La pression tarifaire américaine menace le développement de médicaments en Suisse, selon le patron d’Interpharma
L'industrie pharmaceutique est le moteur de l'économie helvétique. Si elle connaît des difficultés, les recettes fiscales de la Suisse diminueront, affirme René Buholzer, directeur général d'Interpharma, l'association des entreprises pharmaceutiques axées sur la recherche.
Dans un entretien à la chaîne publique suisse alémanique SRF, René Buholzer avertit également que les pressions sur les prix exercées par les États-Unis entravent le développement de nouveaux médicaments en Suisse.
SRF: Pourquoi une industrie aussi puissante que celle de la pharma et des sciences de la vie a-t-elle besoin du soutien politique d’un groupe de travail fédéralLien externe dédié?
René Buholzer: Parce que notre situation est bien moins favorable qu’il n’y paraît. Sans une amélioration des conditions-cadres, l’industrie pharmaceutique suisse va se contracter. Une étude récente montre que d’ici 2040, notre secteur pourrait être plus petit qu’aujourd’hui. Cela aurait un impact considérable sur les recettes fiscales dans tout le pays.
Nous avons nous-mêmes été surpris de la rapidité avec laquelle cela s’est produit. Une nouvelle analyse montre qu’un tiers des médicaments déjà approuvés par l’autorité de régulation des médicaments Swissmedic ne font même plus l’objet d’une demande de prise en charge par les assurances maladie.
Plus
Médicaments: pourquoi leur développement coûte de plus en plus cher?
Attribuez-vous cette évolution à la politique américaine?
Les États-Unis ont mis en place un système international de tarification de référence. Cela signifie que, pour fixer les prix, ils se réfèrent directement à un panier de pays, dont la Suisse. Notre prix devient ainsi la référence pour le marché américain. Un prix bas dans la petite Suisse réduirait massivement les recettes sur l’énorme marché américain.
Cette tendance n’est toutefois pas nouvelle. Cela fait déjà des années que les médicaments autorisés en Europe ne sont pas tous disponibles en Suisse.
C’est exact. Il s’agit d’une évolution au long cours, car l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) privilégie depuis des années la réduction des coûts plutôt que la sécurité de l’approvisionnement. Mais la situation s’est beaucoup aggravée avec la nouvelle politique de tarification américaine, qui prend nos prix pour cibles et accélère considérablement le problème.
Cela signifie-t-il que l’industrie pharmaceutique réclame des prix plus élevés pour les médicaments au sein du groupe de travail fédéral?
En raison de l’évolution de la situation mondiale, des prix plus élevés pourraient être nécessaires pour garantir l’approvisionnement. Nous sommes ouverts à des solutions de financement.
Pour faire baisser les prix, les responsables politiques souhaitent autoriser des remises en révisant la réglementation sur l’assurance maladie. Pourquoi vous y opposez-vous?
Cela aurait été une solution dans l’ancien monde. Mais les États-Unis exigent désormais explicitement le prix net, c’est-à-dire le prix après toutes les remises. Cela rend cet instrument inefficace. Avec un prix net trop bas, les entreprises préféreraient renoncer au petit marché suisse plutôt que de risquer une baisse de prix sur l’énorme marché américain.
Selon ce qu’ont rapporté les médias, l’une des solutions proposées par le groupe de travail consiste en un fonds grâce auquel, par exemple, les cantons financeraient des prix plus élevés pour les nouveaux médicaments. Est-ce une mesure que vous soutenez?
Nous devons prendre au sérieux les préoccupations relatives au niveau des primes d’assurance maladie. C’est pourquoi nous sommes ouverts à toute solution de financement. Il pourrait s’agir d’un fonds, d’économies sur les médicaments hors brevet ou d’une répartition différente des coûts.
Traduction vérifiée par Pauline Turuban
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.