Affaire Elf: un procureur suisse ébranle la justice allemande

Bernard Bertossa enfin entendu en Allemagne? Keystone Archive

Depuis des années le procureur genevois Bernard Bertossa a frappé à toutes les portes des autorités judiciaires allemandes afin qu'elles ouvrent l'enquête sur le scandale Elf Aquitaine dans leur propre pays. Une obstination qui devrait enfin porter ses fruits.

Ce contenu a été publié le 16 juillet 2001 - 11:47

Il y a deux semaines, l'hebdomadaire Die Zeit lançait un pavé dans la mare, en publiant quelques unes des pièces du dossier rassemblé par la justice suisse. Il semble avoir fait des vagues. Le ministère de la justice fédéral a pris contact avec Genève et le procureur de la République fédérale allemande se penche à son tour sur le dossier Elf.

L'entêtement de Bernard Bertossa semble donc avoir ébranlé le mamouth de la justice allemande. Selon le porte parole du ministère de la justice, Thomas Weber, Berlin vient de demander au procureur genevois de lui communiquer les pièces du dosssier Elf Leuna qui concernent directement l'Allemagne.

Bernard Bertossa et son collègue Paul Perraudin ont démêlé depuis trois ans le labyrinthe des comptes bancaires qu'ont emprunté les 65 millions de francs de pots de vins versés par le trust pétrolier Elf Aquitaine à l'Allemagne lors du rachat de la raffinerie de Leuna en 1992.

Ils ont mis à jour un véritable système de lavage de l'argent sale, dirigé par un agent des services secrets allemands, le BND. L'homme aurait été un proche des cercles du pouvoir sous le gouvernement d'Helmut Kohl.

L'enquête suisse faisait la une de Die Zeit voici deux semaines, sous le titre «République bananière». L'hebdomadaire hambourgeois flétrissait la justice de la République fédérale qui a fait jusqu'ici la sourde oreille aux multiples demandes de Bertossa d'ouvrir l'enquête sur les détenteurs allemands des comptes bancaires qui ont encaissé en fin de course les pots de vin d'Elf Aquitaine.

Mais la semaine dernière, le procureur de Magdebourg affirmait encore qu'aucun élément nouveau ne justifiait la réouverture du dossier, considéré comme clos par ses services. Le quotidien allemand Suddeutsche Zeitung qualifiait alors l'attitude des procureurs allemands de véritable «Waterloo de la justice» de son propre pays.

«Ecoeurant », renchérissait Peter Struck, le chef du groupe parlementaire social-démocrate au Bundestag, stigmatisant le petit jeu des procureurs des Länder allemands, qui se renvoient la balle les uns les autres pour éviter d'ouvrir l'enquête sur le scandale Elf Leuna.

Volker Neumann, le président social-démocrate de la commission d'enquête parlementaire sur les fonds occultes de la démocratie chrétienne semble persuadé que les dossiers du procureur Bertossa contiennent les noms d'une bonne part des coupables.

Visiblement, on s'est ému à la Chancellerie du piteux tableau qu'offrait la justice allemande à ses voisins. Le procureur fédéral aurait donc entrepris de vérifier, à la
demande du ministère de la justice, s'il ne doit pas lui même prendre les affaires en main et ouvrir l'enquête.

Michel Verrier, Berlin

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