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Mais que s’est-il passé le 11 septembre 2001?

Un pompier dans le décor dantesque de 'Ground Zero'. Reuters

La première décennie du 21ème siècle aura été marquée par les conséquences du 11 septembre 2001. Mais au fait, que sait-on vraiment et qu’ignore-t-on encore à propos de ce jour sinistre? Les regards croisés de trois experts.

Ce contenu a été publié le 05 septembre 2011 - 06:01
Bernard Léchot, swissinfo.ch

Le vol AA11 avalé par la tour Nord du World Trade Center, le vol UA175 par la tour Sud. Puis le vol AA77 éventrant le Pentagone, et le crash du vol UA93 en Pennsylvanie. Suivra l’effondrement des Twins. Monstrueux nuages de fumée auquel l’effondrement du WT7 joindra les siens quelques heures plus tard. Dans les masses de débris, plus de 3000 victimes.

 

Voilà pour les faits officiellement admis, bruts. Mais au-delà,  que sait-on, que ne sait-on pas du 11 septembre 2001? Jacques Baud, spécialiste des Renseignements, actuellement employé par l’ONU à New York, l’historien Daniele Ganser, professeur à l’Université de Bâle, et le journaliste Xavier Colin, de la Radio Télévision Suisse (RTS), nous apportent leur point de vue.

«Au deuxième avion - qui démontrait que c’était un acte terroriste - j’ai tout de suite pensé que c’était Al-Qaïda dans la mesure où je travaillais sur ce dossier depuis plusieurs semaines», se souvient Xavier Colin, qui ce jour-là, gardera l’antenne, jusque tard dans la nuit. «Mais personne ne pensait à de nouveaux attentats d’une telle ampleur, et sur le sol américain», ajoute-t-il.

Pour Jacques Baud également, on ne pouvait pas prévoir le drame. «Ceux qui disent ‘on avait prédit’ n’avaient rien prédit du tout. Il y avait eu des suppositions, des hypothèses. Mais cela ne suffit pas. Il y a trente ans, quand j’étais dans les services de renseignement, on abordait déjà la question d’un avion qui s’écrase sur une centrale nucléaire ou sur le Pentagone. Le renseignement, c’est quand on peut communiquer des indices précis».

Acquiescer ou enquêter?

Le «Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis» a été publié le 22 juillet 2004. Et pourtant, les théories alternatives n’ont cessé de se développer, comme en témoignent Internet et l’édition, mais assez peu les médias.

Face à cette réalité, nos trois interlocuteurs ont des positions contrastées. Jacques Baud semble tenir ces points de vue comme négligeables: «Ce genre de théories foisonnent aux USA: entre les extra-terrestres et les créationnistes, il y a une pléthore de domaines où des gens tentent de créer la polémique; je ne crois pas que ces théories aient réellement pris pied».

Xavier Colin, lui, campe sur sa position de journaliste ayant besoin de faits établis: «Les ‘conspirationnistes’ ont les réponses à toutes leurs questions. Mais malheureusement pour nous, journalistes, il n’y a pas d’éléments nouveaux depuis l’enquête officielle», dit-il.

Mais les médias jouent-ils justement leur rôle en matière d’enquête? «D’abord, il y a eu effectivement une certaine ‘conformisation’ de la presse à ce que disaient les autorités. Dans un 2e temps, dans la presse américaine, il y a eu un vrai désir d’enquête. Mais aucun média, malgré les enquêtes lancées, n’a pu venir avec des éléments nouveaux. Rigoureusement personne.»

L’historien Daniele Ganser a évidemment une position très différente, lui qui a écrit un chapitre du livre 911 and American Empire: Academics Speak Out de David Ray Griffin, ex-professeur américain de religion et de théologie, l’un des plus grands pourfendeurs de la thèse officielle sur le 11 septembre.

Et ses contacts avec des étudiants et leurs parents le confrontent régulièrement à la scission générationnelle en matière d’information. «Les parents, s’informent dans les journaux et à la télévision et ne voient qu’un seul coupable: Ben Laden. Leurs enfants s’informent sur Internet et sont convaincus que c’est Bush lui-même qui a laissé faire ou qui est derrière tout cela. Je pense que l’université a la responsabilité de faire communiquer ces deux positions, de calmer le jeu et de chercher à réfléchir aux trois théories, qui nous offrent un espace pour discuter».

Les «trois théories»? C’est à dire la version officielle (il s’agit d’un complot et la surprise américaine a été totale), la théorie LIHOP pour «Let It Happen On Purpose» (laissez-faire délibéré) et la théorie MIHOP pour «Make It Happen On Purpose» (déclenchement délibéré). Il est clair que le fait de placer ces trois thèses comme des théories à la validité comparable est déjà, pour certains, une provocation.

Mensonges d’Etat

Depuis le 11 septembre 2001, on a eu néanmoins la confirmation que les mensonges d’Etat ne sont pas que des fantasmes de «complotistes» ou de cinéastes. Les armes de destructions massives en Irak? Inexistantes. Les forteresses souterraines hi-tech de Ben Laden en Afghanistan? De simples cavernes. De tels mensonges ne participent-ils pas à l’édification de «théories du complot»?

Pour Daniele Ganser, la chose est évidente. Xavier Colin, lui, nuance entre «mensonge d’Etat» et «complot d’Etat». «Pour le complot d’Etat, encore une fois, moi, j’attends les éléments… En revanche, des mensonges d’Etat, oui, il y en a eu. L’annonce de Rumsfeld disant que la guerre d’Irak sera courte et qu’elle coûtera 1 ou 2 milliards, c’est un mensonge d’Etat. Si on prend ensemble les guerres d’Afghanistan et d’Irak, on en est aujourd’hui à 1350 milliards de dollars. Un beau mensonge, quand même!»

