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50e anniversaire de la mort d'une icône «Pour Castro, le Che valait plus mort que vivant»

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Icône de la révolution cubaine, Che Guevara a été exécuté en octobre 1967 en Bolivie. 

(Keystone)

Il y a 50 ans, Che Guevara est arrêté en Bolivie. Il va devenir la plus grande icône révolutionnaire du 20e siècle. L’ex-général Gary Prado, qui a procédé à l’arrestation de l’ancien compagnon de Fidel Castro, se souvient. 

Le 8 octobre 1967, le capitaine Gary Prado, à la tête de la compagnie B du Régiment Manchego, capturait le guérillero, blessé à la jambe, et l’emprisonnait dans l’école du hameau le plus proche, La Higuera. Gary Prado est l’un des derniers hommes à avoir pu converser avec le révolutionnaire. Le lendemain, le Che était exécuté alors que Gary Prado était reparti avec ses soldats à la recherche des derniers guérilleros.

La malédiction du Che

Le général Gary Prado fut blessé par une balle perdue lors d’un affrontement avec des activistes boliviens qui occupaient des installations pétrolières à Santa Cruz en 1981. Avec une balle dans un poumon et une lésion de la colonne vertébrale Garay Prado demeura paralysé.

Même s’il ne croit pas lui-même à une malédiction du Che Guevara, force est d’admettre qu’une vague de violence a emporté un à un presque tous les participants aux évènements qui aboutirent à la mort du Che, comme si son fantôme était revenu demander des comptes à ses assassins.

L’Argentin lui-même est décédé tragiquement à 39 ans. Il en fut de même pour sa fille ainée Hildita (morte en 1995 au même âge d’un cancer) et son premier petit-fils Canek Sanchez Guevara, disparu tragiquement en 2015 à… 39 ans!

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Homme de gauche, progressiste, Gary Prado s’opposera notamment à la dictature militaire dans son pays, avant de devenir ambassadeur de Bolivie au Royaume-Uni et au Mexique. En 2009, il sera même accusé par le président bolivien Evo Morales, grand admirateur du révolutionnaire cubain, d’avoir assassiné Che Guevara – il s’en défend aujourd’hui avec véhémence.

Evo Morales le fera notamment poursuivre pour «terrorisme et soulèvement armé» dans une sombre affaire de tentative d’attentat contre lui. Un acte de pure vengeance, plaide aujourd’hui le général Prado, qui vit à Santa Cruz de la Sierra, paralysé des membres inférieurs depuis qu’une balle perdue lui a touché la colonne vertébrale lors d’une intervention militaire.

swissinfo.ch: Pouvez-vous nous parler de la traque du Che Guevara qui vous a propulsé sur le devant de la scène internationale en 1967?

Gary Prado: Il est vrai que la capture du Che m’a fait connaître internationalement, mais cela n'a pas été un facteur influent sur le reste de ma vie. Je suis convaincu que j’ai accompli des choses plus importantes que l’arrestation du Che. J'ai eu une brillante carrière militaire, on me connaît et on me respecte pour ma contribution au retour à la démocratie en Bolivie et mes diverses activités jusqu’à ma retraite de l'armée, après 30 années de bons et loyaux services.

swissinfo.ch: Vous avez tout de même vécu avec ce «poids» puisqu’après sa mort, le Che est devenu un mythe.

G.P.: Au moment d'être capturé, le Che m’a dit: « Ne me tuez pas, j’ai plus de valeur pour vous vivant que mort», mais sa mort a eu l'effet inverse. Car pour Castro, le Che valait plus mort que vivant. Son élimination le libérait d'un problème délicat et il pouvait ainsi construire un mythe autour du Che, ce qui lui a permis de survivre avec son système.

swissinfo.ch: Vous affirmez que ses «amis» l'ont envoyé en Bolivie pour en finir avec lui.

G.P.: Le Che a été sacrifié sur l'autel du castrisme. Et Cuba devra admettre un jour que l'envoi du Che en Bolivie était un moyen de se débarrasser de lui car il ne correspondait pas à la position prise par Cuba sous la pression de l'URSS. L’envoyer en Bolivie, le priver de tout soutien et couper la communication avec lui était le meilleur moyen de le mettre à mort. Voilà pourquoi mon livre s’intitule «La guérilla immolée».

swissinfo.ch: Le Che et ses guérilleros sans ressources, malades, n’avaient plus aucune aide extérieure ... Dans ces conditions, les moyens mis en oeuvre par l’armée pour leur capture n'étaient-ils pas exagérés?

G.P.: Dans l'ensemble, au cours des neuf mois durant lesquels ont duré les opérations, moins de 2000 hommes ont été réquisitionnés pour couvrir une superficie de 40’000 km2 (la taille de la Suisse) et cela représentait seulement 4% du territoire bolivien pour capturer et détruire la guérilla. Cette mobilisation a été organisée et à aucun moment il n’y a eu utilisation massive des troupes ou des médias. Le 8 octobre, j’ai été confronté au groupe du Che avec 70 hommes et nous les avons battus.

Le général Gary Prado est demeuré paralysé après avoir été atteint par une balle perdue lors d’un affrontement avec des activistes boliviens qui occupaient des installations pétrolières à Santa Cruz en 1981.

(swissinfo.ch)

swissinfo.ch: Lorsque vous avez arrêté le Che, avez-vous imaginé tout ce qui allait se passer ensuite?

