«L’image de la Suisse risque d’en pâtir»
André von Graffenried estime qu'il ne faut pas craindre un afflux massif d'ouvriers des pays de l'Est si les citoyens disent oui à l'ouverture du marché du travail.
Pour l’ambassadeur de Suisse à Varsovie, l’image de la Suisse serait ternie si le non à l’extension de la libre circulation aux personnes des dix nouveaux membres de l’Union européenne l’emporte.
En Pologne, le plus peuplé des dix nouveaux pays de l’Union européenne (UE), le taux de chômage s’élève à 18%. Une frange de cette classe ouvrière, symbolisée par le «plombier polonais», pourrait inonder le marché suisse en cas d’acceptation du vote du 25 septembre aux dires des opposants.
Selon André von Graffenried, l’enjeu de ce scrutin, outre celui de la mobilité de ces ouvriers venus de l’est, est avant tout de rouvrir les portes de l’Europe aux anciens pays communistes.
swissinfo: De quelle manière ont évolué les relations entre la Suisse et la Pologne depuis l’intégration de cette dernière dans l’UE en 2004?
André von Graffenried: Les accords signés entre la Suisse et l’UE comprennent évidemment la Pologne. Deux d’entre eux sont particulièrement essentiels et devraient, j’espère, renforcer nos relations. Le premier touche à l’extension de la libre circulation des personnes.
Le second concerne l’engagement pris par le gouvernement suisse d’apporter son soutien financier à hauteur d’un milliard de francs aux nouveaux membres de l’UE, dont une part importante reviendra à la Pologne.
swissinfo: Pour quelles raisons le vote du 25 septembre sur l’extension de la libre circulation des personnes est-il si important?
A.v.G.: L’extension de cet accord répond à cette volonté idéelle d’élargir l’UE à toute l’Europe, de construire une Europe libre et unifiée. Mais c’est aussi une question de principe qui aura des conséquences sur nos relations avec l’UE, plusieurs accords étant interconnectés.
swissinfo: Les sondages prédisent un vote serré en septembre. En cas de refus, l’image de la Suisse sera-t-elle altérée?
A.v.G.: Cette réflexion doit s’inscrire dans une perspective historique. L’adhésion de la Pologne à l’UE est le résultat d’un long processus. Partagée de 1795 à 1918 entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, la Pologne a été ensuite indépendante pendant 21 ans. Lors de la Seconde guerre mondiale, elle a souffert comme aucun autre pays avant d’être abandonnée aux mains de l’Empire soviétique.
Nous célébrons actuellement le 25e anniversaire du syndicat de «Solidarité ». Lech Walesa et le pape Jean-Paul II ont été les deux grandes personnalités de cette période cruciale. Après avoir triomphé du communisme, les Polonais ont enfin atteint il y a peu leur objectif final: intégrer l’UE.
Un non le 25 septembre serait ainsi perçu comme une humiliation par le peuple et le gouvernement polonais. La Suisse deviendrait le seul pays à refuser l’extension de l’accord aux dix nouveaux membres de l’UE et son image en pâtira fortement.
swissinfo: Une intense campagne a été menée pour décrier l’ouvrier de l’Europe de l’est. Dans quelle mesure le spectre du «plombier polonais» va-t-il peser en Suisse?
A.v.G.: Je ne suis pas persuadé que cette campagne aura un grand impact. Le problème est ailleurs dans notre pays. Les Suisses ont trop tendance à se recroqueviller, à ne voir que les risques à défaut des opportunités. Ils oublient que ce scrutin n’affectera pas que les relations avec les nouveaux membres de l’UE, mais avec toute l’UE. Je reste toutefois confiant en son issue, les Suisses voteront pour l’extension.
swissinfo: En tant qu’ambassadeur de Suisse en Pologne, pensez-vous pouvoir influencer l’image stéréotypée qu’ont les Suisses de l’Europe de l’est et de ses travailleurs?
A.v.G.: La population suisse méconnaît plus la Pologne et les autres nouveaux membres de l’UE qu’elle n’a une image négative de ceux-ci, la faute au Rideau de fer. Peu de Suisses y ont vécu une expérience positive. La crainte du chômage, du dumping social perdurent.
Mon rôle est de convaincre les Suisses que la Pologne est un grand pays avec une longue histoire, qu’elle entretient de solides relations depuis fort longtemps avec la Suisse et qu’elle partage de nombreuses valeurs avec elle. En revanche, il n’est pas dans mes tâches d’ambassadeur de trop interférer dans un référendum en Suisse.
swissinfo: Ne pensez-vous pas malgré tout de devoir dire aux Suisses qu’ils doivent voter en faveur de cet accord?
A.v.G.: Les Suisses doivent approuver cette extension. Dans le cas contraire, nos relations avec l’UE en souffriront et notre image en prendra un coup.La portée de cette décision ne se limite pas au marché du travail. Les Suisses ne doivent pas oublier que l’élargissement de l’UE ou la réunification de l’Europe est synonyme de stabilité et de sécurité sur tout le continent, y compris en Suisse.
swissinfo interview: Morven McLean à Varsovie
(Traduction et adaptation de l’anglais par Raphael Donzel)
Les racines de la Pologne remontent à plus d’un millénaire.
L’Etat polonais a été à plusieurs reprises sous la domination d’un pays voisin.
Plusieurs millions de ses habitants, la moitié de confession juive, sont morts pendant la Seconde guerre mondiale.
En 1989, la Pologne est devenue le premier des pays de l’Europe de l’est à rompre avec le régime communiste.
Elle a rejoint l’OTAN en 1999 et l’UE en mai 2004.
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