La réponse est négative du côté de Jacques Baud, car selon lui, la «théorie du complot» a démarré plus tôt: «Deux semaines après les attentats, j’étais à un colloque à Paris. J’étais avec des gens des renseignements et à ce moment-là, on m’a déjà évoqué toute la palette de la théorie du complot».

Et s’il admet le mensonge concernant les armes de destruction massive, l’affaire des bunkers ne serait que «des hypothèses qu’on a érigées en réalité, une imagerie qu’on a créée, un peu comme un désir qui devient réalité». Qui se souvient de Donald Rumsfeld brandissant les plans des bunkers à la télévision jugera par lui-même.

Une définition…

Dix ans sont passés. Dix ans d’interrogations. Si nos experts avaient à expliquer à un enfant par exemple, et donc souhaitons-le avec honnêteté, ce qu’a été le 11 septembre, que diraient-ils?

Jacques Baud: «C’est un groupe d’individus qui a voulu manifester sa volonté de résister à la domination américaine. C’est d’ailleurs le sens du mot ‘jihad’, qui ne signifie pas ‘guerre’, mais le fait de résister, de montrer sa détermination au quotidien. Et cela induit tout le reste: plus les Américains ont essayé de montrer leur puissance, on l’a vu en Afghanistan et en Irak, plus cette résistance a augmenté. Une résistance n’existe que par rapport à une force: si vous enlevez la force, la résistance n’a plus de raison d’être».

Xavier Colin: «La tentative malheureusement réussie d’une toute petite poignée d’extrémistes islamistes qui songeaient sérieusement qu’en faisant un attentat de cette ampleur, ils allaient dresser une partie du monde contre l’autre. Ils ont réussi dans l’ampleur de leur attentat, dans le choc qu’ils ont provoqué et les inquiétudes qu’ils ont suscitées. Ils n’ont absolument pas réussi à dresser cette partie du monde-ci contre cette partie du monde-là, ni sur des critères de civilisation, ni sur des critères de religion.»

Daniele Ganser: «Un événement qui a entraîné la mort de 3000 personnes, qui a suscité beaucoup de peurs, qui a discrédité les musulmans et qui a produit le prétexte pour lancer des guerres en Afghanistan et en Irak. Par ailleurs, l'OTAN a, pour la première fois de son histoire, activé l’article 5, ce qui signifie que les 28 pays de l'OTAN sont entré en guerre simultanément. Après dix ans on ne sait toujours pas précisément ce qui s’est passé le 11 septembre, qui en est à l’origine. Il faut donc davantage de recherches».

A New York, dans la zone rebaptisée ‘Ground Zero’ après les attentats, pousse aujourd’hui le 'One World Trade Center', surnommé la ‘Freedom Tower’. Une tour de verre qui jouera de la transparence – l’exacte antithèse des sombre volutes du 11 septembre 2001.

Troublés par des faits?

Délits d’initiés dans les échanges boursiers à la veille du 11 septembre, missile dans le Pentagone, effondrement du WT7, peu de traces du crash du vol UA93 en Pennsylvanie, les accusations de mensonge sont nombreuses. Nos experts sont-ils troublés par certains faits ?

Xavier Colin: «Il y a plein de questions sans réponses. Je n’ai pas de doute sur le fait qu’un avion ait percuté le Pentagone, mais comme tout le monde, je m’interroge sur le fait qu’on ne voie pas de débris sur les photos. Mais à partir de là, pour le moment, on ne peut rien dire de plus. Autre question, comment une équipe aussi voyante de terroristes a-t-elle fait pour ne pas être repérée? Pas de réponse».

Daniele Ganser«Le WT7, c’est ce qui me trouble le plus. Le WT7 faisait 170 mètres et s’est effondré en sept secondes. Un fait comme celui-ci, on ne peut pas le balayer en disant que c’est un détail. Et beaucoup de gens ne savent toujours pas qu’un troisième building s’est effondré ce jour-là. Deux discours existent : l’incendie ou la démolition contrôlée. Il faut en savoir plus.»

Jacques Baud: «Des détails restent troublants. Par exemple le cas du WT7 est troublant. Mais on s’aperçoit que beaucoup de phénomènes sont explicables, et que ce sont uniquement des témoignages qui fragilisent l’explication, des témoignages très dépendants de la situation de stress qui caractérisait ce moment-là. A tel point qu’en définitive, on est quand même obligé de suivre les faits.»

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Jacques Baud

Jacques F. Baud est actuellement Chef du service «politique et doctrine» du département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, pour laquelle il avait déjà accompli de nombreuses missions sur le terrain. Colonel de l’armée suisse, il a travaillé pour les services de renseignement helvétiques de 1983 à 1990 et signé plusieurs ouvrages sur le monde du renseignement et du terrorisme.

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Xavier Colin

Actuellement producteur de l’émission «Geopolitis», Xavier Colin  est entré à la Télévision suisse romande en 1987. Il y fut notamment chroniqueur juridique, correspondant, reporter, chef d’édition, chef de la rubrique internationale. Auparavant, il avait travaillé pendant 13 ans pour la radio française Europe 1.

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Daniele Ganser

Docteur en histoire et spécialiste de la recherche sur la paix (‘peace research’), il enseigne à l’université de Bâle. Il a notamment publié un ouvrage intitulé «Les armées secrètes de l’OTAN» (sur les réseaux ‘stay-behind’).

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La RTS et le 11 septembre

La TSR et la RSR proposeront plusieurs émissions en direct de New York. Parmi celles-ci, une édion spéciale de 'Geopolitis' (à 12h15).

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