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les projets européens ne sont pas la panacée

El microscopio con efecto de túnel, desarrollado por IBM en Zúrich en los años 80, abrió la vía a la nanotecnología. IBM

Les collaborations européennes peuvent être fructueuses, mais aliénantes pour la liberté académique, avertit un chercheur suisse engagé dans ce type de projets.

Philippe Renaud, spécialiste en nanotechnologies à l’EPF de Lausanne conseille aux scientifiques de ne pas se limiter aux frontières de l’Union européenne. Interview.

Des scientifiques suisses ont pris part aux 4e, 5e et 6e programme-cadre de recherche européenne. Cette structure représente l’outil le plus important de l’Union européenne (UE) en matière de recherche et de développement.

swissinfo: Quels types de collaboration avez-vous avec vos collègues européens ?

Philippe Renaud: Il y a deux types de collaborations. Il s’agit soit de recherche intégrée, où nous travaillons tous à un projet commun, soit de réseaux d’excellence, qui visent principalement à favoriser les contacts entre les centres de recherche. Ces réseaux, qui regroupent près d’une trentaine de

partenaires, disposent de très peu de fonds. Et l’essentiel de cet argent sert à la coordination des activités et à documenter les prochaines recherches.

swissinfo: Est-il difficile de prendre part à ces projets ?

P.R.: Lancer un projet implique une lourde procédure administrative. Raison pour laquelle je n’entends pas lancer mon propre projet dans ce cadre. Mon implication dans la recherche européenne vient d’amis européens qui, eux, sont chefs de projet. L’essentiel est donc de faire partie de ces réseaux scientifiques qui sont très utiles pour mener ses propres recherches.

Pour bien s’insérer dans ces réseaux, vous devez produire de

bonnes publications, qui auront un fort retentissement. Il ne suffit pas de fréquenter les congrès et d’avoir un site web étincelant. Vous devez démontrer que votre équipe de chercheurs est efficace et que vous êtes indispensable pour mener un projet d’envergure.

swissinfo: Y-a-t-il des inconvénients à participer à de tels programmes ?

P.R.: Ils peuvent avoir un impact négatif. Nombre de ces projets européens se focalisent à l’extrême sur des résultats spécifiques. L’implication du monde industriel est également très forte. Nous craignons donc sérieusement de perdre notre liberté académique et de nous empêtrer dans des considérations techniques.

En d’autres termes, il se peut que nous ayons les fonds suffisants pour mener nos travaux, mais sans être pour autant en mesure de proposer des projets intéressants à nos jeunes chercheurs et doctorants.

Pour ma part, je sélectionne dans ces programmes européens ceux qui me permettent d’avancer dans mes propres recherches. La science orientée par l’économie n’est pas toujours la meilleure solution.

swissinfo: Votre principale inquiétude est donc de perdre votre liberté académique ?

P.R.: Absolument. Et même si les opportunités sont nombreuses, je limite ma participation aux programmes européens. Si je le

voulais, je pourrais probablement accroitre de quatre à dix le nombre de postes financés par l’UE au sein de mon équipe, voire même plus.

Mais si je le faisais, mon équipe perdrait de vue l’objectif scientifique qui rend notre recherche intéressante.

swissinfo: Ces programmes européens permettent-ils tout de même de faire de la recherche fondamentale ?

P.R.: Les projets que j’ai choisis ouvrent de larges perspectives et certains d’entre eux (dont un en nanotechnologies) sont menés dans le cadre des réseaux d’excellence.

Ces réseaux sont moins focalisés sur des objectifs précis et nous

permettent de couvrir tout un champ de recherche, tout en créant des liens fructueux. De plus, il peut jaillir de ces réseaux de plus petits projets qui, dans certains cas, deviennent des programmes européens intégrés.

swissinfo: Pensez-vous que ces différents programmes internationaux vont devenir la norme ?

P.R.: Nous avons de plus en plus de travail dans le cadre des réseaux d’excellence. Mais la participation à ces réseaux ne suffit pas pour exister. Nous devons également travailler en Suisse sur des objets différents de ceux identifiés par l’Europe.

Cela dit, depuis que nous sommes dans la recherche européenne, une partie des financements suisses va à Bruxelles. Nous devons donc en récupérer une partie et cet objectif justifie à lui seul notre participation aux projets européens.

Travailler avec des partenaires hors de Suisse permet aussi de se constituer un vaste réseau dans toute l’Europe, quel que soit le résultat du projet. C’est un investissement sur le long terme.

swissinfo: La science gagne-t-elle en efficacité avec ces collaborations ?

P.R.: Dans un projet donné, vous trouvez au moins une ou deux

équipes de recherche qui peuvent vous aider dans vos propres travaux. Et ces collaborations sont essentielles. Elles permettent des échanges de collaborateurs et d’employer les bonnes personnes à la bonne place.

Interview swissinfo: Scott Capper (Traduction de l’anglais: Frédéric Burnand)

Depuis 1987, des chercheurs suisses participent aux programmes-cadre de l’Union européenne.

En 2004, la Suisse a signé un accord avec l’Union européenne qui lui donne un accès à l’ensemble des instruments de ces programmes-cadre.

Les chercheurs suisses sont fortement présents dans les sciences de la vie et les technologies de l’information et de la communication.

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