Berset: «Macron est compréhensif à l’égard du système suisse»

A l'Elysée, les présidents Berset et Macron à l'issue de leurs entretiens. © KEYSTONE / PETER KLAUNZER

Alain Berset et son homologue français partagent la même défense du multilatéralisme. Sur l’accord-cadre avec l’Union européenne, la rencontre au sommet de mercredi n’a pas débouché sur des progrès notoires.

Mathieu van Berchem, Paris

Lors de son entretien mercredi à l’Elysée, le président suisse Alain Berset a trouvé chez son homologue français, «une compréhension à l’égard du système institutionnel suisse». Même s’il y a encore des points d’achoppement, «il existe une volonté commune d’aboutir à un accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne», estime le conseiller fédéral.

C’est la deuxième fois que Berset rencontre Macron, après leur entrevue au salon du livre de Francfort, en octobre 2017. Quadragénaires l’un comme l’autre - le Français a 40 ans, le Suisse 46 - francophones, socialistes avec une bonne dose de pragmatisme, surtout chez Macron: les deux hommes ont tout pour s’entendre.

«Le contact est très bon, souligne le conseiller fédéral en charge cette année de la présidence de la Confédération. Peut-être que les éléments de génération jouent un rôle, tout comme l’attachement commun à des valeurs fortes, notamment le multilatéralisme.»


... et celui de Macron, dans le même temps.

Berset en sauveur

Assez pour régler en une heure les épineux débats entre Berne et Paris et plus encore entre Berne et Bruxelles? L’extrême prudence d’Alain Berset lors de sa conférence de presse montre qu’il reste encore beaucoup de pain sur la planche.

En Suisse, c’est presque en sauveur qu’Alain Berset est attendu sur ce dossier. Deux autres conseillers fédéraux se sont brûlés les doigts sur la question délicate des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes. Ces fameux huit jours d’attente imposés aux entreprises européennes, avant qu’elles puissent exercer leurs activités, huit jours visant à empêcher tout dumping salarial et dont Bruxelles ne veut pas.

En juin dernier, pour hâter un compromis avec Bruxelles, le chef du Département des affaires étrangères, Ignazio Cassis, laissait entendre que cette période pouvait être ramenée à quatre jours. Tollé syndical. «Il n'y a aucune raison de craquer face à l'UE précisément sur le délai d'annonce», ripostait Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse (USS).

Chargé durant l’été de recoller les morceaux avec les syndicats, Johann Schneider-Ammann, chef du Département fédéral de l'économie (DEFR), n’a guère eu plus de succès.

Un été «houleux»

En août, le quotidien Blick a interpellé le socialiste Alain Berset: «Le jeune père du pays devrait jouer un rôle de médiateur et amener ses amis du parti à la table des négociations», y déclarait la parlementaire du PLR (droite) Christa Markwalder.

Alors, qu’en dit le «messie» Berset? Dans la négociation avec l’UE, «nous avons accompli de grands progrès durant la première partie de l’année, note le conseiller fédéral. L’été fut plus houleux.» Les discussions vont-elles se poursuivre, ou faudra-t-il attendre des jours meilleurs, quitte à faire capoter l’ensemble des discussions? «Nous n’avons pas parlé de délai avec Emmanuel Macron. La Suisse a voté sur son lien à l’Union européenne davantage qu’aucun pays au monde. Chez nous, tout se termine toujours par une votation populaire. Là-dessus, nous avons besoin de compréhension. Je crois que le message est bien compris à l’Elysée.» 

Retrouvailles pour l'anniversaire de l'armistice

Berset préfère évoquer un sujet plus consensuel: leur combat commun pour le multilatéralisme. «En ces temps de remise en cause des institutions multilatérales, la Suisse peut jouer un rôle central, notamment à travers la Genève internationale», estime le président de la Confédération.

C’est pourquoi Berset reviendra à Paris le 11 novembre prochain, à l’invitation de Macron. «Cela peut paraître surprenant qu’un président helvétique participe à la commémoration de l’armistice de 1918. C’est oublier la forte tradition humanitaire de la Suisse, notamment à travers l’action du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).» Le président suisse prendra aussi part au Forum de Paris sur la paix, organisé par son homologue français.

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France-Suisse : dix ans en dents de scie

Avril 2009: «La France s’est battue pour que les paradis fiscaux, le secret bancaire, la fraude organisée, ce soit terminé», déclare le président français Nicolas Sarkozy. La Suisse est placée sur une «liste grise» de l’OCDE. Elle passera en liste blanche après avoir signé 12 accords de coopération fiscale prévoyant l’échange d’informations à la demande. 

Août 2009: La ministre française des Finances Christine Lagarde et son homologue suisse Hans-Rudolf Merz signent une nouvelle convention de double imposition.

Août 2012: La nouvelle convention sur les successions est paraphée par les deux Etats. Les héritiers résidant en France de personnes domiciliées en Suisse seront taxés par le fisc français.

Juin 2014: Le Conseil national rejette la nouvelle Convention franco-suisse sur les successions. En conséquence, la France dénonce l’ancienne convention.

Avril 2015: En visite en Suisse, le président François Hollande déclare que les tensions fiscales sont «derrière nous».

Juillet 2017: Sur le plan fiscal, le dialogue «repart sur des bases constructives », assure le nouveau président français, Emmanuel Macron.

Janvier 2018: A Davos, Macron déclare à la RTS qu’«il ne peut pas y avoir un système qui est le cherry picking dans le marché unique (…) Si vous voulez avoir l'accès complet au marché unique, il faut une contribution budgétaire, il faut accepter l'ensemble des libertés du marché unique».

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