G.P.: Non, le Che était l'une des figures de la révolution cubaine et pas encore le mythe qu’on allait constuire plus tard. Pour moi, à ce moment-là, la chose la plus importante était que nous en finissions avec ce problème et que nous puissions tous revenir à la paix dans nos foyers.

Quand j’ai arrêté le Che, il était dans un piteux état. J’ai eu l'impression qu’il marchait vers son sacrifice: il n’avait nulle part où aller, il n’y avait pas un pays où il aurait pu se diriger. Il serait devenu réfugié politique et un hôte mal à l'aise. Pour toutes ces raisons, il a décidé d'aller jusqu’au bout, menant une lutte avec lui-même entre l'instinct de survie et le sacrifice pour la cause à laquelle il a cru et à laquelle il avait consacré sa vie.

swissinfo.ch: Vous aviez dit au Che qu'il serait jugé par un tribunal militaire. Or le lendemain, il était sommairement exécuté sans procès.

G.P.: Ce fut une décision politique prise au plus haut niveau par le Président de la République René Barrientos et le commandement militaire pour mettre fin à la question une fois pour toutes. Il faut se rappeler que trois ou quatre ans plus tôt, tous les adversaires du régime castriste avaient été abattus dans les premiers jours de la Révolution.

A la Forteresse de la Cabaña, placée sous le commandement du Che lui-même, on avait sommairement exécuté près de 400 prisonniers. Il y a 50 ans, les droits des prisonniers de guerre n’étaient pas reconnus par les guérilleros et les droits de l'homme n’avaient aucun effet. C’était une époque bien différente de la nôtre et on ne peut pas juger avec les paramètres actuels.

swissinfo.ch: Comment s’est décidée l’exposition théatrale de son cadavre à Vallegrande?

G.P.: L'hélicoptère avait fait des transports durant toute la matinée entre La Higuera et Vallegrande, d'abord avec les blessés, puis avec nos morts et à la fin les morts de la guérilla. On ne pouvait transporter que deux corps attachés à des patins externes à la fois. Les instructions du commandant de la compagnie étaient que le corps du Che soit le dernier à être transféré à Vallegrande pour avoir le temps de faire des préparatifs avant son arrivée.

«Il y a 50 ans, les droits des prisonniers de guerre n’étaient pas reconnus par les guérilleros et les droits de l'homme n’avaient aucun effet»

Fin de la citation

swissinfo.ch: Pourquoi lui a-t-on coupé les mains et la peau de son visage après sa mort?

G.P.: Les mains ont été coupées pour assurer l'identification par des experts argentins qui prendraient plusieurs jours pour atteindre Vallegrande, car à l’époque il y avait à peine un vol hebdomadaire entre Buenos Aires et Santa Cruz et, à ce moment-là, il n’y avait pas de chambre froide pour conserver le corps qui commençait déjà à se décomposer. Son visage n'a pas été touché.

swissinfo.ch: Le Che a t-il vraiment été enterré avec ses compagnons?

G.P.: J'ai toujours tenu secret le nom de l’officier chargé de faire disparaître le corps du Che, étant donné qu’il s’agissait d’une question très délicate et que je voulais lui éviter le harcèlement par les médias.

Toutefois, en 1997, lorsque la Commission cubaine a travaillé en Bolivie pour rechercher les restes de combattants, aidée par les informations limitées que l’armée avait en sa possession, le général Mario Vargas Salinas, dans des déclarations faites à un journaliste américain, a déclaré qu’il était l’officier en charge de la disposition finale des restes d'Ernesto Guevara et qu'ils n’avaient pas été détruits mais enterrés avec les restes des autres guérilleros tombés au combat dans la Quebrada del Churo les 8 et 9 Octobre 1967, dans un endroit proche du cimetière de Vallegrande. 

Avec cette déclaration, la découverte subséquente du charnier a mis fin au mystère des restes. 

swissinfo.ch: Croyez-vous à la «malédiction du Che»? Il existe une longue liste de tragédies dont furent victimes plusieurs acteurs de ce funeste épisode de l’histoire bolivienne et mondiale?

G.P.: Je n’ai jamais entendu parler de ces tragédies ou de malédictions. Il y a eu un second lieutenant, deux ans plus tard, qui est mort dans un accident de la route et le général Barrientos, décédé dans un accident d'hélicoptère en 1969. Il n'y a pas eu de malédiction, tout comme il y a eu beaucoup de choses inexates qui ont construit le mythe du Che.

La Suisse et Che Guevara 

1963, La Havane, Cuba: Le photographe suisse René Burri réalise des portraits de Che Guevara. A 28 ans, René Burri devient l’un des plus grands photographes du 20e siècle grâce à une photo de celui qui était alors ministre de l’Industrie avec un cigare dans la bouche. Le cliché marque le début du mythe du Che comme révolutionnaire. Après son exécution en 1967, il devient une icône de la lutte contre l’injustice. 

1964, Genève: Le sociologue suisse Jean Ziegler, alors jeune étudiant, est pendant 12 jours le chauffeur privé du Che, alors que le ministre de l’Industrie cubain prend part à une conférence sur le sucre. Le véhicule: une Morris Mini. Jean Ziegler le décrira par la suite comme un révolutionnaire distant et inaccessible. 

1994, Zurich: Le réalisateur suisse Richard Dindo réalise le film documentaire «Ernesto 'Che' Guevara, le journal de Bolivie». Le cinéaste, primé en Bolivie, y retrace la dernière mission de révolutionnaire professionnelle du Che, qui s’avère finalement désespérée.

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