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Souvenir soviétique pour évoquer le spectre de la guerre nucléaire.

Souvenir soviétique pour évoquer le spectre de la guerre nucléaire.

Le Musée d’ethnographie de Neuchâtel sert d’écrin à l’Apocalypse. Des artistes et des anthropologues mettent en scène la fin du monde et nous questionnent : «What are you doing after the Apocalypse?», que ferez-vous après la catastrophe?

Que ceux qui ne se sont jamais laissés gagner par la panique en suivant un journal télévisé jettent la première pierre. Crises économiques, pandémies, guerres, cataclysmes et autres catastrophes frappent à nos portes un jour sur deux.

Jouer à se faire peur est peut-être un penchant enraciné au plus profond de notre subconscient, depuis notre plus jeune âge. Dans ce sens, la série de figurines de plastique sur lesquelles s’ouvre l’exposition, dans une petite salle qui semble avoir subi un bombardement, est éloquente. On y retrouve les héros de l’épouvante, de Godzilla à la poupée gonflable incarnant Le Cri de Munch, ainsi qu’une série de monstres provenant des quatre coins de la planète.

Espoirs au vestiaire

Une gigantesque fresque noir-blanc de 52 mètres de longueur sur les parois de deux salles du musée, signée par M. S. Bastian et Isabelle L., offre un avant-goût de l’Apocalypse. Une sorte de catalogue des horreurs intitulé Bastokalypse qui revisite l’iconographie du mal, dans le style bande dessinée.

Bosch, Dürer, Bruegel, Picasso... Il suffit d’observer quelques mètres carrés de ce décor pour retrouver, presque à coup sûr, une référence à un tableau, qui, d’une manière ou d’une autre, a illustré la fin du monde, ou des événements qui ont marqué l’histoire récente, de Verdun à Dresde, en passant par Hiroshima, le massacre de My Lay, Sarajevo ou encore les attentats du 11 septembre 2001.

La fin du monde est présente dans toutes les cultures, ou presque. Le drame humain est universel. Il est le point de départ du fascinant panorama dressé par les deux artistes. «Ce n’est pas un hasard s’ils se sont servis de motifs transculturels», observe Marc-Olivier Gonseth, le conservateur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN).

L’Apocalypse est visuelle, mais également sonore. En marchant sur des cubes de bois, le visiteur peut sélectionner son propre hit-parade de la fin des temps. This is the End, beautiful friend... la voix de Jim Morrison rappelle soudainement le film Apocalypse Now, avec un colonel Kurtz qui, mourant, murmure «L’horreur...l’horreur», alors que ses hommes sacrifient un bœuf à coup de machette.

En sortant de la salle, impossible d’éviter la chanson de Vera Lynn We’ll meet again. Nous nous retrouverons. Mais n’est-ce pas là une note un peu décalée au milieu de titres tels que Armagideon, Oh Lord don’t let them drop that atomic bomb on me ou encore Nuclear holocaust?

«Ce morceau accompagne les dernières scènes du film Docteur Folamour, alors que des bombes éclatent, fait remarquer Marc-Oliver Gonseth. D’une certaine manière, la chanson prépare à un ‘après’ l’Apocalypse du spectateur. Le monde disparaît, mais le spectateur demeure. Et c’est exactement la question que nous posons aussi. Que ferez-vous après le spectacle?

Le moteur du changement

Dans une salle aussi blanche et dépouillée qu’une chambre d’hôpital ou une navette spatiale, huit ethnologues amorcent quelques pistes de réflexion. Partant de leurs recherches, ils se sont demandés comment réagissent les sociétés humaines confrontées à des catastrophes, des conflits, des révolutions diverses ou des déséquilibres de grande ampleur.

Parmi les thèmes abordés, figurent l’Egypte de l’après-Moubarak, l’énergie nucléaire, la crise économique, les flux migratoires et le débat autour de la fin présumée de l’art. Il y a aussi l’épidémie du Sida, un fléau social si vaste «qu’il a complètement modifié notre vision de la sexualité, de la maladie, du rapport que nous entretenons avec la médecine. Il a posé des questions nouvelles, liées à la prévention et à la notion de responsabilité, puisqu’il exige aussi des sujets sains de se prémunir contre la maladie, et ainsi de suite, explique le conservateur du MEN. Cette maladie a été un véritable cataclysme, que nos sociétés sont parvenues à surmonter et à traverser. Nous nous situons désormais dans l’’après’, dans la poursuite de la gestion des pistes créées par la catastrophe initiale.»

En somme, l’Apocalypse est aussi et surtout un formidable moteur de changement pour les sociétés. «Etymologiquement, le terme même d’Apocalypse ne signifie ni catastrophe, ni destruction, mais bien ‘révélation’, rappelle Marc-Olivier Gonseth. Cette notion de salut, de la résurrection propre au christianisme, s’est un peu estompée dans nos esprits et il n’en reste que la vision de l’Apocalypse. Nous devons néanmoins prendre conscience du fait que la perspective peut toujours s’inverser. En modifiant un point de vue, un événement déterminé peut être considéré comme une chance de renouveau.»

Apocalypse et apothéose, deux facettes de la même médaille? En évoquant les camps de concentration en Birmanie, dont certains ont été transformés en musées, le photographe et réalisateur français Christian Boltanski livre peut-être un début de réponse: «On m’a raconté que l’un des conservateurs de ces lieux avait beaucoup de problèmes. Comme le sol recelait des cendres humaines en abondance, la nature était particulièrement belle, avec des milliers de fleurs qui surgissaient au printemps. Devait-il oui ou non les couper? Autrement dit, faut-il oui ou non conserver l’horreur ou faut-il laisser la vie reprendre ses droits? Personne n’est remplaçable parce que chacun est unique. Mais, heureusement, les choses continuent et nous finissons par être remplacés.»

Atomik submarine

Dans le cadre de l’exposition, le Musée d’ethnographie de Neuchâtel présente aussi l’Atomik Submarine, le sous-marin nucléaire de l’artiste François Burland.

Long de 18 mètres et recouvert d’aluminium, le sous-marin et les autres objets présents rappellent l’iconographie soviétique, et le spectre d’une guerre nucléaire omniprésent pendant la Guerre froide.

«C’est comme si le sous-marin avait perforé le toit du musée et répandu des déchets tout autour, souligne Marc-Olivier Gonseth. L’installation nous rappelle à quoi nous avons échappé et, surtout, nous place face à une interrogation. Pendant des décennies, nous avons vécu dans un monde polarisé et nous avons été confrontés à quelque chose qui relevait de la menace frontale, avec un ennemi déterminé. A l’inverse, aujourd’hui, on a l’impression que le danger est partout. C’est un peu comme si cette bombe avait explosé, et que ses éclats étaient éparpillés un peu partout.»

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Infos pratiques

L’exposition What are you doing after the Apocalypse? Est à voir au Musée d’ethnographie de Neuchâtel jusqu’au 24 juin 2012.

Horaire: du mardi au dimanche de 10 heures à 17 heures.

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Traduction de l'italien: Nicole della Pietra, swissinfo.ch


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