Israël-Palestine: l'indignation des ONG

Pour Eric Sottas, toute souffrance doit être traitée de façon identique quelle que soit la victime. swissinfo.ch

Rencontre avec Eric Sottas, directeur de l'Organisation mondiale contre la torture, un des Suisses très engagés dans la défense des droits de l'homme.

Ce contenu a été publié le 19 avril 2002 - 15:11

Il faudra beaucoup de temps avant que l'on ne sache ce qui s'est exactement passé dans le camp palestinien de Jénine, dans les territoires occupés. Alors que l'armée israélienne s'en retire et que les humanitaires peuvent enfin commencer à faire leur travail, la rumeur le dispute à l'information quant aux faits d'armes qui se sont déroulés dans ce qui n'est plus qu'un champ de ruines.

Un peu partout, des défenseurs des droits de l'homme et de grandes organisations internationales se concertent et disent leur indignation. Le fait est aussi que ces graves événements ont eu lieu alors même que la Commission des droits de l'homme de l'ONU tenait session à Genève.

Cette session, qui se termine, Eric Sottas l'a suivie très activement. Et pour cause. Cofondateur et directeur de l'OMCT, l'Organisation mondiale contre la torture, basée à Genève, il ne peut pas ne pas se sentir concerné par les informations qui lui parviennent jour après jour. Son témoignage.

swissinfo: Quelle lecture faites-vous des événements israélo-palestiniens de ces dernières semaines?

Eric Sottas: Dès le début de la seconde Intifada, nous avons commencé à dénoncer l'usage excessif de la force. Puis, au moment de l'invasion des territoires par l'armée israélienne, nous avons reçu des informations extrêmement alarmantes.

D'une part, des exactions étaient commises à l'encontre des populations civiles. D'autre part, il s'est révélé et confirmé que les objectifs israéliens n'étaient pas uniquement de lutter contre le terrorisme, mais de mettre la communauté palestinienne à genoux, de détruire son infrastructure et d'empêcher la mise en place à terme d'un État palestinien.

Et que dites-vous des attentats commis par des Palestiniens?

E.S.: Nous les avons dénoncés systématiquement. Quelle que soit la victime, toute souffrance doit être traitée de façon identique. Nous avons aussi toujours dénoncé l'existence, dans les deux camps, d'extrémistes qui continuent à rêver soit du Grand Israël soit jeter les Israéliens à la mer. Dans les deux cas, c'est inacceptable.

Nous condamnons sans réserve l'attitude des kamikazes et tous les actes terroristes contre la population civile qui en est victime alors qu'elle n'est pas responsable des événements.

Mais lorsque nous analysons comment sortir de ce cercle de violence, nous devons dire aussi qu'il y a une responsabilité principale qui est celle de l'occupation. Elle a généré une situation d'extrême tension. Si l'on ne s'occupe pas de cette question, le cycle de la violence risque de se poursuivre d'une façon peut-être indéfinie.

Toutes sortes de rumeurs circulent à propos de ce qui aurait pu se passer dans le camp de Jénine. Quelle est votre attitude face à ce flux d'informations difficiles voire impossibles à vérifier?

E.S.: Tout dépend de la source. Contrairement à ce qu'on pense, il y a des sources beaucoup plus fiables que d'autres. L'information biaisée est celle que fournissent les autorités, israéliennes et palestiniennes, qui ont un 'agenda politique'.

En revanche les organisations de défense des droits de l'homme, y compris des organisations israéliennes et palestiniennes, sont fiables parce que de tout temps elles ont dénoncé des exactions dans les deux camps.

Des organisations comme B'Tselem (israélienne) et LAW (palestinienne) s'efforcent malgré la situation très complexe de nous envoyer chaque jour les situations dont ils ont eu connaissance, avec les noms des personnes concernées, les exactions commises et les actions judiciaires entreprises.

C'est sur cela que nous nous basons pour dire qu'en l'état actuel des tortures sont pratiquées, des exécutions sommaires avérées, des refus d'accès aux soins documentés. En revanche, cela ne nous permet pas d'avancer des chiffres. Ce que nous pouvons dire, c'est que ces chiffres sont extrêmement élevés et inquiétants.

Disposez-vous d'indices ou de preuves de mauvais traitements, de violences physiques voire de tortures?

E.S.: Des prisonniers ont dénoncé le fait d'avoir été battus, que des personnes ont eu des dents ou os brisés, ou victimes de toute une série d'humiliations. Il y a eu des exécutions sommaires, je pourrais vous donner des listes avec des noms, des lieux, des dates. Il ne fait malheureusement aucun doute que la torture est pratiquée, mais nous n'avons qu'une vision parcellaire de la réalité.

Il existe toute une série d'actes qui ne peuvent nullement être justifiés par des questions de sécurité: ils sont non seulement vexatoires mais provoquent des dommages physiques et moraux. Des maisons sont démolies sans tenir compte que des gens soient encore à l'intérieur.

Il y a des cas documentés de destruction par des soldats d'appareils médicaux extrêmement coûteux, appareils de stérilisation, scanners ou autres. On ne voit pas l'intérêt de pareilles destructions. En revanche, on peut comprendre qu'il s'agit d'une façon de punir la population civile.

La Commission des droits de l'homme a demandé à la Haut-Commissaire de se rendre en Israël et dans les territoires occupés. Mais Mary Robinson n'a pas le feu vert de Jérusalem. C'est un constat d'impuissance totale?

E.S.: À terme, c'est très grave. Cela veut dire que ce refus catégorique de recevoir la Haut-commissaire va affaiblir la Commission. Si ce refus venait d'une dictature, on pourrait le comprendre.

Mais comme c'est le fait d'un État démocratique, cela va créer un précédent qui affectera les interventions des Nations unies en d'autres lieux. Tout État mis en cause pourra réagir de la même façon. On dira: de quel droit l'ONU veut-elle se mêler des affaires de l'Afghanistan ou de l'Afrique des Grands Lacs alors qu'Israël a refusé et que la communauté internationale a laissé faire?

Propos recueillis par swissinfo/Bernard Weissbrodt à Genève

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