
Swissmetro sur la voie de garage

Swissmetro semble bel et bien mort. Le retrait de certains partenaires et le manque de crédits vont mettre le projet en veilleuse.
Si le ministre suisse des transports n’y croit plus, les pères de l’idée, par contre, assurent qu’elle a de l’avenir.
Moritz Leuenberger a asséné le coup de grâce à Swissmetro jeudi dernier.
«Même si je restais en fonction encore quinze ans, Swissmetro ne sera jamais assez avancé pour être inclus dans une planification à vues humaines», affirmait le ministre des transports dans une interview au quotidien vaudois 24 heures.
«En tant que ministre des Transports, je n’y crois plus. Mais si j’étais ministre de la recherche, je dirais autre chose», ajoutait alors Moritz Leuenberger.
Les patrons romands se retirent…
Saisissant ce prétexte, la Fédération des syndicats patronaux (FSP) annonce lundi son retrait de Swissmetro SA. Or il se trouve que la FSP assume également le secrétariat général de la société chargée de promouvoir le métro du futur.
Le secrétaire général Pierre Weiss aura donc quitté son poste au 31 décembre. «Notre objectif était d’obtenir une concession pour permettre au métro de rouler. Mais si le projet s’oriente dans une direction «recherche et développement», la FSP préfère se retirer», explique le démissionnaire.
…les CFF également
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les Chemins de fer fédéraux (CFF) annoncent lundi également qu’ils quittent le navire.
«Les CFF, comme d’autres, ont mis de l’argent dans cette affaire ‘pour voir’, comme on le fait dans une partie de poker», commente Pierre Weiss. Et aujourd’hui, « ils estiment sans doute qu’il n’y a plus rien à voir.»
Du coup, le conseil d’administration de Swissmetro SA va perdre deux de ses membres. Les actionnaires seront chargés d’avaliser ces changements lors d’une assemblée générale extraordinaire, convoquée à Berne le 6 décembre.
Valeur en chute libre
L’assemblée devra également se prononcer sur une augmentation de capital, destinée à faire remonter un peu la valeur de la société, littéralement en chute libre.
D’un capital initial de 6,7 millions de francs, Swissmetro est en effet tombée à 340 000 francs, le prix des actions ayant été divisé par 20. L’augmentation vise simplement à faire remonter le capital à 500 000 francs.
Avec cette somme, Swissmetro pourra encore continuer à exister en tant que société, mais devra faire le deuil de ses projets de tests de matériel, et à plus forte raison, de réalisation grandeur nature.
Les caisses sont vides
Swissmetro, en effet, avait besoin de 110 millions de francs sur les cinq prochaines années, en vue de faire rouler une maquette du train à lévitation magnétique en tunnel sur 500 mètres.
Cela aurait permis de se faire une bonne idée des problèmes à venir, notamment en termes d’aérodynamique, de sécurité et de résistance du tunnel.
Avec à peine quelques millions, alloués par la Confédération et par des privés comme Holcim (le géant du ciment, très intéressé par la question des tunnels) ou le groupe Alstom, Swissmetro ne pourra évidemment plus faire grand chose.
«Si les pouvoirs publics ne s’impliquent pas davantage, il sera extrêmement difficile d’obtenir des fonds du secteur privé», ne peut que constater Michele Mossi, directeur de Swissmetro.
Ceux qui y croient encore
Certains, pourtant, veulent y croire encore. Pour Pierre Weiss, le projet n’est pas mort et Swissmetro doit maintenant tenter d’obtenir le soutien financier des cantons concernés.
Quant à Alstom, le groupe français qui avait construit il y a vingt ans le premier TGV, il reste un des plus gros actionnaires de Swissmetro. «Nous y sommes, nous y restons», confirme Paul Schneebeli, président d’Alstom Suisse.
Désormais très présent dans le secteur des transports en Suisse, Alstom vient de racheter à Fiat une usine de bogies à Neuhausen et de décrocher la fourniture de la signalisation pour les nouveaux tronçons CFF de Rail 2000.
Paul Schneebeli, qui doit rejoindre le conseil d’administration de Swissmetro le 6 décembre, attendra toutefois de mieux connaître le dossier avant de se prononcer sur l’avenir qui pourrait lui être promis.
Progrès en marche
Pour Rodolphe Nieth, père de Swissmetro et actuel vice-président de la société, l’affaire ne fait par contre aucun doute.
«Il y a beaucoup de gens qui croient à l’avenir des transports sous vide. Je suis persuadé qu’ils prendront leur essor au cours de ce siècle», affirme Rodolphe Nieth.
Et de citer le dernier congrès international des maglev (trains à lévitation magnétique) tenu en septembre à l’EPFL. «Swissmetro ne faisait pas piètre figure, loin de là», rappelle le père du «métro du futur.»
Alors, si la Suisse n’en veut pas, peut-être l’Europe sera-t-elle intéressée à construire le premier tronçon. Dans ce domaine, Rodolphe Nieth admet que sa société va devoir intensifier ses efforts de promotion.
swissinfo/Marc-André Miserez
Swissmetro est un projet de maglev (train à lévitation magnétique),avec un moteur linéaire, se déplaçant à 500 km/h en tunnel sous vide d’air partiel
Le projet initial prévoyait deux lignes: Genève – Saint-Gall et Bâle – Lugano
Le coût final de la réalisation s’élève à plusieurs dizaines de milliards de francs
Dès le départ, Swissmetro a eu des difficultés à récolter des fonds

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