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Les Suisses pourraient refuser de bannir la burqa

Au Danemark, l'interdiction de la burqa entrée en vigueur en 2019 a engendré des réactions de protestation. La Suisse pourrait refuser de bannir le voile intégral. Keystone/Niels Wenstedt

Le soutien à l’initiative pour l’interdiction de se dissimuler le visage dans l’espace public s’est érodé en cours de campagne. Alors que le oui était donné gagnant en janvier, les partisans du texte ne sont plus que 49%, selon le second sondage en vue de la votation du 7 mars.

Ce contenu a été publié le 24 février 2021 - 06:00

Et si la Suisse ne suivait pas l’exemple de ses voisins? Contrairement à la Belgique, la France ou l’Autriche, la Confédération pourrait refuser de bannir la burqa et le niqab de son territoire.

À quelques semaines des votations fédérales du 7 mars, le second sondage de la SSR, réalisé en février par l'institut gfs.bern, tend vers un refus de l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage»Lien externe. 49% des personnes interrogées ont l’intention de soutenir le texte, 47% sont contre et 4% sont encore indécis.

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Les partisans du texte ont perdu l’avance qu’ils détenaient lors du premier sondage, fin janvier. 56% des sondés se disaient alors en faveur de l’interdiction de la burqa et du niqab.

Même si l’initiative a aussi perdu des soutiens auprès des Suisses de l’étranger, les expatriés restent largement favorables au texte. 58% disent encore vouloir glisser un oui dans l’urne, alors qu’ils étaient 74% il y a un mois.

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La confiance des citoyens en leurs autorités est un facteur déterminant. Ceux qui font confiance au gouvernement et au Parlement sont contre l’interdiction de se dissimuler le visage, alors que ceux qui s’en méfient sont clairement pour.

Le camp du non marque des points avec l’argument sécuritaire. 62% des personnes interrogées estiment que, pour assurer la sécurité, il suffirait d’interdire de se masquer le visage dans des situations particulières, notamment lors de manifestations. Une majorité des sondés estiment également que cette interdiction ne concernerait qu’une petite minorité de femmes, mais aurait une forte valeur symbolique. En Suisse, on estime qu’une trentaine de femmes portent la burqa ou le niqab.

L’un des arguments les plus porteurs est toutefois un argument en faveur du texte: montrer son visage fait partie intégrante de la culture suisse.

Le suspense demeure quant à l’issue du vote le 7 mars. Si la probabilité d’un non est plus forte, un oui ne peut pas être exclu. «Les passions entourant ce thème et l’intense campagne préparatoire vont à coup sûr dynamiser la formation de l’opinion», commentent les chercheurs de l’institut de sondage. C’est au centre de l’échiquier politique et parmi les votants indépendants que devrait se jouer le scrutin.

Vers un non à l’E-ID

Changement de tendance concernant la loi sur l’identification électronique. Alors que 52% des sondés se disaient encore favorables au projet il y a un mois, ils ne sont plus que 42%. 54% des personnes interrogées s’y opposent et 4% sont indécis.

Les opposants à la mise en place d’une identité électronique ont également gagné du terrain auprès des Suisses de l’étranger. Depuis fin janvier, les expatriés opposés à la législation ont passé de 29 à 50%.  

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Ici encore, les critiques de plus en plus virulentes envers les autorités dans un contexte de pandémie jouent un rôle fondamental, constate gfs.bern. Ceux qui se méfient du gouvernement ont davantage l’intention de glisser un non dans l’urne.

Au cours de la campagne, le scepticisme envers le projet de loi a atteint toutes les couches de la société. La tendance au non est très claire dans celles les plus défavorisées et parmi les personnes de 40 ans et plus.

La crainte que l’E-ID ne serve d’écran à des multinationales désireuses d’engranger des bénéfices avec des données sensibles fait mouche auprès des opposants. Le camp du oui, lui, convainc principalement avec l’argument selon lequel le coronavirus nécessite l’amélioration de l’échange électronique des données.

Le projet étant complexe et la formation de l’opinion encore «à mi-parcours», l’institut de sondage n’exclut pas un retournement de dernière minute en faveur de la loi.

Un petit oui pour l’accord avec l’Indonésie

Si la votation avait eu lieu le 14 février, l’accord de libre-échange avec l’Indonésie aurait été accepté à une courte majorité de 52% des votants, alors que 41% de l’électorat l’aurait rejeté. On constate que les partisans de l’objet sont légèrement plus nombreux au sein de la Cinquième Suisse (54%).

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Cet accord de libre-échange polarise l’opinion. Les écologistes et les socialistes s’y opposent, alors que tous les autres partis ainsi que les indépendants y sont favorables.

Le sondage

Pour la seconde enquête démographique en vue des votations fédérales du 7 mars 2021, l'Institut gfs.bern a interrogé entre le 10 et le 18 février 12 166 personnes ayant le droit de vote, sélectionnées de manière représentative et réparties dans toutes les régions linguistiques de Suisse. La marge d’erreur statistique est comprise entre +/-2,8 points de pourcentage.

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Près de 70% des sondés restent convaincus des avantages concurrentiels du projet pour la Suisse, notamment la suppression de droits de douane onéreux, ainsi que d’autres obstacles commerciaux. Toutefois, les arguments du comité référendaire en faveur d’un meilleur respect de l’environnement convainquent 88% des personnes interrogées, et 63% d’entre elles adhèrent toujours à l’idée que l’huile de palme est trop bon marché et fait concurrence aux huiles locales.

Les avantages économiques de l’accord de libre-échange dominent pour l’instant le débat. Les chercheurs mettent toutefois en garde: une inversion des rapports de majorité n’est pas impossible.

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