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Les hôpitaux romands anticipent la saturation des soins intensifs

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Mercredi, l'Office fédéral de la santé publique annonçait que les places viendraient à manquer aux soins intensifs d'ici cinq jours. Cinq jours plus tard, ces services sont bel et bien débordés, et 34 patients ont déjà été transférés d'un canton à un autre comme l'annonçait la RTS dimanche.

Ce contenu a été publié le 09 novembre 2020 - 13:09
Fabiano Citroni et Pierrik Jordan / RTS Info

Il s'agit d'une situation inédite depuis le début de la pandémie en Suisse. Selon une enquête de la RTS, qui a fait le tour des services de soins intensifs romands, la situation est tendue dans chacun d'entre eux. Au total, 34 patients ont déjà été transférés d'un établissement romand vers un autre hôpital, majoritairement en Suisse alémanique.

À Genève et Fribourg, 93% des lits des soins intensifs sont occupés. Par ailleurs, tous ces cantons ont déjà augmenté leur capacité d’accueil. Dans le canton de Neuchâtel, il y a désormais 26 lits aux soins intensifs contre 6 avant la pandémie.

RTS-SWI

Le conseiller fédéral Alain Berset avait appelé dans la semaine les cantons alémaniques à prendre de meilleures mesures en termes de solidarité intercantonale. Son appel a été entendu, et des patients ont pu être transférés, notamment depuis le canton de Genève. «Je pense que maintenant tout le monde a compris que soit on s’en sort ensemble, soit on ne s’en sort pas», résume le conseiller d'État Mauro Poggia dans le 19h30.

Interrogé dimanche dans Forum, le directeur du CHUV Philippe Eckert estime également que désormais ces transferts fonctionnent bien. «Il est vrai qu'il y a eu un cas problématique cette semaine», lorsque le transfert d'un patient genevois vers Zurich a été refusé. Mais cette situation a été corrigée: «nous nous sommes entendus avec tous les directeurs des hôpitaux universitaires de Suisse, et ça marche très bien, les chiffres le démontrent», relève-t-il.

Questionné sur le refus des hôpitaux alémaniques de suspendre leurs opérations non urgentes, un choix que le ministre Alain Berset juge «anormal», Philippe Eckert estime que cela ne posera problème que si les hôpitaux alémaniques commencent à refuser des patients. «Là, ça ne serait pas possible», dit-il, «mais ce n'est pas le cas aujourd'hui».

>> L'interview de Philippe Eckert dans Forum

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Anticiper, pour ne pas avoir à condamner

Les cantons l'ont désormais bien compris, la solidarité est le seul moyen d’éviter la situation redoutée d'une saturation, qui forcerait le personnel soignant à devoir faire un tri des patients selon leur âge ou leurs chances de survie. Au CHUV, notamment, alors que la situation est «critique», tout est mis en œuvre pour ne pas en arriver là.

Selon son chef des soins intensifs Jean-Daniel Chiche, l'hôpital universitaire lausannois a été obligé d’augmenter rapidement sa capacité d’accueil à plus du double de ses capacités. «On a une responsabilité dans l'anticipation», explique-t-il, «on cherche à s’assurer que chaque patient qui aura besoin de soins intensifs pourra y être admis et recevoir des soins de qualité».

Son directeur Philippe Eckert confirme que ces transferts de patients sont des mesures préventives. «Il y a encore de la place dans les unités de soins intensifs en Suisse, il en reste environ 250», dit-il.

Au CHUV également, il reste des places, mais leur nombre a diminué par rapport à la semaine passée. «Il y a une semaine, nous avions 150 patients aux soins intensifs et nous en prévoyions 250 pour cette semaine. Heureusement, aujourd'hui nous n'en avons que 190».

Mais il s'agit quand même d'une augmentation, prévient-il, les efforts sanitaires doivent être maintenus. «Il faut absolument que le ralentissement que nous observons cette semaine se poursuive, c'est à cette seule condition que nous n'arriverons pas à une situation de débordement des soins intensifs».

Tri des patients – quels critères?

La médecin et bioéthicienne Samia Hurst a participé à la création des directives pour accompagner le personnel soignant en cas de tri des patients. «L'objectif de ces directives, c'est de sauver un maximum de personnes tout en respectant la valeur égale de la vie de chacun», explique-t-elle dimanche dans le 19h30.

Les patients arrivant en unité de soins intensifs seraient alors divisés en trois catégories, trois «signalisations», détaille-t-elle. «Si le feu est vert, c'est que ce sont des patients qui survivront même sans soins intensifs, ils ne sont donc pas prioritaires pour cette raison. Si le feu est au rouge, c'est que leurs chances de s'en sortir, avec ou sans soins intensifs, sont faibles. Là non plus, ils ne sont pas prioritaires. Ceux-là seront pris en charge dans d'autres filières, en soins palliatifs».

Ce sont les patients entre ces deux catégories qui seront pris en charge en priorité. «C'est là que l'on peut faire le plus de bien possible», résume Samia Hurst. Mais cela veut quand même dire, dans une situation de ressources très rares, que l'on va mettre au «feu rouge» des patients que l'on aurait eu une petite chance de sauver. «Si on n'avait pas été dans une situation de surcharge, on aurait pu leur donner leur chance», souligne la bioéthicienne.

Pour entrer dans ce modèle de tri, le signal doit être donné au niveau national. À l'heure actuelle, ça n'a pas été le cas.

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>> Les explications de Samia Hurst dans le 19h30

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