Affaire Mabetex: le chemin tortueux de la corruption
Behgjet Pacolli, le patron de la Mabetex, qui doit être inculpé pour «blanchiment d'argent» et «participation à une organisation criminelle», aura bien du mal à expliquer comment il obtenait des marchés en Russie sans appel d'offres.
«Entre 1994 et 1996, Mabetex SA avait conclu, avec le secrétariat du président de la Fédération de Russie, plusieurs contrats pour l’exécution de travaux de restauration du Kremlin, de la Douma d’Etat, ou encore du secrétariat du président de la Fédération de Russie», constate la justice russe.
Rien d’anormal. Sauf que «les prix de ces contrats étaient fortement surévalués et il n’avait été procédé à aucun appel d’offres», révèle un document que swissinfo a pu consulter. Explication: «Les chefs du secrétariat du président de la Fédération de Russie s’étaient vu ouvrir des comptes, par Mabetex SA ou ses filiales, auprès de banques helvétiques».
Le juge d’instruction genevois Daniel Devaud confirme ces affirmations, soulignant que «de nombreux versements avaient été faits, en passant par des voies complexes et tortueuses, à plusieurs membres de l’administration présidentielle russe».
Outre Pavel Borodine – qui dirigeait alors le secrétariat de l’administration présidentielle – et sa famille, les largesses de la Mabetex ont également bénéficié à Andrei Savtchenko, son adjoint, ainsi qu’à Oleg Soskovets.
En novembre 1999, pour empêcher la saisie de la documentation bancaire de la Mabetex, Behgjet Pacolli avait pour le moins utilisé des arguments spécieux. Il soutenait alors «que la corruption de fonctionnaires étrangers, qu’elle soit commise en Suisse ou à l’étranger, ne constitue pas une infraction selon le droit suisse». Une défense pour le moins maladroite.
Ian Hamel
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