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Communales vaudoises: la politique aux champs

Aclens, village vaudois comme tant d'autres. Arnaud Gaillard

Le 13 mars, les citoyens des 375 communes du canton de Vaud entament le renouvellement de leurs autorités. Dans les villes, elles se feront en plusieurs tours passablement disputés, mais dans l’immense majorité des communes, la politique se joue à l’entente - ou à la mésentente - villageoise.

Dès qu’on s’éloigne de l’arc lémanique, la campagne vaudoise étale ses vertes étendues parsemées de villages serrés autour de leur clocher. Si les petites communes ne sont pas typiquement une spécialité locale (celles des Grisons, du Jura, de Fribourg et d’Uri sont encore moins peuplées), la commune vaudoise moyenne ne compte que 1760 âmes. Et même moins de 1000 si l’on retranche le chef-lieu et les 10 villes de plus de 10’000 habitants.

Dans plus de la moitié de ces villages, la démocratie est on ne peut plus directe. C’est l’ensemble des citoyens (du moins ceux que la chose intéresse) qui vote les décisions de la municipalité, organe exécutif élu. Et dès que la commune dépasse 1000 habitants, ce pouvoir est confié à un conseil, élu lui aussi.

 

Des «bringues» au village

«Sur l’ensemble du canton, nous avons 43 communes où les élections se font au système proportionnel, et donc où les partis politiques présentent des listes, explique Eric Golaz, chef du Service des communes à l’Etat de Vaud. Partout ailleurs, c’est la majoritaire, avec liste d’entente».

Ce qui ne veut pas dire obligatoirement liste unique. Il peut y avoir des «bringues» («disputes» en Romandie) au village, qui amènent au dépôt de plusieurs listes. Mais ce ne seront pas des listes de partis. Ou alors exceptionnellement.

Dans ces conditions, et sachant par ailleurs que les communes n’ont de loin pas la maîtrise totale de leur budget (jusqu’à 80% de leurs dépenses sont dictées par des règlements cantonaux ou des collaborations intercommunales), peut-on vraiment dire que les élus y font de la politique?

Eric Golaz en est convaincu. «Même les plus petites communes peuvent être soumises à des choix politiques, affirme-t-il. Notamment lorsqu’il s’agit de se lancer dans un projet de fusion avec leurs voisines».

On fusionne sans se presser 

Les fusions, le canton les soutient et les encourage, mais ne les impose pas. Et elles avancent à un rythme bien… vaudois. Rien à voir avec l’exemple de Glaris, vallée alpine de Suisse centrale, qui a décidé de passer d’un coup de 25 à trois communes.

Ici, l’impulsion doit venir d’en bas. Et le projet doit être accepté par tous les citoyens des communes concernées. Mais l’histoire est en marche. De 375, le nombre des communes vaudoises passera au 1er janvier 2012 à 326. Et Goumoens-le-Jux (47 âmes), Oulens-sur-Lucens (51) ou Vaugondry (39) auront fusionné avec leurs voisines, créant de nouveaux ensembles de… plusieurs centaines d’habitants!

«Le problème de ces fusions est qu’elles ne se font pas nécessairement dans une logique de bon sens, tempère René Knüsel, politologue à l’Université de Lausanne. C’est souvent des accords sur un bout de territoire entre des personnes qui s’entendent et qui ont de la bonne volonté».

Au lieu de cela, le professeur jugerait «plus logique de redéfinir le territoire en fonction de questions liées à un groupe de communes, par exemple l’organisation d’un domaine viticole. Donc, sans imposer les fusions depuis le haut, il faudrait au moins un plan général du territoire, pour en faire une utilisation judicieuse».

Qui veut être «syndic» ?

Un autre problème avec les micro-communes, c’est la difficulté à trouver des personnes prêtes à s’engager pour un mandat politique souvent astreignant, et fort peu rémunéré. Cette année, le cas d’Henniez, où personne ne s’était annoncé à la date de dépôt des listes, a fait couler beaucoup d’encre. Mais les archives regorgent d’exemples de ce type, depuis le 19e siècle.

«Il ne faut pas idéaliser le passé», note Eric Golaz, qui observe au contraire «une effervescence politique assez intéressante» dans le canton et dans les communes, où l’on n’a «jamais vu autant de référendums et d’initiatives déposés que ces trois dernières années».

