Pourquoi les Américains traînent les pieds
A Washington comme à Moscou, le juge genevois Laurent Kasper-Ansermet se heurte à la chape de plomb qui s´est abattue sur l´affaire des milliards du FMI. Un silence qui dure depuis l´arrivée de l´équipe de Vladimir Poutine au Kremlin.
Le Fonds monétaire international n’a pas prévu de recevoir Laurent Kasper-Ansermet. Le porte-parole de l’institution, Bill Murray, s’étonne d’ailleurs de la démarche du magistrat. «Je ne vois pas bien de quel argent il parle, déclare Bill Murray, car aucun centime ne manque au FMI et l’enquête que nous avions demandée à un cabinet comptable extérieur n’a révélé aucune preuve de détournement».
«Il s’agit plus d’un problème d’information de la part du gouvernement russe que d’un usage inapproprié des fonds», ajoute le porte-parole qui suggère aussi que, la Suisse étant membre du FMI, le juge aurait dû contacter l’institution par l’intermédiaire de Berne.
Laurent Kasper-Ansermet ne doit pas s’attendre à plus de coopération des autorités américaines. L’enquête du Département de la justice est en sommeil. Et la commission rogatoire urgente que le magistrat suisse lui avait adressée il y a 8 mois reste sans réponse.
«Les rapports entre le FMI et la Russie sont guidés par des considérations politiques, plutôt que par les réalites financières», explique Daniel Bradlow, professeur à l’Université Américaine. D’autant que la Russie est le principal pays emprunteur du FMI et les Etats-Unis, le principal donateur.
Certes, les Américains n’étaient pas mécontents de voir partir un Boris Elstine devenu imprévisible et d’accorder une période de grâce à Vladimir Poutine. Mais au-delà, le silence entourant désormais l’affaire de détournement évite une remise en question des relations du monde occidental avec la Russie. «Personne ne veut poser certaines questions gênantes, et notamment celles-ci: est-il facile de cacher des choses au FMI? Et la Russie mérite-t-elle de nouveaux prêts?», souligne ainsi le professeur Bradlow.
Marie-Christine Bonzom, Washington
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