Il y a dix ans, le Mur de Berlin s’effondrait : «pour la Suisse la surprise fut totale!»
Pour l’ancien chef de la diplomatie helvétique René Felber, la chute du Mur de Berlin a conduit la Suisse à réorienter sa politique. Depuis, elle s’implique activement dans l’édification de la démocratie en Europe orientale et centrale
Pour l’ancien chef de la diplomatie helvétique René Felber, la chute du Mur de Berlin a conduit la Suisse à réorienter sa politique. Depuis, elle s’implique activement dans l’édification de la démocratie en Europe orientale et centrale
«Il y a eu une formidable accélération de l’Histoire qui nous a totalement surpris. C’était tout simplement la fin d’un monde». L’ancien conseiller fédéral René Felber suivait de très près l’évolution de la situation qui prévalait de l’autre côté du rideau de fer. Avec Mikhaïl Gorbatchev, à la tête d’un empire soviétique moribond, les signes précurseurs d’un changement imminent étaient palpables. «Perestroïka», «glasnost» bousculaient dans le discours populaire des concepts aussi archaïques que «centralisme démocratique» ou «bureau politique». En tant que chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de 1987 à 1993, René Felber a pu observer pas à pas cette dynamique. «Nous étions préparés à des changements importants, affirme-t-il. Gorbatchev étaient aux commandes. Et il y avait également à Leipzig, en Allemagne de l’Est, ces fameuses prières chaque soir».
Mais Berne, comme la plupart des capitales occidentales, a assisté, dans la surprise et la crainte, à l’effondrement du Mur de Berlin qui allait ouvrir la voie à la réunification allemande. Dans la nuit du 9 au 10 novembre, le mur basculait. Et avec lui, cinquante années de glacis soviétique. Mal informé et attentiste, l’Occident rêvait d’un mouvement lent et progressif de démocratisation. Les peuples des pays de l’Est ont préféré une rupture. Franche et heureusement sans effusion de sang. «Notre crainte était de voir l’armée russe, soviétique à l’époque, la Stasi ou les soldats de la RDA, s’opposer par la violence à ce mouvement», se souvient René Felber.
Enthousiaste et un brin frileuse, la diplomatie helvétique a accompagné de façon pragmatique cette révolution inédite. Il fallait pouvoir assumer, du jour au lendemain, un saut vers l’inconnu. «Personne ne pouvait imaginer dans quelle situation se trouveraient ces différents Etats européens qui allaient abandonner un régime totalitaire pour s’engouffrer dans un système capitaliste comme le nôtre, un régime de liberté économique», souligne René Felber. A l’époque, il y avait, reconnaît-il, «une méconnaissance assez grande de la situation».
Subitement, avec la fin de la guerre froide, la Suisse perdait son «statut de pont entre deux cultures politiques». Un aggiornamento de la diplomatie s’imposait donc. «Nous ne pouvions plus faire valoir une position particulière, notre neutralité, entre l’Est et l’Ouest», souligne René Felber. Désormais, la spécificité helvétique pouvait se traduire concrètement à travers la mise en place de structures de solidarité destinées à trouver des fonds pour aider l’Europe de l’Est, pour stabiliser et favoriser son développement économique. «C’est dans ce sens que notre politique étrangère a été influencée, précise René Felber. Nous avons immédiatement annoncé notre disponibilité pour contribuer à l’édification de la démocratie à l’Est». Une offre mise en pratique, avec le succès médiatique et politique que l’on sait, par le conseiller fédéral Flavio Cotti. Le successeur de René Felber a assuré en 1996 la présidence tournante de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
Jugurtha Aït-Ahmed
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