Accidents industriels: des pannes dans le système d’alarme international
Imaginez un gros accident industriel chimique, genre Seveso ou Schweizerhalle. Plus vite les voisins en seront informés, mieux ça vaudra. Une alerte a été simulée en mai à partir de Suisse. Résultat: l’information circule beaucoup trop lentement.
Le déversement accidentel de produits toxiques, en janvier dernier, dans une rivière de Roumanie et la pollution qui s’en est rapidement suivie dans les cours d’eau de pays voisins illustrent parfaitement la nécessité d’un système d’alarme international aussi efficace que possible. Pour cela, la Commission économique des Nations unies pour l’Europe a mis au point une Convention sur les effets transfrontaliers des accidents industriels.
Cette Convention prévoit tout un système de mesures à prendre et d’informations à transmettre en cas d’accident industriel (les accidents nucléaires et quelques autres en sont exclus), ceci pour protéger avant tout la population et l’environnement. Elle vient d’entrer en vigueur: 16 pays l’ont ratifiée, 19 autres ne l’ont que signée. Mais tous ont participé au test d’annonce d’accident organisé comme préparation à la première conférence des pays parties à la Convention, à Bruxelles en novembre prochain.
La Suisse s’était dite très intéressée par cet exercice d’alarme. D’abord parce qu’elle est située au centre de l’Europe et qu’elle est peut-être, de ce fait, plus exposée que d’autres à ce genre de risques. Ensuite parce que le secrétariat de la Convention siège à Genève et que les contacts avec la Centrale d’alarme nationale s’en trouvaient ainsi facilités.
Le test s’est déroulé pendant une nuit du mois de mai, en dehors des heures de bureau des administrations. Le vrai faux message d’alarme n’avait évidemment pas été annoncé préalablement, mais il était clairement identifiable comme un document d’exercice. Il était rédigé en anglais. Il a été envoyé par fax aux 35 pays européens concernés.
La Centrale d’alarme nationale suisse vient de leur en communiquer les principaux résultats sous forme d’un rapport détaillé et confidentiel. Mais on en connaît quelques chiffres: un peu moins de 40 pour cent des destinataires de l’alarme ont réagi en moins de trois heures, 30 pour cent ont répondu dans les 24 heures, et les 30 pour cent restants ne se sont manifestés qu’après avoir été directement recontactés.
Les pannes identifiées en première analyse sont de trois types: structurel, linguistique ou administratif. Dans certains pays, les services d’urgence ne fonctionnent pas en permanence. D’autres, ou les mêmes, ne maîtrisent pas suffisamment l’anglais (c’est le cas notamment dans plusieurs pays d’Europe de l’Est). Enfin, et surtout, plusieurs numéros de fax d’urgence se sont révélés faux, n’étaient plus valables ou avaient été modifiés.
Qu’en est-il de la Suisse? «Nous ne pouvions pas jouer avec nous-mêmes et nous envoyer nos propres messages», explique-t-on à la Centrale d’alarme nationale. De précédents tests internes auraient cependant montré que son temps de réaction approcherait les 30 minutes. Mais on ne dit pas si c’est dû à la peur latente des catastrophes ou à la réputation surfaite de la ponctualité helvétique…
Bernard Weissbrodt
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