La réclusion à vie pour «l’ange de la mort»
La Cour criminelle de Lucerne condamne à la perpétuité un infirmier pour l’assassinat de 22 personnes âgées dans des homes de Suisse centrale.
Il était accusé d’avoir tué à 24 reprises au moins. Il s’agit de la plus grosse tuerie en série de l’histoire moderne de la Suisse.
Le tribunal d’Emmenbrücke s’est montré plus sévère que l’accusation dans cette affaire d’euthanasie active, la plus importante qu’ait connu la Suisse.
Le procureur, Horst Schmitt, avait renoncé à plaider la réclusion à vie, parce que l’accusé, arrêté le 28 juin 2001 après une série de décès dans un home à Lucerne, avait avoué spontanément d’autres crimes, qui autrement seraient restés impunis.
La tête recouverte d’un sac
L’infirmier de 36 ans avait reconnu avoir tué 23 femmes et quatre hommes âgés de 66 à 95 ans dans des homes des cantons de Lucerne, Obwald et Schwyz entre 1995 et 2001. Bon nombre des victimes souffraient de démence sénile.
Il les tuait en leur administrant des calmants ou en les étouffant en leur recouvrant la tête d’un sac ou d’un tissu.
Il dit avoir agi par pitié, compassion, empathie et pour soulager les personnes concernées. Mais il a également évoqué parallèlement un surmenage personnel et la lourde charge supportée par l’équipe soignante.
Esquissant l’image d’un homme avide de reconnaissance et incapable de remplir les exigences du métier d’infirmier, le procureur avait requis 17 ans de réclusion pour 19 meurtres, trois tentatives de meurtre et cinq assassinats.
Pour Horst Schmitt, l’infirmier a tué ces cinq patients non par compassion, mais par égoïsme, parce qu’il ne les supportait plus. Il a en outre parfois fait preuve de violence, certaines victimes étant capables de se défendre.
Pas fait pour ce travail
La défense, de son côté, contestait la qualification d’assassinat et ne retenait que 22 meurtres. Selon l’avocat commis d’office, cet ancien professeur de danse n’était pas fait pour être infirmier et les soins de longue durée l’ont conduit à subir un stress important.
La Cour en a jugé autrement, puisqu’elle a condamné l’infirmier à la réclusion à vie, pour 22 assassinats, trois tentatives d’assassinat et deux préparations de meurtre.
L’accusé, qui a déjà passé 1304 jours en prison, devra par ailleurs verser 75’000 francs de dédommagements aux proches de quatre de ses victimes et prendre à sa charge les frais de justice, qui se montent à près de 191’000 francs.
Le jugement n’est pas encore entré en force. Les considérants seront publiés dans quelques mois. Il sera alors possible de faire recours contre la sentence.
swissinfo et les agences
Le procès s’est tenu le 21 janvier à Emmenbrücke (Lucerne)
La cours a reconnu l’infirmier coupable de 22 assassinats
Le prévenu a reconnu avoir tué 27 personnes
L’infirmer écope de la prison à perpétuité, de 75’000 francs de dommages et intérêts et de 191’000 francs de frais de justice.
Arrêté en juin 2001, il a déjà purgé 1304 jours de prison
– L’«ange de la mort» est né en Suisse centrale, mais a passé une partie de sa jeunesse en Allemagne après la séparation de ses parents.
– Il a accompli un apprentissage d’électronicien auprès de la Deutsche Post, mais n’est pas allé au bout de sa formation.
– Il a ensuite fait des études de professeur de danse, à nouveau sans succès.
– De retour en Suisse en 1990, il a d’abord travaillé comme assistant dans une école de danse de Suisse centrale.
– Fin 1992, il a suivi une formation d’aide-soignant dans un home d’Obwald.
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