Inculpation de Pacolli, l’homme du «Kremlingate»
Après plus d'un an d'enquête, Behgjet Pacolli, 49 ans, patron de l'entreprise tessinoise Mabetex, doit être inculpé fin juin par le juge genevois Daniel Devaud, pour «blanchiment d'argent» et «participation à une organisation criminelle».
La vie de ce fils de paysan kosovar, naturalisé suisse, a véritablement basculé le 22 janvier 1999, lorsque l’ancien procureur de la Confédération, Carla Del Ponte, perquisitionne dans sa société à Lugano. Elle y découvre des extraits de comptes de trois cartes de crédit au nom de Boris Eltsine et de ses deux filles.
Le monde entier découvre alors que ce petit entrepreneur, jusqu’alors inconnu, avait décroché pour au moins 300 millions de dollars de contrats publics en Russie. Et pas n’importe quels contrats: la reconstruction du Parlement russe, la réfection de la Douma, la résidence d’Eltsine.
A-t-il pour cela versé de copieux dessous-de-table? Behgjet Pacolli s’en est toujours défendu. Aujourd’hui encore, il affirme que «le juge fait fausse route». Ce géant blond, qui parle couramment russe, reconnaît toutefois être un «grand ami» de Pavel Borodine, l’homme qui gérait l’empire immobilier du Kremlin.
Le patron de la Mabetex (qui affichait en 1998 un chiffre d’affaires de 1,6 milliard de francs) n’a apparemment pas convaincu le juge Daniel Devaud. Ce dernier le soupçonne d’avoir versé 4 millions de dollars de commissions à des fonctionnaires et à des dirigeants russes.
Le magistrat genevois a donc adressé lundi une convocation à Behgjet Pacolli «en vue d’inculpation». Toutefois, comme l’audience n’est prévue que pour la fin juin, l’homme d’affaires d’origine kosovare n’est pas encore formellement inculpé. Dans le droit suisse, une inculpation doit être notifiée directement à l’intéressé.
Ian Hamel
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