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Sécurité publique


La police suisse commence à s’ouvrir aux étrangers


Par Alexander Thoele



Pour beaucoup, il est inconcevable que des policiers suisses n’aient pas le passeport rouge à croix blanche. Mais depuis plus de 20 ans, la police de Bâle-Ville compte des étrangers dans ses rangs. Le canton aimerait même en engager davantage.

Responsable du département de la police de la ville de Zurich, Richard Wolff ne pensait probablement pas provoquer une telle polémique. Sa proposition d’intégrer des étrangers dans les rangs de la plus grande ville du pays, présentée en septembre à l’occasion du bilan de ses cent premiers jours, a en effet suscité un flot de critiques.

Pour les représentants des syndicats de police et de nombreux politiciens de tout bord, une telle pratique serait problématique. «Le travail de la police recouvre des fonctions de souveraineté nationale et doit être exercé uniquement par des personnes de nationalité suisse», a par exemple déclaré Guido Müller, de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice).

Bien qu’admettant que le thème était délicat, Richard Wolff a défendu sa proposition. «La police doit être le miroir de la société. L’objectif est d’avoir aussi des agents de couleur qui font des contrôles. Ces derniers comprendront peut-être mieux ce que signifie être différent», a-t-il déclaré mi-novembre dans une interview à la SonntagsZeitung.

Issu de la Liste alternative, un parti de gauche, le responsable politique de la police a annoncé dans le même temps le lancement d’une campagne de recrutement intitulée Diversity Management. Son but est d’augmenter le nombre de femmes et de personnes d’origine étrangère dans les rangs des forces de l’ordre. Mais à Zurich, disposer de la nationalité suisse reste incontournable pour être policier.

Encore rares

En Suisse, les policiers étrangers sont encore une exception. La sécurité publique est de la responsabilité des cantons et les lois varient d’un canton à l’autre. Actuellement, seuls les cantons de Bâle-Ville, Schwyz, Neuchâtel et du Jura acceptent des policiers ne disposant pas d’un passeport suisse. A Genève, la formation est ouverte aux étrangers, mais ceux-ci doivent être naturalisés à la fin des cours. Dans ces cinq cantons, l’expérience est considérée comme positive.

Bâle-Ville autorise depuis 1996 des policiers étrangers détenteurs d’un permis C de résidence permanente. La majeure partie d’entre eux ont grandi en Suisse et sont originaires d’horizons divers: Allemagne, Finlande, Italie, Croatie, Pays-Bas, Portugal, Espagne, Turquie et Hongrie. Ils représentent entre 15 et 25 personnes sur un effectif total de 700.

Pour les autorités locales, cette situation présente des avantages. «Je vois cela comme une grande chance pour notre police cantonale, déclare Baschi Dürr, directeur du Département de la Justice et de la Sécurité. En premier lieu, cela augmente le nombre potentiel de personnes susceptibles de s’intéresser au métier de policier. Je pense aussi que la police est ainsi plus proche de la population et qu’elle est mieux acceptée.»

Le colonel Gerhard Lips, commandant de la police de Bâle-Ville, souligne que «le quotidien du policier étranger est exactement le même que celui de ses collègues suisses. La nationalité n’est pas un thème. Pour les citoyens, il n’est pas important de savoir quel est le passeport du policier. Il remarque peut-être juste quelque chose en raison de la couleur de peau ou du nom à consonance étrangère de l’agent.»

En novembre 2011, l'émission Temps présent de la RTS faisait le point sur le difficulté du métier de policier.

Police surchargée

L’admission d’étrangers dans la police est aussi une réponse à un manque de main-d’œuvre. En Suisse, la population résidente a continuellement augmenté pour franchir il y a peu la barre des huit millions d’habitants et les frontières ouvertes ont entraîné de nouveaux défis. Selon les statistiques, la criminalité a augmenté de 8,2% en 2012 pour un total de 750'000 délits, avec une nette augmentation en termes relatifs des cas en lien avec des délits provoqués par des étrangers.

Dans le même temps, la Suisse compte l’une des plus faibles densités de policier par habitant en Europe. Au total, les effectifs dans l’ensemble du pays sont des 17'141 policiers, ce qui correspond à un policier pour 469 habitants. A titre de comparaison, la proportion et de un pour 370 en Allemagne.

Pour les policiers suisses, la conséquence de cette évolution est une surcharge de travail qui apparaît dans le nombre d’heures supplémentaires et d’absences pour cause de maladie. «La Suisse aurait besoin d’au moins 7000 à 15'000 policiers supplémentaires», affirme Jean-Marc Widmer, président de la Fédération suisse des fonctionnaires de police.

La Conférence des directeurs cantonaux de Justice et Police estime pour sa part qu’il faudrait engager au moins 1500 policiers. Le nombre varie, mais la carence en personnel paraît évidente. «Il y a clairement besoin d’au moins 10% de policiers en plus, estime le colonel Gerhard Lips, commandant de la police de Bâle-Ville. Outre l’augmentation de la population, nous vivons aujourd’hui dans une société qui fonctionne 24 heures sur 24. Et la criminalité s’est approchée des standards européens.»

En mai 2011, l'émission Mise au point de la RTS présentait les difficultés de recrutement de la police.

A la recherche de talents

A Bâle-Ville, les autorités ont décidé d’engager 45 policiers supplémentaires. Mais l’objectif n’est pas facile à réaliser. «Nous sommes en compétition avec d’autres cantons pour rechercher des talents dans un marché limité», affirme Gerhard Lips.

Dans un pays avec un faible taux de chômage, les jeunes ont des options plus attrayantes qu’une profession réputée dangereuse et fatigante en raison des horaires irréguliers. De plus, l’image du métier a un peu souffert. «Il existe aujourd’hui un grand manque de respect envers le policier. Il est de plus en plus fréquent d’être agressé dans l’exercice de nos fonctions», déplore Jean-Marc Widmer.

Face aux difficultés de recrutement, les autorités ont même recours à des campagnes sur Facebook ou d’autres médias sociaux. «D’ici peu, les trams des villes seront recouverts de nos annonces. Elles montrent de véritables policiers parler de leur profession», explique Baschi Dürr. Dans cette recherche, l’un des avantages de la police de Bâle-Ville est précisément son ouverture aux étrangers.

Jean-Marc Widmer ne voit toutefois pas cette ouverture d’un bon œil. «Nous défendons l’admission d’étrangers seulement dans les écoles de formation de la police. Mais à la fin du cours, ces personnes doivent être naturalisées», estime-t-il. Pour le syndicaliste, les difficultés de recrutement peuvent aussi être résolues par le biais d’une amélioration des conditions de travail. Quant à une ouverture complète de la profession à des étrangers, sa position est très claire: «Les lois sont faites en Suisse, par des Suisses, et doivent être appliquées par des Suisses».

Par Alexander Thoele, Bâle, swissinfo.ch
(Traduction du portugais: Olivier Pauchard)



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