«Je ne peux plus me fier à mon expérience»

Profil: Dogan Korkmaz, 40 ans, célibataire. Il a son propre snack-bar dans le quartier Breitenrain de Berne depuis 16 ans. Il a une formation de polymécanicien et a suivi un apprentissage de coiffeur. Il est originaire de Turquie, d'où il a fui il y a plus de 20 ans. swissinfo.ch

Dans la situation actuelle, de nombreux Suisses doivent improviser - et pour la plupart d'entre eux, il s'agit d'une nouvelle expérience. Dans une série d'articles, nous vous présentons des personnes qui se battent pour s'en sortir en plein confinement. Quelles sont leurs craintes quels sont leurs espoirs? Rencontre avec Dogan Korkmaz, propriétaire d’un restaurant à l’emporter à Berne.

Ce contenu a été publié le 28 avril 2020 - 14:45

Depuis le 16 mars, tout tourne au ralenti en Suisse.

Du jour au lendemain, de nombreuses personnes ont fait face à de grands défis. Avec une clientèle très réduite, comment l'exploitant d'un stand de kebab paye-t-il le loyer à la fin du mois? Comment la propriétaire du salon de coiffure verse-t-elle un salaire à ses employés? Ou comment un couple indépendant qui a dû fermer son studio de yoga et de Pilates peut-il encore gagner sa vie?

Certes la situation en Suisse tend progressivement à revenir à la normale, mais l'art d'improviser restera d'actualité encore de longues semaines.

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«Depuis le début du confinement, c’est très calme. À côté des kebabs, je propose aussi d’autres spécialités turques. Concernant la quantité de nourriture, je dois improviser chaque jour. Je ne peux plus me fier à mon expérience pour estimer le nombre de clients que je dois attendre. Le soir, il y a souvent des restes, que je dois malheureusement jeter.

C’est une période difficile pour moi. De nombreuses personnes font du télétravail. Les étudiants qui suivent normalement des cours de formation professionnelle près d’ici n’ont pas cours. Les gens du quartier ont assez de temps pour cuisiner eux-mêmes. Mon chiffre d'affaires a diminué de plus de la moitié. Mais je passe quand même jusqu'à onze heures par jour ici.

Ça a été un choc pour moi quand j'ai appris les mesures de confinement. Bien sûr, j'ai été autorisé à poursuivre mon activité comme je vends de la nourriture à l’emporter, cela aide. D'autres ont dû fermer complètement. Mais j'étais conscient que les clients de passage feraient défaut. Cela m'a fait peur. Comment allais-je payer le loyer à l'avenir?

Lors de la conférence de presse du mois de mars, la présidente de la Confédération a parlé de solidarité. J’ai donc demandé à mon propriétaire s'il pouvait m'aider pour le paiement du loyer. Mais il a aussi besoin d'argent, m'a-t-il répondu. Je dois contacter l'administration. Je vais le faire avec ma voisine, qui est dans la même situation que moi avec son salon de coiffure. Il n'est pas facile de continuer à payer tous les frais fixes.

Depuis la semaine dernière, j'ai à nouveau davantage de clients. Le beau temps aide. Les gens sont à nouveau davantage à l’extérieur et ils aiment manger dehors. Ils viennent donc plus volontiers chercher de la nourriture chez moi. Deux personnes au maximum peuvent entrer dans le restaurant pour attendre leur repas. Les autres restent devant la porte.

«Je suis extrêmement reconnaissant que mes clients me soutiennent.»

Dogan Korkmaz

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Je suis extrêmement reconnaissant que mes clients me soutiennent. Mes espoirs pour l'avenir? Avant tout, je souhaite à tout le monde d’être en bonne santé. Il faut espérer que cette pandémie passera rapidement et que tout reviendra bientôt à la normale.

En attendant, j'essaie de ne pas trop réfléchir, mais simplement de continuer. Heureusement, c'est dans ma nature. De toute façon, il ne servirait à rien de trop réfléchir dans cette situation. Bien sûr, je m'inquiète de ce qui arriverait si je devais abandonner mon entreprise. Est-ce que je retrouverais un emploi? La vie redeviendra-elle ce qu'elle était avant? Nous ne pouvons qu’attendre et voir comme se dérouleront les choses.»

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