Le grand retour de l’esprit civique? Pas vraiment selon le chef du Service des communes, qui y voit plutôt «la volonté de s’engager pour une cause». Comme de protéger un paysage, obtenir un nouvelle ligne de bus scolaire ou s’opposer à telle ou telle construction. Mais de là à se porter candidat pour les élections…

Les étrangers au pouvoir

Autre particularité vaudoise: depuis 2003, la nouvelle constitution accorde aux étrangers établis depuis 10 ans en Suisse, dont trois dans le canton, le droit de vote et d’éligibilité. Les cantons ne sont à l’heure actuelle que huit à laisser voter leurs étrangers. L’année dernière, par exemple, 72% des Bernois l’ont refusé en votation populaire, tandis que Genève a accordé de justesse le droit de vote en 2005 après quatre tentatives infructueuses, mais a refusé le droit d’éligibilité.

Les élections communales de 2006 ont donc vu plus d’un quart des 85’000 personnes concernées se rendre aux urnes – résultat jugé encourageant pour une première. 310 étrangers ont également fait leur entrée dans différents conseils communaux et 28 dans les municipalités.

Combien sont en lice cette année? Faute de chiffres pour les conseils communaux, on sait juste que la plupart des élus dans les municipalités rempilent. Dont la première syndique (maire) vaudoise sans passeport suisse, la Norvégienne Anne-Christine Ganshof. Elle dirige depuis cinq ans la petite commune viticole de Vufflens-le-Château, à deux pas de Morges, également connue pour avoir abrité un temps un certain Michael Schumacher.

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Communes

Ce contenu a été publié sur La commune constitue le premier niveau du système politique helvétique. On en dénombrait 2760 en 2005. Mais, à cause d’une multiplication des fusions, ce nombre est en constante diminution. Les communes disposent d’une certaine indépendance (impôts, aménagement du territoire), mais cette autonomie varie d’un canton à l’autre. Comme les cantons et la Confédération, les communes…

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Toutes les communes vaudoises sont dirigées par une municipalité (exécutif), de trois à neuf membres, présidée par un syndic (maire).

L’organe délibérant (législatif) est un conseil communal élu dans les communes de plus de mille habitants ou un conseil général formé de tous les citoyens qui veulent en faire partie dans les plus petites.

13 mars: 1er tour pour les Conseils communaux et les Municipalités dans les grandes communes. Dans les petites, la Municipalité et le syndic sont élus ce jour-là et on ne revient pas aux urnes.

 

3 avril: 2e tour pour les Conseils communaux et les Municipalités.

 

15 mai: 1er tour pour les syndics.

 

5 Juin: 2e tour pour les syndics.

Lausanne, le chef-lieu (135’000 habitants), connaît depuis 1989 une majorité rose-rouge-verte. L’exécutif actuel comprend un élu à «gauche de la gauche», trois socialistes, deux Verts (dont le maire Daniel Brélaz, qui se représente pour la dernière fois) et un seul libéral-radical. La droite va tenter de rééquilibrer les forces, mais la reconquête d’une majorité semble hors de sa portée.

Au législatif, la gauche et les Verts détiennent 64 des 100 sièges et là aussi, un renversement semble peu probable. Les petites listes sont nombreuses à tenter leur chance (notamment les Verts libéraux et le populiste Mouvement citoyen vaudois, émanation de son pendant genevois), mais les places seront chères.

Yverdon-les-Bains (27’000 habitants), deuxième ville du canton compte elle aussi une majorité de gauche à l’exécutif (3 socialistes et 1 Vert contre 3 libéraux-radicaux), mais elle n’a été acquise qu’à la faveur d’une élection complémentaire en 2009 et les citoyens ont souvent joué l’alternance ces dernières décennies.

Au législatif, on compte 49 élus de gauche contre 47 de droite et 4 indépendants qui jouent les arbitres. Rien n’est donc joué.

Les autres villes, soit les communes de plus de 10’000 habitants sont toutes incluses dans une agglomération. Renens, Pully, Prilly, Ecublens et Morges dans celle de Lausanne, Vevey, La Tour-de-Peilz et Montreux dans celle de la Riviera, Nyon et Gland dans celle de Genève. Sans surprise, les communes de tradition plutôt ouvrière (Renens, Vevey, et dans une moindre mesure Morges et Nyon) sont à gauche et les communes résidentielles à droite.

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