudier autant les opportunités que les risques, ce qui a parfois constitué un sérieux défi pour les chercheurs", a souligné Peter Gehr, président du comité de direction du PNR 64, jeudi devant la presse à Berne.

Exemple de résultats proches de l'application industrielle: un matériau de construction renforcé avec de la nanocellulose, dont peut être dérivé un isolant à la fois résistant et léger. Des recherches ont été aussi menées avec succès dans le secteur énergétique, où l'objectif consistait à rendre les batteries lithium-ion plus sûres et plus efficaces.

Les promesses de la nanomédecine

Les applications biomédicales ont fait l'objet de 9 des 23 projets du programme. Des approches novatrices cherchent à tirer parti des nanoparticules pour transporter des antiviraux au coeur des cellules ou pour les utiliser comme agent immunomodulateur afin de développer un vaccin contre l'asthme.

Des nano-aimants pourraient un jour filtrer des substances métalliques toxiques présentes dans le sang. En démontrant que certaines nanoparticules peuvent franchir la barrière placentaire, un projet a ouvert la voie à de nouvelles options thérapeutiques. Des recherches ont aussi étudié des matériaux de substitution osseux et cartilagineux à base de nanocellulose ou de nanofibres.

Risques pour la santé

Un point central du PNR 64 a concerné l'étude des risques possibles pour la santé. Plusieurs projets ont examiné ce qui se passait lorsque des nanoparticules étaient inhalées; deux autres ont porté sur les denrées alimentaires.

Le premier a vérifié si l'organisme absorbe mieux le fer lorsqu'il est ajouté sous forme de nanoparticules à un aliment. Le second s'est penché sur les nanoparticules de silice, un produit couramment utilisé comme antiagglomérant dans les condiments.

Les résultats indiquent que des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer quelles doses peuvent être utilisées sans risquer de déclencher des réactions inflammatoires au niveau de l'intestin.

Nanomatériaux et environnement

Les sept projets menés dans le domaine environnemental offrent une meilleure compréhension de la toxicité des nanomatériaux, de leur biodégradabilité et de leur stabilité, ainsi que de leur accumulation dans l'environnement et dans les systèmes biologiques.

Les équipes de recherche ont analysé la dissémination des nanomatériaux synthétiques au cours de leur cycle de vie, les milieux où ils s'accumulent, de même que la façon de les éliminer.

Une équipe a par exemple constaté que les nanoparticules d'argent se détachant des textiles lors du lavage sont filtrées à 95% par les stations d'épuration. Le reste finit dans les boues d'épuration, qui en Suisse sont éliminées par incinération. Un autre projet a mis au point un appareil capable de mesurer l'exposition des micro-organismes aquatiques aux nanomatériaux.

Instruments de régulation

"Les connaissances fondamentales acquises grâce aux projets du PNR 64 servent à rendre l'utilisation des nanomatériaux plus sûre, résume Christoph Studer, de l'Office fédéral de la santé publique, qui a accompagné le programme sur toute sa durée en tant qu'observateur de l'administration fédérale.

Pour M. Studer, "les instruments de régulation et les lignes directrices pour les essais doivent être adaptés en permanence à l'échelle nationale et européenne". Dans ce contexte, la grille de précaution élaborée par la Confédération constitue un instrument essentiel. Il permet aux entreprises d'identifier systématiquement les risques posés par les nanomatériaux lors de la production.

En outre, ces résultats montrent que l'utilisation de technologies telles que les nanomatériaux doit être étroitement encadrée par la recherche fondamentale. "Nous en avons beaucoup appris sur les risques des nanomatériaux et comment les limiter", souligne Peter Gehr: "Nous devons néanmoins poursuivre nos recherches afin de déterminer ce qui ce passe lorsque la population ou l'environnement y sont exposés pendant de longues périodes".

Les 23 projets ont concerné mobilisé une centaine de chercheurs pour une enveloppe totale de 12 millions de francs, avec 150 publications scientifiques à la clé.

ATS

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