La BNS défend sa décision sur les taux
Le président de la Banque nationale suisse (BNS) Jean-Pierre Roth a expliqué à swissinfo pourquoi son institution a renoncé à relever les taux d’intérêt.
Les milieux économiques et les industriels saluent cette décision de ne pas augmenter le loyer de l’argent, malgré deux hausses successives en juin et septembre.
economiesuisse, l’organisation faîtière de l’économie nationale, estime que l’économie suisse est trop «faible» pour supporter une hausse des taux. Elle a donc qualifié la décision de la BNS de «bonne décision».
Swissmem, l’organisation faîtière de l’industrie des machines est du même avis. Pour elle, une hausse des taux – c’est-à-dire un franc suisse plus fort – aurait posé des difficultés à ses membres pour être compétitifs sur les marchés internationaux.
Pour Serge Gaillard, chef économiste auprès de l’Union syndicale suisse (USS), la BNS a «pris en compte» les circonstances actuelles. Un représentant d’une organisation des propriétaires a quant à lui qualifié la décision de la BNS de «cadeau de Noël pour les propriétaires de logements».
Cependant, il y a quelques voix discordantes. Les économistes des deux principales banques du pays – l’UBS et le Credit Suisse – ont une réaction plus nuancée. Pour eux, une hausse d’un quart de point aurait constitué un signal positif, sans toutefois mettre la reprise économique en danger.
swissinfo: Cette décision signifie-t-elle que la reprise économique en Suisse est terminée avant même d’avoir commencé?
Jean-Pierre Roth: Non, ce n’est pas le cas. Nous nous attendons à ce que la croissance se poursuive en 2005, mais nous constatons qu’elle a perdu quelque peu de sa vigueur.
C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de ne pas relever encore une fois les taux d’intérêt. Nous les avons déjà montés en juin et nous avons fait de même en septembre, notamment pour participer au processus de resserrement de la politique monétaire. Nous étions en effet alors dans une phase de normalisation de la situation économique.
Mais nous voyons maintenant qu’il faudra du temps pour que l’économie retrouve son meilleur niveau. Du coup, il faudra également davantage de temps pour ajuster la politique monétaire.
swissinfo: Avec cette décision, quel est le principal message que vous entendez donner?
J-P. R. : Le principal message, c’est que la reprise est là et qu’elle va continuer, mais que la vigueur de cette reprise ne correspond pas exactement à nos prévisions du début d’année.
Cependant, nous nous attendons à une reprise plus soutenue pour 2006.
swissinfo: Qu’est-ce qui a changé exactement au cours de ces derniers mois?
J-P. R. : D’un côté, la hausse du prix du pétrole, et, de l’autre, la faiblesse du dollar. Ensemble, ces deux facteurs ont un fort impact sur la situation économique en Europe.
Désormais, les prévisions pour l’ensemble de l’Europe ne sont pas vraiment meilleures, voire même moins bonnes, que pour la Suisse.
Nous sommes encore très dépendants de ce qui se passe en Europe. Ainsi, la faiblesse de l’économie européenne a un fort impact sur l’économie suisse.
swissinfo: Rétrospectivement, regrettez-vous d’avoir augmenté les taux à deux reprises cette année?
J-P. R. : Pas du tout! Ces deux premières corrections étaient absolument nécessaires. Elles nous fournissent les bases nécessaires à notre récente décision d’attendre pour procéder à de nouvelles adaptations.
Si nous n’avions par remonté les taux en juin et en septembre, nous nous retrouverions aujourd’hui dans une situation très difficile.
En revanche, vu que nous avons déjà procédé par deux fois à une augmentation, nous pouvons aujourd’hui nous offrir le luxe d’attendre un peu avant un nouveau changement.
swissinfo: Les Etats-Unis ne semblent pas avoir trop souffert. Cela signifie-t-il que la Suisse – et le reste de l’Europe – payent le prix pour l’énorme déficit américain et la baisse du dollar?
J-P. R. : Il est vrai que les monnaies européennes s’apprécient face au dollar, alors que les principales monnaies asiatiques y sont liées et ne changent par conséquent pas de valeur.
Il s’agit d’un déséquilibre dans le système monétaire international qui aurait besoin d’être changé. Toutefois, il faudra beaucoup de temps pour trouver une solution, car cela demanderait beaucoup plus de flexibilité en Asie. Or, à mon avis, ce n’est pas le cas pour demain.
swissinfo: Mis à part le dollar, quels sont à vos yeux les principaux risques ou dangers qui menacent aujourd’hui l’économie suisse et aussi mondiale?
J-P. R. : Il existe encore des incertitudes au niveau géopolitique. Et la situation pourrait devenir très difficile si une nouvelle crise géopolitique venait interférer dans la reprise économique.
L’économie mondiale a besoin de davantage de confiance Nous produisons des biens d’équipement. Or dès que les investisseurs commencent à avoir des doutes à propos de l’avenir, cela a un fort impact sur l’économie suisse.
Interview swissinfo, Chris Lewis
(Traduction: Olivier Pauchard)
La BNS a décidé jeudi de laisser ses taux inchangés à court terme.
La marge de fluctuation du taux Libor à trois mois sur le franc reste fixée à 0,25-1,25% avec un objectif de 0,75% environ.
Dans l’hypothèse d’un Libor à trois mois inchangé à 0,75%, le taux d’inflation devrait être de 1,1% en 2005, puis de 1,3% en 2006.
– Le Libor est le principal taux d’intérêt sur le marché de l’argent.
– La décision de le relever ou de l’abaisser montre si une banque centrale adopte une politique monétaire restrictive ou expansive.
– Lorsque le Libor monte, l’inflation menace et les loyers ont tendance à augmenter.
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