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Obama décroche une réforme financière édulcorée



Après l'assurance-maladie, une deuxième victoire pour Barack Obama.

Après l'assurance-maladie, une deuxième victoire pour Barack Obama.

(Keystone)

Le Sénat a adopté jeudi la réforme de régulation financière, l’une des principales priorités de Barack Obama. Une réforme limitée qui ne devrait pas bouleverser les activités américaines d’UBS et Crédit Suisse qui ont œuvré activement pour en minimiser l’impact.

Barack Obama inscrit une deuxième victoire politique à son actif. Le Sénat a entériné par 60 voix contre 39 la réforme de régulation financière, grâce au soutien de...sénateurs républicains.

Ainsi, deux ans après l’effondrement du marché financier américain qui a nécessité le plan public de sauvetage le plus coûteux de l’histoire des Etats-Unis, Barack Obama tient la réforme votée par le Congrès pour «la plus importante depuis la Grande Dépression» de 1929.

Il promet qu’elle va instaurer «les protections les plus strictes dans l’histoire des Etats-Unis en faveur des consommateurs», «éviter de nouveaux renflouages financés par les contribuables et assurer que nous n’aurons pas d’autre crise financière qui puisse nuire à l’économie entière».

Mutualiser les risques

«Il y a des choses très importantes dans cette réforme», précise à swissinfo Gregory Wierzynski, qui a vécu et fait une partie de ses études en Suisse avant d’émigrer aux Etats-Unis où il a notamment écrit pour le magazine Time puis conseillé la commission bancaire de la Chambre des députés.

Greg Wierzynski mentionne les produits dérivés dont les transactions seront désormais gérées par une chambre de compensation qui va mutualiser les risques associés à ces instruments. «La chambre de compensation avait été proposée en 2000, mais le marché des dérivés était si rentable pour les banques que cette idée avait été abandonnée, tandis que, maintenant, au vu de la crise de 2008, les banques ont dû l’accepter», note-t-il.

Il mentionne aussi l’agence gouvernementale de protection des consommateurs de crédit. Jusqu’à présent, cette mission était assumée par plusieurs organismes publics dont le manque d’autorité et de coordination a joué un rôle dans la crise.

Des changements superficiels

Mais pour Greg Wierzynski comme pour d’autres observateurs et pour certains élus, la réforme financière ne change pas les règles du jeu.

Nomi Prins, ancienne banquière d’investissement chez Goldman Sachs et feu Bear Stearns devenue auteur d’ouvrages où elle déballe les secrets de la «haute finance», estime ainsi que «la loi ne transforme pas fondamentalement Wall Street, pas la mentalité, pas la taille ou la complexité des institutions financières, ni leur puissance». «La réforme procède à des changements superficiels, mais la nature du marché reste la même», ajoute Madame Prins.

Tout sauf une réforme !

L’ancien chef des services comptables de la commission américaine des opérations en bourse (SEC), Lynn Turner, va plus loin. «C’est tout sauf une réforme», lance-t-il. Pour Lynn Turner, la Maison Blanche et le Congrès «défendent les banques au lieu de les règlementer sérieusement». «La réforme n’impose pas de véritable contrainte aux 'too big to fail', ces banques dont les défaillances posent un risque systémique pour l’économie, et il faut donc s’attendre à ce que les contribuables aient à les renflouer à nouveau», explique-t-il.

Au Sénat, Russ Feingold, l’un des rares amis démocrates de Barack Obama à voter contre la réforme, déplore que le texte final soit une version très édulcorée d’un projet de loi initial déjà timide. Pour attirer les suffrages d’une poignée de députés et de sénateurs républicains, les Démocrates ont notamment renoncé à l’idée d’une taxe sur les banques qui devait lever plus de 17 milliards de dollars.

Surtout, regrette le sénateur Feingold, «cette réforme ne fait rien de sérieux à propos des 'too big to fail' et elle ne fait rien du tout pour rétablir le pare-feu entre les banques de dépôt et les banques d’investissement.» M. Feingold fait là allusion à la loi Glass-Steagall, votée après la Grande Dépression pour limiter la spéculation mais abolie en 1999 par une coalition de Démocrates et de Républicains menée par Phil Gramm qui, à peine retiré du Sénat, a rejoint UBS.

Application non garantie

De son côté, l’ancien conseiller de la commission bancaire de la Chambre Greg Wierzynski souligne que l’impact de la réforme est encore amoindri par le fait que plusieurs mesures n’entreront pas en vigueur avant des années et que la loi américaine n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde.

Du reste, l’application de la réforme n’est pas garantie. «Parce que c’est une loi très longue et compliquée sur un sujet que la plupart des élus du Congrès ne connaissent pas bien, il y aura plus de corrections techniques sur ce texte que sur d’autres lois, or ces corrections sont souvent utilisées pour remanier les dispositions et si les Républicains reprennent le contrôle de la Chambre aux législatives de novembre, la réforme pourrait être considérablement modifiée.»

Pressions des lobbyistes des banques

Par ailleurs, de nombreuses dispositions de la réforme doivent être clarifiées par des décrets d’application pris dans les ministères et organismes publics compétents. Or, les pressions que les lobbyistes des banques, y compris ceux d’UBS et de Crédit Suisse, ont exercées durant l’élaboration de la réforme au Congrès ciblent dès maintenant ces différentes branches de l’exécutif.

«L’histoire de la règlementation aux Etats-Unis montre que les représentants des banques et les responsables des instances de règlementation ont toujours tourné les règles à l’avantage des banques», rappelle Greg Wierzynski.

Pas surprenant, alors, que le directeur de la communication de Crédit Suisse aux Etats-Unis, Duncan King, ait pu dire à swissinfo dès début juin que le géant zurichois «ne pense pas que les changements (apportés par la réforme) auront un impact concret sur (ses) activités.»

Marie-Christine Bonzom, Washington, swissinfo.ch

REFORME de Wall Street

La réforme bancaire et financière américaine vise à empêcher qu’une crise grave telle que celle de 2008 ne se reproduise.

Elle était l’une des principales priorités intérieures de Barack Obama, avec le plan de relance économique de 700 milliards de dollars adopté en février 2009 et la réforme de santé approuvée en mars 2010.

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PRESSIONS DU SECTEUR FINANCIER

Le Center for Responsive Politics, observatoire non gouvernemental des liens entre milieux économiques et politiques, indique que le secteur financier et bancaire est celui qui investit le plus d’argent dans la vie politique à Washington.

3,8 milliards de dollars depuis 1998 en lobbying auprès du Congrès et du gouvernement. 2,3 millards de dollars depuis 1989 en dons politiques à des élus, candidats et partis.

Au classement des 100 entreprises les plus présentes financièrement dans les milieux politiques américains depuis 1989, UBS, à la 51ème place, est la première banque étrangère et la troisième entreprise non américaine.

Crédit Suisse se hisse à la 63ème place et est la quatrième entreprise non américaine.

A l’approche des législatives de novembre, les dons politiques de Crédit Suisse et UBS depuis le début de l’année s’élèvent respectivement à plus de 805’000 dollars et plus de 600’000 dollars.

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