La rançon des otages français passait par la Suisse

Les deux hommes au coeur de la tourmente: Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani. Keystone Archive

Des proches de Charles Pasqua sont soupçonnés d'avoir empoché une partie de la rançon. 3 millions de dollars auraient transité par la Suisse.

Ce contenu a été publié le 05 janvier 2002 - 17:49

En 1988, moins d'une semaine avant les élections présidentielles opposant François Mitterrand et Jacques Chirac, ce dernier peut annoncer la libération de trois otages détenus au Liban. Malgré ce coup médiatique, Jacques Chirac est battu par le candidat de la gauche.

13 ans plus tard, en pleine campagne pour les élections présidentielles, la justice française vient d'inculper pour «recel de blanchiment aggravé» et «recel de trafic d'influence» deux proches de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac lors de la libération des otages. Motif: deux femmes auraient empoché près de 3 millions de dollars de la rançon.

Très précisément, il s'agit de Marie-Danièle Faure, fidèle collaboratrice de Charles Pasqua, et de Christiane Marchiani, l'épouse de Jean-Charles Marchiani, négociateur, à l'époque des faits, de la libération des otages, et actuel député européen du Rassemblement pour la France (RPF), le parti de Charles Pasqua.

Charles Pasqua, qui doit annoncer dans les prochains jours sa candidature à l'élection présidentielle, comme Jean-Charles Marchiani, parlent de «dénonciation calomnieuse» et crient au «complot politique». Les deux hommes ont partiellement raison. Les inculpations, treize ans après les faits, ne tiennent sans doute pas du hasard.

Transit par un compte suisse

On peut penser que Jacques Chirac, l'actuel président de la République, ne souhaite pas que son ancien ami vienne lui rafler 4 à 5% des voix. Il n'empêche, les faits reprochés ne sortent pas pour autant du chapeau d'un juge. Les fonds auraient transité par le compte suisse de deux hommes d'affaires libanais, les frères Safa.

Or, Iskandar Safa, président de la Triacorp, une société de négoce international, dont le président était Jean-Charles Marchiani, a bien participé aux négociations, avec le Liban, la Syrie, et l'Iran, qui ont permis la libération des otages français. Il a même été présenté par Jacques Chirac, comme «un ami de la France».

Malgré les protestations du clan Pasqua, la justice suisse a découvert dans une autre affaire (celle des ventes d'armes illégales à l'Angola) que Pierre Pasqua, le fils de Charles Pasqua, comme Jean-Charles Marchiani, disposaient de comptes richement alimentés à Genève.

Il reste à savoir pourquoi les hommes politiques français continuent à privilégier la Suisse plutôt que le Luxembourg, le rocher de Gibraltar ou les îles Caïmans. En raison de la langue française?

Ian Hamel

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article