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«La SSR doit se recentrer sur son mandat universel de base»

Combien doivent coûter des médias de service public en quatre langues? Les deux invités de notre débat filmé Let’s Talk ont débattu de l’initiative qui propose de réduire la redevance radio-TV de 335 à 200 francs par année et par ménage.

Comme dans beaucoup de démocraties occidentales, l’audiovisuel public est sous pression en Suisse. Les citoyennes et citoyens votent le 8 marsLien externe sur une initiative qui exige une réduction drastique de la redevance radio-TV, de 335 à 200 francs annuellement par ménage, et une suppression de la contribution des entreprises. Cet argent sert principalement à financer les programmes de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), dont fait partie Swissinfo.

«Cela représente certes moins d’un franc par jour, mais le porte-monnaie de nos concitoyens est toujours plus vide et, pour beaucoup de ménages, il s’agit d’un montant important lorsqu’ils reçoivent la facture en fin d’année», a estimé, dans Let’s Talk, Nicolas Kolly, député de l’Union démocratique du centre (UDC). Son parti, soutenu par l’Union suisse des arts et métiers (usam) et les Jeunes du Parti libéral-radical (PLR), est à l’origine du texte.

Si l’initiative est acceptée, la SSR disposera encore de 850 millions de francs dans ses caisses. Une somme considérée par les initiants comme suffisante pour proposer une information de qualité.

Pour les adversaires du texte, ce n’est toutefois pas le cas. «Cette initiative arrive comme un coup de massue sur un paysage médiatique qui est déjà endommagé. Dans un pays qui compte quatre langues nationales, nous avons besoin de médias de service public qui proposent une information fiable jusque dans les villages les plus reculés», a, de son côté, affirmé la députée verte Delphine Klopfenstein Broggini.

>> Delphine Klopfenstein Broggini considère que l’initiative affaiblirait un paysage médiatique déjà en difficulté:

«Le système actuel appartient au monde d’avant»

L’initiative prévoit de ne pas couper dans la quote-part de la redevance perçue par les stations de radio et télévision privées. «Cela permettra de préserver la qualité et la diversité de l’information locale, pendant que la SSR continuera à bénéficier d’une large part du gâteau», explique Nicolas Kolly.

Delphine Klopfenstein Broggini estime également qu’il est indispensable d’avoir un paysage médiatique diversifié. Pour elle, cela passe cependant par un tissu de médias privés qui fonctionne et par un service public suffisamment fort. «La SSR ne parviendra pas à remplir sa mission avec une réduction drastique de ses moyens», considère-t-elle.

La SSR sera, dans tous les cas, contrainte d’économiser, puisque le Conseil fédéral a décidé d’abaisser la redevance de 335 à 300 francs d’ici 2029 en guise de contre-projet à l’initiative. Mais pour Nicolas Kolly, il est important que le peuple puisse décider du sort de l’audiovisuel public. «Les contribuables doivent décider ce qu’ils sont prêts à payer pour quel type de production», souligne le politicien fribourgeois.

Aux yeux de Nicolas Kolly, le système actuel appartient au monde d’avant: «À l’époque, la technologie était rare et diffuser de l’information nécessitait l’appui de la Confédération.» Il souligne que l’essor des plateformes de streaming a profondément transformé les habitudes de consommation. «La SSR doit s’adapter à cette nouvelle réalité, recentrer son rôle sur l’information et laisser les citoyennes et les citoyens choisir eux‑mêmes ce qu’ils souhaitent consommer en matière de divertissement», affirme-t-il.

Les initiants veulent également supprimer la redevance pour les sociétés, arguant qu’«une entreprise ne peut pas consommer de médias» et que les employés sont déjà assujettis à titre individuel. Delphine Klofenstein Broggini n’est pas de cet avis: elle estime que les entreprises doivent faire leur part. «Elles ont aussi un intérêt direct pour la cohésion nationale et pour la sécurité du pays. La SSR participe à cette stabilité», assure cette dernière.

Le contre-projet du Conseil fédéral prévoit, lui, que dès 2027, environ 80% des entreprises soumises à la TVA ne paieront plus la redevance. Toutefois, cette solution intermédiaire ne convainc pas Nicolas Kolly. «Soit on fait payer tout le monde, soit on ne fait payer personne», considère-t-il.

