Un musée pour les titres et les obligations
Quatre cents ans d’histoire économique à travers des papiers valeur provenant d’une soixantaine de pays…
C’est ce que propose le musée «Wertpapierwelt», qui vient de s’ouvrir à Olten, dans le canton de Soleure.
L’épopée du colonialisme, les grandes découvertes, l’industrialisation,… Le Musée des titres anciens invite à redécouvrir quatre siècles d’histoire économique à travers les papiers valeur émis par des sociétés dans le passé.
La plus grande collection du genre, une exposition unique au monde, selon Philippe Beck, responsable de la communication du groupe SIS, qui détient le monopole en Suisse du dépôt de titres.
«Il s’agit de la première exposition permanente du genre. Pourtant, le papier valeur existe déjà depuis 401 ans. Mais il est toujours resté un parfait inconnu du grand public», explique Philippe Beck.
Une nouvelle forme de cotation
Les actions et obligations qui ne sont plus en circulation sont devenues des objets de collection, dépassant ainsi souvent leur valeur maximale de l’époque où elles étaient cotées.
L’un des plus importants scripophiles (celui qui collectionne les papiers valeur) est l’Allemand Jakob Schmitz. En vingt ans, il a réuni plus de 7000 documents financiers émis par des sociétés de 140 nationalités différentes.
Et c’est précisément la collection de Jakob Schmitz qui a été acquise par le groupe SIS pour la faire découvrir au public. 80 titres anciens sont ainsi exposés. Les autres sont présentés virtuellement sur ordinateur.
Copyright genevois ou hollandais?
De l’avis général, 1602 est l’année officielle de la naissance de l’action. La date coïncide avec la fondation de la Compagnie des Indes Orientales, qui assurait la liaison navale avec l’Inde et la Chine, important de la soie, du coton, de l’ivoire.
La paternité de l’action a donc été attribuée à cette société hollandaise parce qu’elle fut la première à utiliser le terme: «Aktie».
Mais quelques historiens de l’économie estiment que l’origine remonte plutôt au XIIIe siècle. Et la situe à Genève.
Selon d’autres études encore, la première société anonyme date de 1408, année de fondation de la Banque San Giorgio, à Genève.
Quoiqu’il en soit, le plus vieux titre connu à ce jour est une action émise en 1606 par la Compagnie des Indes Orientales. L’un des rares exemplaires est conservé à Amsterdam.
Un univers pour initiés
Avec l’ouverture du Musée des titres anciens, le groupe SIS souhaite précisément faire découvrir ce monde méconnu du grand public et également présenter son activité.
A Olten, en face de l’entrée du musée, se trouve, en fait, l’équivalent suisse du très célèbre Fort Knox américain.
La différence est dans le contenu. A la place de l’or (en Suisse, il est déposé au siège de la Banque nationale, à Berne), des titres pour 1.580 milliards de francs suisses sont gardés précieusement dans une chambre forte de 54’000 m2.
Aujourd’hui, l’émission d’actions et d’obligations est devenue totalement virtuelle. A moins qu’il ne le demande expressément, le détenteur d’un titre ne possède pas physiquement le document.
En revanche, les titres anciens, eux, sont touchés, admirés, recherchés, par les collectionneurs pour leur importance historique, leur valeur artistique, leur rareté ou la signature de personnages célèbres (comme celle de Charlie Chaplin sur la première action de ses studios californiens).
En quelque sorte, les papiers valeur d’époque sont une alternative d’investissement aux titres actuels cotés en Bourse. A la différence que les anciens n’en finissent pas de prendre de la valeur.
Cela dit, «l’euphorie autour de la collection de titres anciens va se calmer progressivement», selon Mauro Magnani, directeur de Finance Area SrL, société leader en Italie du marché de la scripophilie.
swissinfo, Sergio Regazzoni, Olten
(Traduction: Alexandra Richard)
1602: première utilisation d’une action par la Compagnie des Indes Orientales
La collection Schmitz compte 7000 titres anciens
80 papiers valeur sont présentés à Olten
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