Les passeurs réhabilités, les résistants oubliés

L'héroïsme de certains Suisses a permis d'éviter une mort atroce à bien des réfugiés Keystone

La Chambre basse du Parlement réhabilite les personnes qui ont aidé les victimes du nazisme à se réfugier illégalement en Suisse.

Ce contenu a été publié le 13 décembre 2002 - 18:23

Mais elle refuse d'étendre l'amnistie aux combattants suisses de la Résistance et de la République espagnole.

Christian Dutler et Karl Zweifel étaient fonctionnaires de police du canton de Saint-Gall. Avec le soutien du secrétaire général du Parti socialiste suisse Werner Stocker, ils ont aidé des réfugiés politiques et des Juifs à s'enfuir d'Autriche vers la Suisse du printemps à l'automne 1938.

Découverts, les deux fonctionnaires ont été suspendus à la fin de 1938. Depuis, ils n'ont jamais été réhabilités.

Le rapport de la Commission Bergier sur la politique d'asile de la Suisse à l'époque du national-socialisme foisonne d'histoires de ce genre.

Une initiative pour corriger le tir

Sur la base de la première version du rapport Bergier, le député Paul Rechsteiner (socialiste) a soumis en décembre 1999 une initiative parlementaire dans laquelle il réclamait la réhabilitation de tous ceux qui s'étaient engagés en faveur des réfugiés au mépris des lois de l'époque.

L'élu socialiste demandait également que soient annulées toutes les condamnations prononcées contre les volontaires suisses des Brigades internationales durant la guerre d'Espagne (1936-1939) et contre les Suisses ayant participé à des mouvements de résistance durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Un an plus tard, en décembre 2000, la Chambre basse du Parlement (Conseil national) décidait de donner suite à ses demandes.

Vendredi finalement, le Conseil national a approuvé à une large majorité (131 voix contre 27) la loi élaborée par sa Commission des affaires juridiques.

Le texte prévoit l'annulation des sentences prononcées contre des personnes qui ont aidé des réfugiés, sauf dans les cas où cette aide a été rémunérée.

Réhabilitation symbolique

Les députés ont par contre clairement rejeté (110 voix contre 58) la proposition de la minorité de gauche de la Commission qui, comme Paul Rechsteiner, entendait étendre la réhabilitation aux combattants de la guerre d'Espagne et de la Résistance.

Ils ont en cela suivi l'avis de Ruth Metzler. La ministre de la Justice a précisé que ces combattants avaient été condamnés pour avoir fait partie d'une armée étrangère. Or, la loi qui l'interdit est encore en vigueur.

Ruth Metzler a toutefois rappelé que ces personnes avaient été réhabilitées politiquement et moralement par le gouvernement suisse.

Ce dernier a reconnu que ces combattants n'avaient pas été condamnés pour avoir lutté contre le fascisme et le nazisme, mais pour avoir servi dans une armée étrangère sans autorisation.

La loi doit maintenant être discutée par le Conseil des Etats.

swissinfo/Andrea Tognina

En bref

- Le député Paul Rechsteiner a déjà contribué à la réhabilitation du commandant de la police st-galloise Paul Grüninger.

- Paul Grüninger avait sauvé des centaines de Juifs durant la guerre.

- Mais Paul Rechsteiner n'a pas obtenu la réhabilitation de Maurice Bavaud.

- Maurice Bavaud, un étudiant suisse en théologie, a été exécuté par les Allemands pour avoir tenté d'assassiner Hitler en 1938.

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