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Les nouveaux combats des syndicats

Vasco Pedrina a été élu en 2004 à la tête d’Unia, le plus grand syndicat suisse.

(Keystone)

Pour Vasco Pedrina, les changements politiques intervenus en 2003 ont accentué les déséquilibres sociaux et les tensions entre patrons et syndicats.

A l’occasion du 1er Mai, le co-président d’Unia fait le point pour swissinfo sur les combats qui attendent le principal syndicat du pays.

swissinfo: Il y a déjà vingt ans que vous avez commencé à faire des discours du 1er Mai. Aujourd’hui, la signification de cette journée est-elle toujours la même?

Vasco Pedrina: Le 1er Mai reste une journée au cours de laquelle tout le monde manifeste pour des valeurs de solidarité, de justice sociale, de liberté et – ce n’est pas la moindre – de paix. Ces valeurs forment depuis toujours les piliers du monde du travail et de la lutte syndicale.

Pour ceux qui y participent – mais aussi pour ceux qui, comme moi, prennent la parole – le 1er Mai constitue surtout une journée de réflexion et de bilan. Mais il s’agit aussi d’un moment propice à recharger les batteries en vue de nouvelles batailles dans le domaine social.

swissinfo: A propos de batailles, les rapports semblent s’être tendus ces derniers mois entre patrons et syndicats. Faites-vous également ce constat dans votre travail de tous les jours?

V. P.: Malheureusement, oui. C’est notamment l’une des conséquences du glissement vers la droite qui s’est opéré il y a un an au sein du parlement et du gouvernement suisse. Nous sentons croître un courant très idéologique lié aux thèses de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure) parmi les associations patronales, mais également les fabriques à idées comme Avenir Suisse.

De plus, la politique d'économies tous azimuts menée par les pouvoirs publics vient encore accentuer les tensions. Non contente de provoquer du chômage et de nouveaux démantèlements sociaux, cette politique est en train de freiner la consommation, et par conséquent la reprise économique.

swissinfo: Pendant que la Confédération taille dans les emplois, le secteur privé peine à en créer de nouveaux. Pourtant, les grandes entreprises suisses ont réalisé en 2004 des profits en forte progression et même, dans certains cas, des records...

V. P.: C’est scandaleux. Cette politique néo-libérale – qui se manifeste aussi dans le secteur des services, comme la banque et l’assurance – est en train d’élargir le fossé entre la majorité des salariés, dont le pouvoir d’achat ne fait que diminuer, et les managers qui deviennent de plus en plus riches et n’ont plus aucun scrupule.

Pendant que les gains des managers prennent l’ascenseur, le nombre de personnes qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois augmente. Le 1e Mai est donc l’occasion de lancer un appel pour changer les choses. C’est dans l’intérêt du consensus entre partenaires sociaux et du développement d’une société civile et démocratique.

swissinfo: L’économie suisse enregistre depuis longtemps un taux de croissance anémique. Quelles sont les recettes syndicales pour relancer la machine?

V. P.: Depuis quelques années, on remarque que l’industrie d’exportation s’en sort bien, alors que l’économie intérieure a des problèmes. La meilleure façon de relancer la machine économique est donc d’encourager la consommation. Il faut pour cela renforcer le pouvoir d’achat des salariés pour une répartition plus juste du gâteau.

D’autre part, il est souhaitable que l’Etat investisse dans les secteurs d’avenir. La combinaison de ces deux facteurs, associée à une bonne politique monétaire, peut permettre à la Suisse de retrouver des taux de croissance plus importants.

swissinfo: Les entreprises suisses ne se contentent pas d’exporter, mais elles délocalisent aussi de plus en plus, sous prétexte de coûts de production, et donc de personnel, trop élevés. Cette tendance vous préoccupe-t-elle?

V. P.: Les délocalisations ne posent pas un grand problème, si les entreprises sont en mesure d’innover, de développer de nouveaux produits et services en Suisse. C’est le cas, par exemple, de l’industrie pharmaceutique, qui a ouvert de nouveaux sites à l’étranger mais maintient une forte production en Suisse.

Pour la Suisse, il est donc important de tabler sur une production de biens et de services d’une grande valeur ajoutée. Et, pour cela, il est indispensable d’avoir un personnel qualifié et motivé. Un personnel dont les conditions de travail sont satisfaisantes, parce que c’est la seule façon de vraiment motiver les gens.

swissinfo: Parmi les thèmes qui préoccupent le monde syndical, il y a le projet d’extension de l’accord sur la libre circulation des personnes aux 10 nouveaux pays membres de l’UE. Les mesures adoptées par le parlement sont-elles suffisantes pour empêcher le dumping salarial?

V. P.: Ces mesures d’accompagnement représentent un progrès important, que nous avons obtenu de haute lutte au sein d’un parlement toujours moins sensible aux problèmes sociaux. Mais il subsiste quelques points d’interrogation. Avant tout, ces mesures devront être vraiment appliquées par tous les cantons. Or, dans certains cantons, la bataille s’annonce très difficile.

En outre, ces mesures d’accompagnement ne peuvent avoir d’effet que si elles reposent sur de véritables piliers, comme de solides conventions collectives de travail, pour éviter par exemple le dumping salarial.

Dans ce domaine, nous sommes quelque peu préoccupés par le fait que, dans certains secteurs comme la construction, les employeurs cherchent même à affaiblir le tissu contractuel. Dans ce cas, cela deviendrait très difficile pour nous de convaincre la base de voter en faveur de ces ouvertures sur l’Europe.

Interview swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction de l’italien: Isabelle Eichenberger)

Faits

Né le 28 juin 1950 à Airolo (Tessin), Vasco Pedrina a fréquenté l'Ecole de commerce de Bellinzone avant de faire des études d'économie à l'Université de Fribourg.
Syndicaliste depuis les années 80, il a dirigé durant de nombreuses années le Syndicat industrie et bâtiment (SIB).
Il a été nommé vice-président de l'Union syndicale suisse (USS) en 1999.
Il assume depuis 2005 la co-présidence d'Unia avec Renzo Ambrosetti.

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En bref

- Unia a été fondé en octobre 2004, par la fusion des syndicats SIB, FTMH, FCTA, unia et actions.

- Avec plus de 200'000 membres et une centaine de secrétaires, Unia est le plus grand syndicat suisse.

- Unia représente l'un des partenaires sociaux de quelque 500 conventions collectives de travail auxquelles est soumis un million de travailleurs.

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