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Zurich, qui a perdu de sa superbe, vote dimanche

Zurich doit attirer de nouvelles activités économiques. Schweiz Tourismus

Très touché par la crise, le canton le plus peuplé de Suisse se cherche de nouvelles vocations.

A six mois des élections fédérales, les scrutins cantonaux passent pour avoir une valeur de test. Ce n’est plus tout à fait vrai, nuance un politologue.

Zurich l’arrogante, Zurich qui se moque des autres régions et du pouvoir politique fédéral: les clichés ont la vie dure, même quand ils ne correspondent plus totalement à la réalité.

Non que l’arrogance ait disparu des salons, des bars ou des bureaux zurichois. L’aéroport se nomme toujours Unique et les Zurichois y sont plus attachés que ne le pensait l’UDC, qui a commis une erreur tactique en s’y attaquant pour lancer la campagne électorale.

De l’industrie aux services

Mais quand même, depuis la fin de Swissair, la liste des déconfitures économiques liées de près ou de loin à la métropole n’a cessé de s’allonger.

En fin d’année dernière, même un pan de culture était en crise, avec le départ annoncé puis annulé du metteur en scène Christoph Marthaler.

Après avoir surmonté la crise des années 90 en changeant de vocation, passant de l’industrie aux services en créant 140’000 places de travail entre 1985 et 2001, le canton s’apprête à faire face à une nouvelle hausse du chômage.

Dix mille de ces nouveaux emplois ont déjà disparu. Avec 4,6%, le canton affichait fin février le 5e plus haut taux de chômage du pays, bien au-dessus de la moyenne de 3,8%.

En ville, la proportion est même de 5,7% à Winterthour et de 5,2% à Zurich. Des chiffres, il est vrai, traditionnellement plus élevés en début d’année.

Nouveau type de chômage

«Si on ne considère que les chiffres, la situation n’est pas pire qu’au début des années 90, nuance le professeur Bernd Schips du KOF, l’Institut de recherche conjoncturelle de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (EPFZ).

Le plus frappant n’est pas forcément le nombre de chômeurs, mais leur type. Des travailleurs qualifiés perdent leur emploi, ce qui est nouveau. Zurich, comme la Suisse, est tributaire de ses exportations, dans les services également.»

Concentration dans des grands centres

La ville et le canton – qui se sont nommés «Greater Zurich Area» – peuvent-ils dès lors toujours prétendre jouer un rôle sur le plan international?

L’ancien maire de Zurich, le socialiste Josef Estermann, qui a mis à profit sa provisoire retraite politique pour étudier à Londres, a développé une analyse raisonnablement optimiste: «Partout, les petits centres ont perdu de l’importance.

Zurich, comme Francfort, compte toujours des entreprises internationales sur son territoire, mais la direction des opérations ne se fait plus là. Un juriste suisse d’une grande société ne s’occupe que des aspects suisses.

Les responsabilités ont été concentrées dans les très grands centres, Londres, New York, Tokyo.»

Nouvelles vocations

Selon Josef Estermann, Zurich se doit pourtant de rester le premier centre économique du pays. «Si nous perdons cette fonction, dit-il, ce n’est pas Genève qui en profiterait, mais plutôt Londres, ou Munich.»

Les observateurs sont unanimes: Zurich ne doit pas se contenter des services et de son rôle important de place financière (que le canton occupe à peu près à égalité avec Genève, selon le professeur Bernd Schips).

Il lui faut désormais trouver de nouvelles vocations, en développant par exemple des partenariats avec l’université. Parmi les domaines cités: les biotechnologies viennent souvent en première place.

Pas de danger d’isolement

La récession a aussi des conséquences dans les autres domaines: pour David Bosshart, directeur de l’Institut Gottlieb Duttweiler, qui se veut un forum de réflexion sur les défis contemporains, Zurich a un peu perdu de sa force d’attraction.

«Il se passe plus de choses ici qu’à New York, proportionnellement à la population, mais beaucoup de créateurs travaillent dans leur coin. Cet individualisme empêche de nouveaux mouvements d’émerger.»

Y aurait-il un danger d’isolement? «Non, poursuit David Bosshart. Blocher et ses amis ne répondent pas à un vrai conservatisme, à Zurich, mais plutôt à des incertitudes.»

Dans six mois, les fédérales

Zurich n’est pas le seul canton à voter au printemps. Avec Bâle-Campagne, la ville de Genève, Lucerne et le Tessin, cela fait plus d’un tiers de la population suisse qui est appelé aux urnes entre le 30 mars et le 6 avril, et cela à six mois des élections fédérales.

Pour le politologue Iwan Rickenbacher, la valeur des élections cantonales dans la perspective des élections fédérales d’octobre n’est plus aussi pertinente que par le passé: «Les thèmes cantonaux ont pris de l’importance, explique-t-il.

A Zurich, l’aéroport, qui est un thème de campagne, n’est qu’indirectement de portée nationale. Tandis que l’asile par exemple, ou les problèmes de deuxième pilier qui risquent d’être des grands thèmes des élections fédérales, n’apparaissent pas dans ces scrutins cantonaux.»

Quant aux avancées et progressions des partis, le politologue estime qu’il est prématuré d’en tirer des conclusions sur ce qui va se passer à Berne.

Triangle doré… et alémanique

Les élections zurichoises focalisent nettement plus l’attention que celles des autres cantons, Iwan Rickenbacher ne le conteste pas. «Zurich reste la plus importante agglomération économique de Suisse, de même que le siège de grands groupes médiatiques. Ce qui s’y passe reçoit immédiatement un écho», explique-t-il.

Si la «Greater Zurich Area» est en crise, les régions voisines – Zoug, Schwytz, Shaffhouse – en ressentent les conséquences, car elles envoient énormément de pendulaires aux bords de la Limmat.

En attendant, Zurich reste un «centre de pouvoir», selon «Bilanz». Dans son édition d’avril, le magazine économique a dressé le palmarès des 50 personnes les plus importantes de Suisse, tous domaines confondus.

Sur ces cinquante personnes, on ne trouve que deux Tessinois et sept Romands, dont Ernesto Bertarelli. Placées selon leur lieu d’activité, ces personnes dessinent sur la carte de Suisse un «triangle doré du pouvoir» formé de Bâle, Berne et Zurich, encore et toujours le plus fort.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

Les responsabilités économiques ont été transférées dans les grands pôles économiques.
Zurich ne peut se contenter du secteur des services et de la finance.
Le canton doit trouver de nouvelles vocations.

– Le canton de Zurich offre 720 000 places de travail dans 70 000 entreprises.

– En 2000, selon une étude de la ZKB, un franc sur neuf généré par l’économie suisse l’était dans la seule ville de Zurich.

– Entre 1985 et 2001, 140 000 emplois ont été créés dans les services, dont 10 000 ont déjà été supprimés.

– Entre 1985 et 2001, 60 000 places ont disparu dans l’industrie.

– Ces 18 derniers mois, le nombre de chômeurs est passé de 17 000 à 40 000.

– Le taux de chômage était le 5e plus haut de Suisse fin février: 4,6% dans le canton, 5,7% à Winterthour, 5,2% à Zurich.

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