«La majorité des journalistes sont professionnels»

Les initiants accusent régulièrement la SSR de pencher trop à gauche sur l’échiquier politique. Ils s’appuient notamment sur une étude menée en 2017 par la Haute École zurichoise de sciences appliquées, selon laquelle 70% des journalistes de la SSR se déclarent de gauche.

Pour Delphine Klopfenstein Broggini, ce constat n’a rien d’inquiétant: «Ce n’est pas parce qu’une personne vote plus à gauche qu’elle va proposer une information orientée. C’est une question de professionnalisme.»

Une autre étude de l’Université de Zurich (fög) montre d’ailleurs que la couverture des votations par la SSR se situe exactement au centre du spectre d’opinion, avec une tonalité jugée neutre. Nicolas Kolly ne conteste pas ce point: «La majorité des journalistes de ce pays, qu’ils soient à la SSR ou dans des médias privés, sont professionnels.»

Il estime toutefois que le choix des sujets peut introduire un biais: «J’ai l’impression que les journalistes choisissent parfois de traiter davantage certains sujets plutôt que d’autres.»

«La désinformation est devenue une arme de guerre»

Pour Delphine Klopfenstein Broggini, la SSR joue également un rôle essentiel dans la cohésion nationale, notamment grâce à ses productions culturelles disponibles dans les différentes langues du pays. «Il s’agit de soutenir la création d’artistes suisses, mais aussi de proposer des séries dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître», explique‑t‑elle.

Nicolas Kolly estime pour sa part que le rôle de la SSR n’est pas d’offrir du divertissement pur. «Nous avons des productions qui n’ont pas un très grand succès. J’ai essayé de me remémorer quels films auraient pu être financés par la SSR, et je dois avouer que je n’en ai retenu aucun», critique-t-il.

>> Nicolas Kolly estime que les habitudes de consommation ont changé et que la SSR doit s’y adapter:

La question du financement du service public dépasse d’ailleurs les frontières suisses. «En Allemagne, nous payons 18,36 euros par foyer et par mois. La gestion de cet argent est régulièrement critiquée, même si ce n’est pas un sujet politique brûlant», a souligné Sarah Straubhaar, Suissesse de Berlin et déléguée au Conseil des Suisses de l’étranger, qui participait à l’émission à distance.

En comparaison européenne, les Suisses paient la redevance audiovisuelle la plus élevée avec 335 francs par année, suivis de près par l’Allemagne avec 220 euros, l’Autriche (190 euros) et la Grande-Bretagne (179 euros).

«On ne peut pas comparer avec les autres pays, car en Suisse nous avons quatre langues», souligne cependant Delphine Klopfenstein Broggini. Elle considère que si la Suisse a réussi à préserver le romanche, une langue parlée par quelque 60’000 personnes en Suisse, c’est aussi grâce à la SSR qui diffuse dans les cinq idiomes du romanche.  

Nicolas Kolly estime toutefois que les langues nationales continueront d’être protégées, même avec un budget réduit. «Le texte garantit la même proportion de la redevance qu’aujourd’hui pour chaque région linguistique. Le gâteau sera plus petit, mais sa répartition restera la même», affirme-t-il.

Delphine Klopfenstein Broggini met aussi en garde contre un risque d’affaiblissement démocratique. «La désinformation est devenue une arme de guerre. Nous avons besoin d’une information fiable comme rempart», estime-t-elle.

Un avis que partage Nicolas Kolly, tout en restant convaincu que l’initiative permettrait à la SSR d’assumer cette mission. «Nous demandons aux médias de service public de se recentrer sur leur mandat universel de base, qui est l’information, et peut-être d’abandonner ce qui relève du divertissement.»

>> Notre article explicatif sur l’initiative SSR:

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En bref: l’initiative SSR expliquée

Ce contenu a été publié sur L’initiative SSR veut réduire la redevance et en exempter les entreprises. Les partisans parlent de soulager la population et l’économie alors que les opposants craignent un affaiblissement de la Suisse.

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Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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