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Tsunami: les leçons de l’après 26 décembre

Cette crise est un moment crucial pour l'ONU, constate l'expert suisse. asia-europe-institute.org

Le raz de marée asiatique et ses conséquences accélèrent le remodelage d’une planète globalisée, selon le Genevois Philippe Régnier.

Le directeur du Centre de recherche sur l’Asie moderne dessine quelques-unes des tendances qui émergent de cette catastrophe sans précédent. Interview.

Fondé en 1971, le Centre de recherche sur l’Asie moderne (CRAM) réunit quelques-uns des meilleurs connaisseurs de l’Asie en Suisse. Son directeur, Philippe Régnier mène des recherches à la croisée des sciences politiques et économiques. Il collabore également avec des organismes comme la CNUCED, l’agence onusienne spécialisée dans le commerce et le développement.

swissinfo: Quelles sont les grandes tendances qui émergent de la catastrophe asiatique et des réactions qu’elle a provoquées?

Philippe Régnier: Cette crise internationale confirme l’impact immense des médias – surtout télévisuels – dans notre monde globalisé. Cette catastrophe et ses conséquences témoignent également du poids grandissant pris par la société civile et les ONG.

C’est en effet sous leurs pressions, relayées par les médias, que les gouvernements ont fini par se mobiliser fortement dans cette crise. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur est sans précédent.

Les enjeux économiques de cette crise sont également importants. Elle touche bien sûr l’industrie du tourisme, un secteur qui compte pour les Occidentaux mais aussi pour les Chinois et les Japonais.

Mais un autre secteur majeur de l’économie mondiale est également concerné. La région de Sumatra est en effet un important fournisseur de pétrole et de gaz.

Cette crise est également un moment crucial pour l’ONU. Jusqu’à la fin de l’année dernière, la question était de savoir si l’Organisation des Nations Unies allait survivre à la nouvelle donne géopolitique marquée par le 11 septembre et la guerre en Irak.

Avec cette catastrophe naturelle, le monde réalise qu’il a besoin d’une très forte coordination logistique. Et l’ONU est le seul instrument existant permettant d’assurer une telle fonction.

swissinfo: La Suisse et les autres pays occidentaux apportent-ils une aide judicieuse sur le court et le moyen terme?

P.R.: Cette catastrophe montre une fois de plus que les pays occidentaux et le Japon ont une longue expérience et les moyens logistiques permettant d’assurer l’aide d’urgence. Et ce, même s’il subsiste un gros problème de coordination.

Pour le moyen terme, les choix ne sont pas encore opérés. L’idéal, me semble-t-il, serait de combiner l’aide publique pour la reconstruction des écoles et des infrastructures et la mise en place d’instruments financiers, comme le microcrédit, pour relancer l’activité économique des communautés les plus touchées.

En ce sens, l’action menée par la Suisse va dans la bonne direction. De notre coté, nous travaillons avec l’Institut universitaire d’études du développement (IUED), des ONG comme Terre des Hommes et les banques privées genevoises à la mise en place d’instruments liés au microcrédit et aux microentreprises.

swissinfo: De quoi les régions sinistrées ont-elles le plus besoin?

P.R.: Les populations sinistrées ont besoin de reprendre confiance en elles-mêmes. Cette catastrophe dévastatrice sur le plan humain et psychologique touche en effet des régions très pauvres et donc des personnes très fragiles.

Or, la coopération internationale ne suffira pas à elle seule à résoudre cette question capitale.

swissinfo: Deux des pays d’Asie balayés par le tsunami sont en proie à une guerre civile plus ou moins larvée. Cette catastrophe pourrait-elle faire avancer la paix?

P.R.: Au Sri Lanka, la guérilla indépendantiste des Tigres tamouls a très faiblement relâché son emprise militaire sur les zones qu’elle contrôle.

Mais on a vu en Suisse et ailleurs l’ébauche d’une solidarité entre les communautés tamoules et cingalaises expatriées.

N’oublions pas également le rôle que peut jouer la communauté tamoule très présente à Colombo, la capitale du Sri Lanka. En outre, une grande partie de l’économie du Sri Lanka est contrôlée par de grandes familles tamoules.

A Sumatra (théâtre d’un affrontement entre le gouvernement indonésien et le mouvement indépendantiste d’Aceh), la situation est très différente On sent bien que l’intervention militarisée des Etats-Unis depuis un peu plus d’une semaine vise plusieurs objectifs, dont celui de surveiller, voire de contrôler certains milieux islamisés du Nord de Sumatra suspectés d’être infiltrés par Al Qaïda.

D’ailleurs, depuis quelques jours, les grands partis musulmans modérés d’Indonésie, mais aussi des mouvements extrémistes indonésiens dépêchent sur place nombre de leurs partisans pour officiellement venir en aide à cette région sinistrée.

Il faut donc suivre très attentivement le bras de fer politique qui est en train de se mettre en place.

Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève

– Fondé en 1971 à Genève, le CRAM couvre la région Asie-Pacifique et étudie le développement économique, politique et social des différents pays qui la composent.

– Le CRAM organise des conférences et des colloques qui visent à une meilleure connaissance de l’Asie en Suisse.

– Ce centre d’étude et de recherche collabore étroitement avec l’Institut de hautes études internationales (HEI), l’IUED et l’Université de Genève.

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