Pourquoi les femmes suisses sont confinées au temps partiel

Le marché du travail suisse est l'un des plus inégalitaires pour les femmes en comparaison européenne. Keystone

En Suisse, six femmes actives sur dix occupent un emploi à temps partiel. Un taux quasiment record en Europe qui s’explique par la difficulté à concilier vie professionnelle et familiale et par la représentation très traditionnelle des rôles dévolus à chaque sexe.

Ce contenu a été publié le 29 novembre 2018 - 10:42

La pénurie de main-d’œuvre inquiète de plus en plus les entreprises helvétiques. Ces dix prochaines années, près d’un million de personnes partiront à la retraite en Suisse, alors que seuls 500'000 salariés feront leur entrée sur le marché du travail, selon les estimations de l’Union patronale suisse (UPS).

Pour y remédier, le président de l’UPS, Valentin Vogt, estime notamment que les femmes actives devraient augmenter leur temps de travail au-delà de 60%. «La question n’est pas de créer de nouveaux emplois à temps partiel, mais de faire en sorte que les femmes qui travaillent augmentent leurs pensums», a-t-il déclaré mi-novembre dans une interview accordée à plusieurs quotidiens alémaniques.

Si la Suisse fait partie des pays où la part des femmes exerçant une activité professionnelle (plus de 80%) est parmi les plus élevés en Europe, elle figure également tout en haut de classement en ce qui concerne la prévalence du temps partiel féminin, juste derrière les Pays-Bas.

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Les taux d’occupation oscillent généralement entre 30 et 60%, la moitié des femmes avec enfants travaillant à un taux inférieur à 50%. En cause notamment, des salaires élevés qui permettent une plus grande liberté de choix mais aussi des difficultés bien connues à concilier vie professionnelle et familiale.

«Malgré les mesures prises ces dernières années, les structures d’accueil sont souvent encore trop peu nombreuses et trop chères. Pour beaucoup de mères, il ne vaut pas toujours la peine de travailler davantage d'un point de vue financier», souligne Irenka Krone-Germann, directrice de l’association Part-Time Optimisation et co-fondatrice de We Jobshare Sàrl.

En parallèle, l’écart entre hommes et femmes (plus de 40 points) exerçant une activité professionnelle à temps partiel est l’un des plus importants au monde. «La Suisse est un pays extrêmement conservateur en ce qui concerne la répartition des tâches dévolues à chaque membre du couple», souligne Irenka Krone-Germann.

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Certes, de plus en plus d’hommes (17,5%) optent pour le temps partiel, mais la garde des enfants n’est souvent pas le premier motif invoqué. «Ils le font avant tout pour suivre une formation ou s’adonner à un hobby, en diminuant leur taux d’activité au maximum de 20%. Les raisons familiales viennent ensuite, alors qu’elles sont largement majoritaires chez les femmes», relève Irenka Krone-Germann.

Une étude de l’Office fédéral de la statistique publiée cet été a même montré que le nombre d’hommes actifs à temps partiel baissait avec l’arrivée d’un enfant.

Les inégalités hommes-femmes sont telles qu’aux yeux de The Economist, le marché du travail helvétique est l’un des plus discriminatoires d’Europe. Le «glass-ceiling index» publié en début d’année par le magazine britannique place ainsi la Suisse au 26e rang sur 29 pays dans le classement des pays les plus favorables pour l’activité professionnelle des femmes.

Sur les dix critères pris en compte par le magazine britannique, la Suisse est particulièrement mal notée en ce qui concerne le coût des structures d’accueil et la durée du congé octroyé à chaque parent après la naissance d’un enfant. La faible proportion de femmes dans les conseils d’administration des entreprises ainsi que l’écart élevé entre hommes et femmes dans l’accès aux études supérieures plombe également le classement de la Confédération.

Autres formes d’organisation prônées

Il est aujourd’hui indispensable de promouvoir les nouvelles formes de travail innovantes au sein des entreprises, telles que le job ou le topsharing, et pas seulement d’encourager les femmes à travailler davantage, estime Irenka Krone-Germann, qui a consacré sa thèse de doctorat au travail à temps partiel en Suisse. «Les entreprises devraient offrir à leurs employés, femmes et hommes compris, la possibilité de faire carrière tout en travaillant à temps partiel. Le partage de poste représente ainsi un excellent moyen de garder des talents sur le marché du travail», souligne-t-elle.

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Vous pouvez contacter l’auteur de cet article sur Twitter: @samueljaberg

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