La Chine utilise-t-elle la Suisse comme alibi?
Chère lectrice, cher lecteur,
La Chine et la Suisse ont récemment actualisé leur accord de libre-échange. Si la nouvelle version entre en vigueur, plus de 99% des marchandises échangées dans les deux sens seront entièrement exonérées de droits de douane.
Certains affirment que le symbole politique surpasse les intérêts économiques: le fait qu’une riche démocratie européenne telle que la Suisse souhaite approfondir ses relations avec la Chine serait un symbole bienvenu pour le Parti communiste chinois. Pour certaines voix critiques, la Chine autoritaire utiliserait ainsi la démocratique Suisse comme alibi.
Partout dans le monde, on critique de plus en plus le fait que la Chine utilise stratégiquement ses exportations de sorte d’affaiblir ou rendre des pays dépendants. L’UE et des pays comme les États-Unis, le Canada et l’Inde prennent des mesures pour s’en prémunir.
Le renouvellement de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine revêt toutefois une autre dimension: le site industriel helvétique est sous pression en raison du protectionnisme (notamment de la part de l’UE) et des droits de douane (des États-Unis), auxquels s’ajoute la force du franc. Le gouvernement souhaite conquérir de nouveaux marchés et la Chine est, après l’UE et les États-Unis, le premier partenaire commercial de la Suisse.
Il est en tout cas frappant de constater à quel point la Suisse s’est toujours efforcée d’entretenir des relations économiques étroites avec la Chine.
C’est ainsi que le fabricant suisse d’ascenseurs Schindler a été la première entreprise étrangère à conclure, en 1980, une coentreprise avec une entreprise d’État chinoise. Le dirigeant de Schindler à l’origine de cette initiative, Uli Sigg, est devenu par la suite ambassadeur de Suisse à Pékin et a constitué la plus grande collection d’art contemporain chinois.
En 2001, la Chine a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce, un processus pour lequel la Suisse s’est fortement engagée en coulisses. Cette adhésion a eu des répercussions considérables sur le commerce mondial. En 2007, la Suisse a également été le premier pays occidental à accorder à la Chine le statut d’économie de marché et, en 2014, elle a été le premier pays européen (en même temps que l’Islande) à conclure un accord de libre-échange avec la Chine. Elle s’est ainsi assuré l’accès à un marché immense et dynamique.
Alors, qui profite de qui? Cette relation s’inscrit certes dans un rapport asymétrique, mais les deux parties semblent en tirer profit.
Connaissez-vous des anecdotes intéressantes sur les relations commerciales? Vous pouvez m’écrire comme d’habitude à l’adresse giannis.mavris@swissinfo.ch
Meilleures salutations,
Giannis Mavris
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