Pourquoi le football suisse est absent de l’Euro 2000
Le Championnat d’Europe des Nations (l’Euro 2000) débute, samedi soir, à Bruxelles. Mais sans l’Equipe nationale suisse. Reste à savoir pourquoi.
Nous pourrions évoquer, une fois de plus, l’exiguïté de la Suisse. Et donc son réservoir limité de footballeurs. Nous pourrions également relater la subdivision de l’Helvétie en plusieurs régions. D’où l’affrontement perpétuel entre deux différentes cultures footballistiques, l’alémanique et la latine.
Mais, force est de constater, que de tels arguments ne tiennent pas vraiment la route. A preuve, le Danemark, a été Champion d’Europe en 1992. Et la Belgique s’est plus souvent qualifiée que la Suisse dans une phase finale européenne ou mondiale.
C’est donc plus profondément qu’il faut aller chercher les raisons de l’absence de l’Equipe nationale suisse à cette 11ème édition de l’Euro, organisée conjointement par la Belgique et les Pays-Bas.
Du point de vue du contexte général, en Suisse, les spectateurs affluent en moins grand nombre dans les stades de football, depuis les années 60-70. Les plus jeunes sont attirés par une foule de distractions. Les adultes ont les moyens financiers de pratiquer d’autres sports.
Comparée à celle des autres pays, la vie est beaucoup plus facile en Suisse. Les entraîneurs peuvent donc difficilement exiger de leurs joueurs qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes à chaque entraînement ou qu’ils se surpassent lors de toutes les rencontres officielles. Ce phénomène est déjà notoire chez les juniors.
Sur un plan strictement technique, le footballeur suisse est lent. C’est dans sa nature, serait-on tenté de dire. Or, le jeu pratiqué de nos jours va trois à quatre fois plus vite que celui exercé dans la première moitié du siècle, soit à l’époque où l’Equipe nationale suisse brillait au niveau international.
En outre, dans la mentalité helvétique, on n’aime pas les gens qui sortent du lot par leur charisme, leur pertinence. De sorte que la Suisse se prive systématiquement de leaders. A preuve, Türkylmaz, Sforza, Henchoz, et même Alain Sutter ont été, maintes fois, remis à l’ordre.
Reste que les footballeurs suisses ont été très demandés par les grands clubs étrangers, ces dernières années. Particulièrement, par les clubs allemands.
Toujours est-il que, même à l’époque où la Nati était dirigée par Hodgson, le jeu des deux stars – Chapuisat et Sforza – n’a jamais égalé celui qu’ils pratiquaient au Borussia Dortmund ou à l’Inter de Milan.
Cela nous amène à pointer le doigt sur le mal principal qui ronge l’équipe de Suisse. C’est-à-dire, son manque de confiance. Le mot est lâché. Une formation sans foi n’est que l’ombre d’elle-même. Fût-elle la mieux intentionnée.
Le coach allemand Stielike et son homologue anglais Hodgson avaient su créer un véritable état d’esprit collectif. Plus récemment, sous l’ère de l’Alsacien Gress, la Suisse a failli brûler la politesse au Danemark pour une qualification à cet Euro 2000. Particulièrement dans la confrontation directe helvético-danoise à Zurich. Mais il manquait aux Suisses ce petit plus qui fait la différence. Autrement dit, cette confiance qui engendre la réussite.
Or, faute d’un vaste choix de joueurs de haut niveau, la Suisse doit compenser ses carences techniques (principalement sa vitesse d’exécution et son manque d’imagination dans les enchaînements) par un esprit de corps, une bravoure à toute épreuve. Qualités premières des petites équipes qui désirent surprendre les habituels ténors du football planétaire.
Emmanuel Manzi
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.