Les Syriens aiment bien négocier à Genève

Pour la 4ème fois, Hafez al-Assad vient à Genève dimanche pour y rencontrer un président américain. Le choix de la Suisse et de cette ville ne doit rien au hasard. Pour le numéro un syrien, c’est le seul endroit où l’on peut se parler d’égal à égal.

Ce contenu a été publié le 24 mars 2000 - 16:37

Pour la 4ème fois, Hafez al-Assad (photo d'archive) vient à Genève dimanche pour y rencontrer un président américain. Le choix de la Suisse et de cette ville ne doit rien au hasard. Pour le numéro un syrien, c’est le seul endroit où l’on peut se parler d’égal à égal.

A Genève, tout commence le 9 mai 1977. Le président Assad a en face de lui Jimmy Carter. Lequel réaffirme le droit des Palestiniens d’avoir une patrie et déclare que la Syrie détient un «grand rôle» dans la recherche d'un règlement de paix au Proche-Orient. Mais, pendant 13 ans, les rencontres au plus haut niveau resteront gelées.

Elles ne reprennent que le 23 novembre 1990, à Genève encore, avec un George Bush qui espère que la Syrie soutiendra la coalition qui se met en place contre l’Irak après l’invasion du Koweït. Passée la guerre du Golfe, c’est Bill Clinton qui, à Genève toujours, sera le 16 janvier 1994 le nouvel interlocuteur de Hafez al-Assad. Celui-ci laisse entrevoir publiquement, enfin, la perspective de «relations de paix normales» avec Israël.

Il n’est pas saugrenu, dès lors, de se demander pourquoi les Syriens mettent tant d’insistance à organiser de tels rendez-vous sur sol genevois, au point d’obliger quasiment les locataires de la Maison-Blanche à se rallier à leur choix? On peut aisément comprendre que Hafez al-Assad n’ait pas du tout envie d’aller à Washington, ce qui pour lui serait une forme d’allégeance au pouvoir américain. Mais il pourrait choisir d’autres capitales, Oslo ou Madrid par exemple, jadis concernées par les négociations sur le Proche-Orient.

Non, le président Assad, de toute évidence, préfère Genève. Et si un jour il se décide à signer un accord de paix, on peut presque parier que c’est là qu’il voudra le faire. Tout simplement parce qu’il a dans la neutralité suisse une foi quasi inébranlable, peut-être plus profondément ancrée que dans l’esprit de bien des Helvètes. On pourrait presque dire qu’il figure dans le peloton de tête des chefs d’États qui croient dur comme fer dans la vocation politique internationale de Genève.

La ville suisse présente également un autre intérêt, celui d’offrir une vitrine privilégiée aux très nombreux observateurs, diplomates ou non, qui en ont fait leur pied-à-terre permanent et peuvent en relayer les grands événements. Comparés à leurs collègues des capitales souvent confinés dans des dossiers bilatéraux, ceux qui sont en poste à Genève perçoivent peut-être plus rapidement et plus intensément la portée universelle des grandes décisions. C’est d’ailleurs un atout dont les Suisses ne mesurent pas toujours la portée.

Bernard Weissbrodt

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