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Yves Daccord aurait dû normalement quitter son poste en 2018 (archives).

KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

(sda-ats)

Le directeur général du CICR Yves Daccord restera deux ans de plus à la tête de l'organisation. S'exprimant dans le Matin dimanche, il dit avoir pris cette décision en raison de "deux évènements majeurs": le Brexit et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis.

Yves Daccord aurait dû normalement quitter son poste en 2018, après ses deux mandats statutaires de quatre ans. En accord avec la présidence et l'Assemblée du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), il dit avoir opté pour deux ans supplémentaires afin de "conserver une certaine stabilité à la tête de l'organisation dans une phase où les réformes internes sont importantes".

Les "évènements majeurs" qu'il cite auront un impact au niveau des contributions, explique-t-il. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont en effet les premiers Etats donateurs du CICR, même si Washington n'a pas encore mis à exécution sa menace de couper les contributions américaines aux organisations internationales.

Redistribution des cartes

Mais ils vont surtout "accélérer la redistribution des cartes de la politique mondiale", pense Yves Daccord. Quatre membres permanents sur cinq du Conseil de sécurité de l'ONU sont en guerre - tous sauf la Chine - et dix sur les quinze Etats membres de ce Conseil, relève-t-il. Ce qui veut dire qu'ils privilégient la dimension "sécurité" de leur mandat.

"On voit aujourd'hui que le Conseil de sécurité - et au-delà la somme des Etats - a de la difficulté à produire du consensus politique", par exemple sur la Syrie, constate le directeur du CICR. C'est encore plus vrai après le Brexit et l'élection de Donald Trump.

Savoir avec qui parler

"Face à cette panne de la communauté internationale, nous avons très vite dû savoir avec qui s'associer, identifier les pays ou les personnes dans le secteur privé qui, sur telle ou telle thématique, détiennent une véritable influence".

Par exemple les GAFAM américains (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ou, pour ce qui est des Etats-Unis, des acteurs de la Maison Blanche au Congrès, en passant par les forces spéciales, la CIA ou la NSA (Agence de sécurité nationale).

Souveraineté nationale, valeur ultime

L'élection de Donald Trump a aussi eu un impact face à la justice internationale, dont la situation "s'est péjorée ces derniers mois". Une autre tendance est "le renforcement de la souveraineté nationale, qui semble être redevenue la valeur ultime".

Les alliances sont devenues "fluides". "Des alliés d'un jour ou d'un combat, comme en Syrie ou en Irak, s'opposent frontalement le lendemain".

Plus globalement, Yves Daccord constate une propension des dirigeants actuels, qui savent au fond que leur influence est très réduite sur des questions d'ordre mondial comme la sécurité ou la migration, à opter pour des discours ou des actions à court terme qui ne résolvent rien. La fermeture des frontières en est un exemple.

Cyberguerres, menace du futur

Pour l'avenir, le directeur général du CICR craint surtout les cyberguerres. "Toutes les guerres, même les plus reculées, ont désormais une dimension liée à internet", note-t-il.

Certains meneurs de guerre "ont la capacité de pirater une centrale électrique ou couper le courant d'un pays". "Les cyberattaques vont avoir des conséquences équivalentes à celles des guerres conventionelles", prophétise Yves Daccord.

Pire: avec la convergence des réseaux et de l'intelligence artificielle, "nous voyons arriver une nouvelle génération d'armes qui auront l''intelligence' de décider elles-mêmes si elle se trouvent face à un ennemi ou non".

"Il y a selon moi une nécessité absolue à appliquer les lois internationales dans ce secteur et à en instaurer de nouvelles si nécessaires", dit-il. "La Suisse et Genève" ont selon Yves Daccord un rôle à jouer dans ce cadre.

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ATS