Comment traiter les déchets pour protéger l'environnement

L'usine de Monthey en Valais est l'une des 30 stations d'épuration des déchets en Suisse. Satom


L’exploitant d’une usine de valorisation thermique des déchets explique comment il souhaite transformer son entreprise en «visant un impact positif sur l'environnement».

Ce contenu a été publié le 18 août 2020 - 10:35

De la grande fenêtre de son bureau au quatrième étage, Daniel Baillifard peut admirer le Rhône et les sommets des Alpes vaudoises et valaisannes. Il lui suffit cependant de tourner légèrement son regard vers la gauche pour avoir une vue moins bucolique: une cour avec des camions diesel transportant des tonnes de déchets.

Daniel Baillifard est le directeur général de Satom SA, une usine de valorisation thermique des déchets (UVTD) à Monthey, en Valais. Sa firme traite notamment les déchets d'environ 80 municipalités. Dans l'un des pays où le taux de déchets par habitant est le plus élevé au monde - une personne y produit plus de 700 kg de déchets ménagers par an - le travail ne manque pas. «Le volume de déchets augmente chaque année. Très régulièrement, nous devons refuser des livraisons de la part de clients privés», dit-il.

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«La société doit absolument consommer moins de ressources et réduire le volume de ses déchets. Mais d’ici là, notre travail consiste à valoriser le mieux possible les déchets qui nous sont confiés», déclare M. Baillifard.

Pousser les gens à livrer tous les matériaux recyclables à la déchetterie est une mauvaise façon de faire, dit-il: «Les Eco-Points fonctionnent très bien pour les verre, papier, carton, déchets alimentaires, PET et sacs taxés. Pour le reste, il est absurde que le citoyen doive prendre la voiture, consommer des combustibles fossiles, émettre des poussières fines et engorger le trafic pour livrer quelques kilos de matériel recyclable.»

Daniel Baillifard Satom


Selon le directeur de Satom SA, hormis les déchets encombrants, tout ou presque devrait finir dans un sac poubelle dédié aux objets recyclables et déposé par le citoyen dans le même point de collecte que le sac ordinaire. Cela simplifierait la collecte puisque ces objets seraient collectés par le même transporteur, sans impact environnemental supplémentaire. Le sac des objets recyclables aurait une couleur différente du sac taxé ordinaire et des installations de tri automatisé dans les UVTD. Dotées des dernières technologies de tri optique et d’intelligence artificielle, elles se chargeraient de trier tous les matériaux recyclables pour les orienter de manière centralisée vers la meilleure filière de valorisation. C’est une évolution qui pourrait voir le jour dans les 5 à 10 prochaines années et qui faciliterait grandement la tâche des citoyens tout en réduisant encore l’empreinte du déchet dans l’environnement. L’entreprise Satom a lancé des études initiales à ce sujet.

Les déchets en tant que ressource

Aujourd'hui déjà, la chaleur produite par l'incinération des déchets est utilisée pour la production d'électricité et pour l’alimentation des réseaux de chaleur à distance (chauffage urbain). La centrale de Monthey produit de l'électricité pour l’équivalent de la consommation de 35’000 foyers et alimente un chauffage à distance sur lequel sont alimentés environ 400 bâtiments (représente une économie d’environ 9 million de litres d’huile de chauffage).

Pour Daniel Baillifard, la branche peut encore faire mieux en utilisant les dernières technologies et en s’appuyant sur l’intérêt des citoyens à réduire encore davantage l’empreinte environnementale du déchet.

Depuis les premières installations dans les années 1970, explique-t-il, les incinérateurs ont progressivement évolué. «Après que les problématiques liées à la pollution de l'air aient été réglées par l’installation de système de lavage des fumées performants , la question de la récupération de l'énergie et de la chaleur a été abordée. Puis, plus récemment, les notions de recyclage et de récupération des matériaux présents dans les scories, tels que les métaux, ont émergé.

Le temps est maintenant venu pour nos UVTD de devenir des acteurs de la transition énergétique et d’avoir un effet positif sur l'environnement», déclare le directeur au nom de l’écologie industrielle. La chaleur noble - celle sous forme de vapeur haute température - sera ainsi prochainement distribuée à un site de production chimique, à quelques kilomètres de là. Cette chaleur va directement remplacer celle produite actuellement par consommation de gaz naturel. Les rejets de chaleur à plus haute température seront injectés dans le réseau de chauffage à distance de la région dont l’extension est à l’étude. Ceci permettra à l’industrie et à la société environnante de réduire significativement le recours aux combustibles fossiles et donc de réduire ses émissions CO2.

«Chez Satom SA, nous ambitionnons de décarboniser l'ensemble du processus et considérons désormais les déchets comme une ressource», souligne M. Baillifard.

Production d'hydrogène et captage du CO2

En plus d’un système automatisé, basé sur l'intelligence artificielle (utilisé pour le tri des déchets valorisables) sa vision pour la prochaine décennie est celle d'une flotte de camions à ordures fonctionnant à l’électricité ou à l'hydrogène produites à partir des déchets.

Parmi les évolutions possibles, il y a aussi le captage du CO2 produit par l'incinération. Le 35% des émissions qui sortent des cheminées sont d'origine fossile (déchets plastiques par exemple), l'autre part provient de la biomasse (bois, encombrants, déchets de construction...). «Le fait que nous capturions également le CO2 généré par la biomasse nous permettrait d'être négatifs du point de vue des émissions, car nous retirerions du CO2 de l’atmosphère», explique Daniel Baillifard.

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Une partie du CO2 capté pourrait être utilisée pour produire du biogaz en le combinant avec l'hydrogène. Le reste pourrait être transporté vers le nord de l'Europe pour y être stocké définitivement dans d'anciens gisements de gaz.

L'idée de Daniel Baillifard, ainsi que celle de l'Association suisse des exploitants d'installations de traitement des déchets, est de construire un réseau de pipelines pour transporter le CO2  de la Suisse vers la Norvège. Le directeur de Satom SA suggère d'utiliser le pipeline de l’Oléoduc du Rhône, qui relie le Valais au port de Gênes en Italie et qui est en désuétude depuis que la raffinerie de Tamoil à Collombey a cessé ses activités en 2015. Une étude de faisabilité technique et économique est déjà en cours.

«Si à l’avenir le volume de déchets diminue en raison d’un meilleur tri et de nouvelles possibilités de recyclage, il serait possible que certaines UVTD en Suisse ferment. Dans ce cas, seules les plus performantes resteront», prédit-il.

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