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Échoués au Sénégal à cause du coronavirus, ils y sont restés

La famille Arnold, de Berne, va maintenant rester au Sénégal. ZVG

Suisses de l’étranger malgré eux: la famille Arnold est bloquée depuis mars 2020 en Afrique de l’Ouest. Maintenant, ils s’y sont construit une maison.

Ce contenu a été publié le 08 février 2021 - 16:41

Dans le monde entier, les voyageurs restent soumis à des sévères restrictions en raison de la pandémie. Les frontières sont fermées, les vols sont supprimés. Certains essaient de rentrer à la maison depuis des mois, et d’autres acceptent ce qu’ils ne peuvent pas changer.

C’est le cas de la famille Arnold. Son histoire semble tout droit sortie d’un film d’aventure. Depuis presque un an, elle est bloquée dans le sud du Sénégal. Stefan, Christelle et Amira Arnold ont abandonné l’espoir de rentrer bientôt en Suisse par la voie terrestre. L’été dernier, la famille de Berne a donc décidé de se construire une maison là où elle est bloquée et de s’installer en CasamanceLien externe pour les prochaines années.

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L'été à Berne, l'hiver au Sud

Il faut dire que Stefan et Christelle Arnold sont des voyageurs au long cours patentés. Le Valaisan de 48 ans et la Valaisanne d’origine ivoirienne de 33 ans sont ensemble depuis 10 ans – et mariés depuis deux ans.

Depuis 2016, ils sont régulièrement sur les routes d’Afrique avec leur fille de cinq ans. La famille passe l’été à Berne, dans le quartier de la Matte et l’hiver sur le continent africain. Ils ont d’ailleurs tous les trois le passeport ivoirien. «Cela facilite beaucoup le séjour en Afrique», note Stefan Arnold.

La dernière fois qu’ils sont partis de Suisse, c’était en décembre 2019, à bord de leur camping-car tout-terrain. Direction l’Afrique, durée du voyage, six mois – enfin, c’est ce qui était prévu.

Les Arnold étaient venus de Suisse au Sénégal par la route. ZVG

Télétravail en Afrique

Stefan Arnold peut combiner son travail avec des séjours à l’étranger. En tant que web designer indépendant, il peut exercer depuis n’importe où dans le monde. Depuis 20 ans, il a sa propre entreprise et ses clients fidèles et de longue date se sont habitués à ce qu’il ne soit pas toujours immédiatement atteignable, car ils savent qu’il est fiable dans son travail.

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La pandémie fait carrément le jeu de son modèle d’affaires. «Maintenant que tout le monde est en télétravail, peu importe que je sois à Berne ou au Sénégal». Le léger décalage horaire d’une heure représente même un avantage.

Il y a donc plus d’une année que la famille est partie. Via Gibraltar et le Maroc, à travers le Haut Atlas vers la Mauritanie et le Sénégal, elle a traversé la Gambie jusqu’en Casamance, la région sénégalaise la plus au sud. Ils sont arrivés en mars. Puis le coronavirus a mis le monde entier à l’arrêt. En trois jours, les frontières du Sénégal se sont fermées. Les Arnold n’ont pas eu le temps de rejoindre la Côte d’Ivoire, où ils avaient loué une maison.

Rentrer en avion n’était pas une option: Stefan et Christelle Arnold ne pouvaient pas abandonner leur maison sur quatre roues. ZVG

Situations dangereuses

«En tant que blanc, j’ai dû soudain me cacher», raconte Stefan Arnold. Après un jogging matinal, un motard arrive en trombe pour avertir la famille d’une embuscade. «Deux villages s’étaient ligués pour m’enfermer. Ils croyaient que j’étais un Chinois en fuite». Au début, la suspicion a fait rage dans la région: le virus venait des Chinois. On se méfiait donc fortement des Asiatiques, puis des Européens.

«On m’a craché dessus, on nous a jeté des pierres»

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«On m’a craché dessus, on nous a jeté des pierres», se souvient Stefan Arnold. La famille a fini par faire ses bagages et quitter la région. Alors qu’ils s’étaient perdus, les Arnold tombent par chance sur un hôtel abandonné, où ils peuvent se cacher.

«Le gardien de la propriété nous a vus et il a aussitôt partagé sa nourriture avec nous. Lorsque c’était possible, ma femme allait faire les courses en dissimulant son visage», raconte Stefan Arnold en se remémorant cette période folle. Il régnait un confinement strict, impossible de se déplacer bien loin. «Heureusement que nous avions assez d’argent liquide en réserve, parce que le prochain distributeur de billets était à 50 kilomètres». Soit hors d’atteinte.

Après presque un mois, ils trouvent refuge, avec d’autres Européens, chez une prêtresse française.

Une place de télétravail dans l’hôtel abandonné. Voici le bureau de Stefan Arnold. «Je ne pouvais pas travailler dans le camping-car.» ZVG

À la fin mai, la situation s’est un peu détendue. Les Arnold avaient encore l’espoir de rentrer en Suisse par la route avec leur camping-car à la fin du confinement. Mais à l’été, cet espoir s’est envolé. Les frontières restaient fermées.

«Maintenant, nous restons ici»

Ils ont donc décidé d’acheter un terrain et d’y creuser un puits. «De cette manière, nous avions au moins une place où rester avec notre véhicule et de l’eau en suffisance», raconte Stefan Arnold. Et en août, ils ont finalement commencé à construire une maison.

Les Arnold ont à nouveau un toit sur la tête. ZVG

«Maintenant, nous ne savons pas vraiment ce que nous allons faire. Très probablement, nous allons rester ici les prochaines années», dit Stefan Arnold en riant.

Ici, c’est une parcelle de la taille de deux terrains de football au sud du Sénégal, entre un fleuve et la mer. Ils ont baptisé cette terre Karamba BolongLien externe. «Karamba veut dire nature, Bolong baie».

Mais ici, c’est aussi une région où il n’y a pratiquement pas de soins médicaux. «Nous sommes allés une fois à l’hôpital, c’est le genre d’endroit où tu ne veux pas te retrouver».

Depuis juin, on ne remarque guère l’exitance du coronavirus dans cette région. Il n’y a pas eu un seul cas. «Les gens d’ici font la fête sans fin.» La famille par contre, est devenue prudente avec ses contacts. «S’il n’y a pas de soins médicaux, on doit rester en bonne santé»: c’est la devise des Arnold.

La nouvelle adresse de la famille Arnold: Karamba Bolong. ZVG

Stefan a arrêté de fumer, la famille fait du sport tous les jours et mange sainement. «Pour les plus petites choses, nous essayons de nous soigner nous-mêmes, avec l’aide de la nature.»

Il est prévu que leur petite fille Amira aille bientôt dans une école privée. Stefan Arnold continue de diriger son entreprise. Et sa femme Christelle – cuisinière avec un certificat fédéral – essaye également de devenir autonome sur leur grande propriété.

«Nous prenons notre situation comme un cadeau, parce que sans la Covid, nous n’aurions jamais trouvé notre paradis», conclut Stefan Arnold.

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