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L’UNRWA au Liban: une «bouée de sauvetage» en mode survie

Burj El Barajneh
C’est dans une ruelle étroite de Burj El Barajneh que se trouve l’un des 26 centres de santé de l’UNRWA au Liban. Giannis Mavris / SWI swissinfo.ch

L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens traverse une crise existentielle. Mais quel organisme pour lui succéder? Une visite au camp libanais de Burj El Barajneh éclaire sur les tiraillements des personnes qui y ont trouvé refuge.

Érigé dans un lacis de ruelles, le centre sanitaire de Burj El Barajneh, géré par l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient, l’UNRWA, ne fait pas aussi grise mine que d’autres bâtiments alentour, mais il a connu des jours meilleurs. C’est dans ce centre fondé en 1949 que les personnes réfugiées vont se faire soigner.

«Mes revenus sont trop bas pour acheter des médicaments sur le marché. Ici, on peut m’aider, parfois non», s’exclame Wafaa El Hajj, 55 ans, qui travaille dans l’administration d’une crèche. Elle se rend au centre pour trouver des médicaments pour sa mère âgée.

Wafaa El Hajj
Wafaa El Hajj vit avec ses parents dans le camp. Giannis Mavris / SWI swissinfo.ch

Les Palestiniennes et Palestiniens réfugiés au pays du cèdre n’ont pas accès au système de santé libanais. Le taux de pauvreté avoisine dans cette population 70 à 80%. Les coupes budgétaires qui visent l’UNRWA l’affectent directement. Wafaa El Hajj sait ce que ces coupes signifient. Une de ses sœurs est morte des suites d’une maladie, sa famille ne pouvant lui payer des soins. «Nous avons une vie injuste et devons mendier pour obtenir des médicaments. Sans l’UNRWA, nous n’aurions rien», poursuit-elle.

Fonds suisses assortis de conditions

Le centre de Burj El Barajneh a été cofinancé par la Suisse, bailleuse de fonds de l’UNRWA de longue date. Les liens entre la Suisse et l’agence se sont même personnifiés, son directeur Philippe Lazzarini, à l’instar de son prédécesseur Pierre Krähenbühl, est suisse. 

La rupture est intervenue après l’attentat perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 en Israël. La Suisse, comme d’autres pays, a suspendu ses contributions à l’UNRWA, ceci tant que les accusations du gouvernement israélien selon lesquelles des employés de l’agence auraient été impliqués, n’avaient pas été examinées.

Depuis,Lien externe l’UNRWA a licenciéLien externe dix-neuf de ses collaborateurs potentiellement impliqués. Comme les fonds que la Suisse attribuait alors ne peuvent plus être utilisés dans les territoires occupés, à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est, l’aide suisse se matérialise désormais via d’autres organisations actives sur place.  

«La situation financière est précaire»

Quelques mois avant cet attentat et les accusations qui ont suivi, l’UNRWA avait déjà annoncé devoir faire face à des difficultés financières. Au printemps 2023, son commissaire général Philippe Lazzarini avait alerté Swissinfo quant à l’effondrement de son organisation.

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Selon la responsable de l’UNRWA au Liban, Dorothee Klaus, cette agence constitue une «bouée de sauvetage vitale». La population palestinienne, qui n’a par exemple pas le droit de travailler dans le secteur public, y trouve refuge. Elle n’a pas le droit non plus d’exercer 38 professions ni celui d’enregistrer une entreprise ou de posséder des biens immobiliers. 

Burj El Barajneh
Burj El Barajneh est l’un des douze camps palestiniens au Liban, ici en novembre 2025. Giannis Mavris / SWI swissinfo.ch

Souffrant du délitement actuel du multilatéralisme et d’attaques politiques qui la ciblent, l’agence craint aujourd’hui toujours plus pour sa survie. Avec des fonds gelés ou non honorés, ce sont autant d’éléments qui l’affaiblissent. «Dans une situation financière très précaire et imprévisible, nous devons gérer notre budget mois après mois», concède Dorothee Klaus.  

L’enveloppe totale de l’UNRWA au Liban reste modeste avec 110 millions de dollars à disposition. Ce qui correspond à moins de 490 dollars par an et tête pour l’ensemble des 225’000 Palestiniennes et Palestiniens sur place. À titre de comparaison, le produit intérieur brut (PIB) au Liban approche les 3500 dollars par habitant selon la BanqueLien externe mondiale.

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La population palestinienne entretient cependant des liens étroits avec l’UNRWA au Liban. Selon Wafaa El Hajj, l’agence n’y est pas seulement vue comme une organisation humanitaire, mais faisant partie de l’identité nationale depuis longtemps. «Dès le début, elle fut témoin de notre expulsion, la Nakba (la catastrophe, en arabe)», observe-t-elle.   

L’UNRWA a dû répondre aussi à la critique selon laquelle celle-ci contribuerait à perpétuer par son existence le conflit israélo-palestinien en transmettant le statut de réfugié d’une génération à l’autre. En 2018, le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, avait déclaré à ce sujet que l’UNRWA faisait «partie du problème», s’écartant de la position officielle de ses prédécesseurs qui avaient soutenu l’agence.

Avec la destruction le 20 janvier dernier du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est, le gouvernement israélien a envenimé le conflit qui l’oppose à l’agence onusienne. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a condamné cette attaque qu’il a considéré être une violationLien externe flagrante du droit international.

La Suisse, qui avait cofinancé autrefois le quartier-général de l’UNRWA, a condamné elle aussi cette destruction dans une réponse écrite du Département suisse des Affaires étrangères (DFAE). Ce dernier se déclare «très préoccupé par la destruction et la démolition du siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est. Comme toutes les organisations de l’ONU, l’UNRWA, son personnel, sa mission et l’ensemble de ses installations sont sous la protection du droit international. Toute mesure dirigée contre des locaux et des biens des Nations Unies est interdite en vertu de la Convention sur les privilèges et immunités de l’ONU, comme l’a confirmé la Cour internationale de justice dans un avis consultatif datant du 22 octobre 2025». La diplomatie suisse ajoute être «en contact régulier avec les autorités israéliennes par l’intermédiaire de l’ambassade suisse à Tel-Aviv, qui leur a rappelé qu’elles ont le devoir de respecter leurs obligations au nom du droit international public». La cheffe de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), Patricia Danzi, a aussi souligné lors de rencontres officielles avec des membres des autorités israéliennes que la Suisse ne partageait pas l’interprétation juridique faite jusqu’ici par Israël et condamnait la destruction du siège de l’UNRWA.

Comme agence humanitaire de l’ONU, l’UNRWA n’a pas vocation d’apporter une solution politique au conflit par exemple, ni n’a la capacité de mettre fin à l’exode des réfugiés en direction du Liban. Mais rien n’indique «que le statut juridique de ces personnes soit sur le point de changer de façon significative», avance Dorothee Klaus.

L’UNRWA n’a d’autre choix que d’essayer de conserver son mandat du mieux qu’elle peut tout en évitant que le sort de la population palestinienne sur place se détériore. «Ceci jusqu’à ce qu’une solution politique juste et durable soit trouvée», conclut-elle.  

Texte relu et vérifié par Benjamin von Wyl, traduit de l’allemand par Alain Meyer/op

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