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Santé mondiale: la Suisse mi-figue mi raisin

swissinfo:Thomas Zeltner, Directeur de l’Office fédéral de la santé publique Keystone Archive

A Genève, l'OMS vient de vivre cette semaine sa grande Assemblée annuelle. Bilan suisse avec Thomas Zeltner, chef de l'Office fédéral de la santé.

Cette 55e Assemblée mondiale de la santé s’était ouverte lundi par une mise en garde de Mme Gro Harlem Brundtland, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS): «le monde vit dangereusement».

Soit – c’est le cas des pays pauvres – parce qu’on n’a pas les moyens de faire face à des situations qui portent irrémédiablement atteinte à la santé. Soit, comme dans les pays riches, parce qu’on fait de mauvais choix en matière de consommation et d’activité.

Vu l’aspect quelque peu hétéroclite de l’ordre du jour, où il était question à la fois d’alimentation des nourrissons et de vieillissement, de mouche tsé-tsé et de bio-terrorisme et de quantité d’autres maux et problèmes, dresser le bilan d’une telle semaine paraît mission quasi impossible.

Thomas Zeltner, qui connaît bien les arcanes de l’OMS, a tout de même accepté de prendre ce risque. Suppléant de Mme Ruth Dreifuss, ministre suisse de l’Intérieur, à la tête de la délégation helvétique, le directeur de l’Office fédéral de la santé publique livre ici son point de vue personnel.

swissinfo: Thomas Zeltner, à chaud, quelle est votre appréciation de cette 55e Assemblée mondiale de la santé?

Thomas Zeltner: «C’était une semaine dure, on a fait des progrès dans quelques dossiers, mais ça devient de plus en plus compliqué de trouver un consensus entre 191 pays qui ont des états sanitaires et des intérêts fort différents.

De plus, les propositions qui émanent des comités de préparation sont de moins en moins bien acceptés. Il n’y a que 32 pays représentés dans le Comité exécutif. Jadis, quand le monde était «plus petit» et que les questions de santé étaient moins politisées, ça se passait mieux.

La Suisse s’est donc impliquée dans un groupe de travail chargé de réviser les modes de fonctionnement de l’Assemblée. Nous défendons l’idée qu’un plus grand nombre de pays doit être associé à sa préparation.»

Sur quelles problématiques la délégation suisse a-t-elle plus particulièrement porté son attention cette année?

Th. Z.: «Pour nous, c’est le domaine «santé et pauvreté» qui constituait le point le plus intéressant de l’ordre du jour. Pour une fois, on dispose de stratégies claires pour attaquer cette question ardue.

Un rapport de l’OMS montre qu’avec quelque 30 milliards de francs suisses par année (20 milliards d’euros), on pourrait éradiquer cette pauvreté à un niveau mondial.

Le principal progrès enregistré cette année, c’est la création d’un fonds global de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose. L’OMS a réussi à trouver quelque chose comme un milliard de francs suisses par année et ça, c’est un progrès.»

Mais certaines ONG dénoncent précisément le «flirt» de l’OMS avec le secteur privé pour financer ses programmes de santé…

Th. Z. : «C’est un problème difficile. Une organisation onusienne peut-elle construire des partenariats avec l’industrie pharmaceutique et avec des fondations privées, Bill Gates ou autres? Et comment?

On se pose des questions sur l’intérêt qu’ont des acteurs privés à investir dans ce domaine et combien de temps cela va durer. D’où une certaine déstabilisation des budgets.

Nous devons malheureusement accepter que les pays membres de l’OMS ne sont pas prêts à augmenter son budget ordinaire. Il faut se souvenir aussi que ce budget de l’organisation qui traite de la santé du monde correspond à peu près à celui de deux hôpitaux universitaires suisses.»

Cette Assemblée mondiale de la santé a tout de même des allures de rituel annuel. Peut-on véritablement en tirer profit?

Th. Z.: «C’est vrai, ça devient un peu rituel, mais je crois que le rite a aussi des effets positifs. Ici, les ministres de la santé peuvent se rencontrer, discuter et débattre hors des séances plénières. Il y a une meilleure compréhension mutuelle et des réseaux qui se construisent,

Cela vaut pour la Suisse. Le jour où elle était présente, Mme Dreifuss s’est par exemple longuement entretenue avec le ministre de la santé de la Zambie, un pays avec lequel nous n’avons pas beaucoup de contacts.

Elle a été très impressionnée de découvrir que ce pays souffre d’un immense exode de son personnel médical. Il y a quelques années, la Zambie comptait environ 1600 médecins, aujourd’hui il n’en reste que 400. On peut imaginer les problèmes de ce pays.»

On ne retrouve guère dans l’Assemblée les questions qui agitent la Suisse: coûts de la santé, avortement, etc… L’OMS n’a-t-elle rien à dire sur ces sujets?

Th. Z.: «Si, mais il est vrai, et c’est dommage, que ces thèmes qui nous intéressent sont parfois relégués au second plan. Les problèmes d’aménagement de systèmes de santé financièrement viables reviennent cependant sans cesse.

Par exemple, l’introduction de systèmes d’assurance maladie obligatoires est à l’ordre du jour de l’OMS. La Suisse l’a mis en place il y a quelques années, mais ce n’est pas le cas de la majorité des pays.

On parle aussi de la répartition des financements de la santé entre les impôts et les assurances, ce qui est l’une des grandes questions débattues en Suisse. Difficile de trancher. Mon point de vue personnel est qu’il faut trouver une nouvelle formule pour soulager les petits revenus.»

Il y a eu cette semaine un débat sur le bio-terrorisme et l’Assemblée a voté une résolution contre Israël. Est-ce le signe d’une politisation croissante?

Th. Z.: «Ceux qui suivent les débats ici constatent clairement cette politisation. On peut avancer deux explications: la première est que l’accès aux soins et les inégalités face à la santé sont devenus un thème politique majeur dans tous les pays.

La seconde, est que certains États ont aujourd’hui tendance à mettre sur la table des questions qui ne devraient pas être débattues dans les organisations spécialisées de l’ONU. Elles sont davantage du ressort de l’Assemblée générale. C’est en tout cas la position suisse.»

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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