La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse

Le vote évangélique balance entre Obama et McCain

Evangélique et supporter de John McCain, la suisso-américaine Esther Payne élève des Bouviers bernois à Lancaster, en Caroline du Nord swissinfo.ch

Les évangéliques, qui représentent un quart de l'électorat aux Etats-Unis, avaient soutenu massivement George Bush. Aujourd'hui, ils forment une catégorie d'électeurs moins monolithique. Enquête auprès d'Américains évangéliques dont certains d'origine suisse.

Esther Payne et Michelle Lloyd-Paige ont un point commun. Ces deux Américaines se définissent comme évangéliques et accordent à la Bible une place centrale dans leurs vies. Mais le 4 novembre prochain, elles voteront pour deux candidats différents.

Esther Payne, venue de Bâle en 1986 et installée avec son mari américain à Lancaster, en Caroline du Nord, votera pour le républicain John McCain. Michelle Lloyd-Paige, pasteur à Grand Rapids, dans le Michigan, votera, elle, pour le démocrate Barack Obama.

«J’aime beaucoup McCain en tant que personne, j’apprécie aussi son expérience et sa capacité à travailler avec les responsables politiques de l’autre bord», précise à swissinfo Esther Payne. Obama est trop à gauche et manque d’expérience.»

La cerise sur le gâteau

«Je voterai pour Obama parce que les années Bush n’ont pas été merveilleuses!», déclare de son côté Michelle Lloyd-Paige. «Le fait qu’il soit noir, c’est la cerise sur le gâteau, mais pas la principale raison de mon choix», souligne cette évangélique noire.

Jusqu’à présent, les évangéliques optaient si massivement pour les républicains que les politologues américains pouvaient parler d’un «vote évangélique». Ces huit dernières années, ils appuyèrent ainsi George Bush contre vents et marées. Malgré l’impopularité grandissante de la guerre en Irak et du chef de la Maison Blanche, leurs suffrages étaient encore plus nombreux en 2004 qu’en 2000.

Or, si près de 80% des évangéliques ont voté Bush il y a quatre ans, la communauté est moins monolithique aujourd’hui. En particulier, les moins de 30 ans ne sont plus que 40% à se définir comme républicains, contre 55% en 2005.

Pauvreté et environnement

Même si la plupart des évangéliques quittant le Parti républicain ne vont pas jusqu’à adhérer au Parti démocrate, ils ne sont plus nécessairement hors de portée pour un candidat comme Barack Obama. Même si les jeunes sont encore plus fermes que leurs aînés dans leur opposition à l’avortement, ils sont aussi plus préoccupés par la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement.

Mais la distance prise avec le Parti républicain n’est pas que le fait des évangéliques de moins de 30 ans.

«Il est bon que John McCain ne fasse pas campagne aux côtés de George Bush car il imprimera une direction différente à la Maison Blanche», estime ainsi Esther Payne, 44 ans.

«C’est très important que les politiciens prennent des décisions pour le bien du pays et pas seulement pour le bien de groupes de pression. Or McCain veut précisément travailler plus dur contre les lobbyistes et contre l’expansion du gouvernement», affirme-t-elle.

Des pasteurs plus ouverts

A l’image des fidèles, les dirigeants évangéliques sont épgalement moins monolithiques qu’auparavant. La vieille garde cède peu à peu la place à des pasteurs plus ouverts. Jerry Falwell est mort l’an dernier. Billy Graham a près de 90 ans.

Les excès de Pat Robertson indisposent. Du coup, émergent des gens comme Rick Warren qui, en août, invita John McCain et Barack Obama dans son église de Californie pour un forum télévisé; comme James Dobson, qui a renoncé à trouver un républicain acceptable et prône la création d’un 3e parti; ou comme Richard Cizik, vice-président de l’Association nationale des évangéliques qui s’est rapproché des démocrates à propos de l’environnement, de la peine de mort ou de l’Irak.

Nombre de fidèles déplorent d’ailleurs de voir leur mouvement caricaturé. «Les médias ont mis l’accent sur les voix les plus extrêmes et cela a nui à notre mouvement», dit Michelle Lloyd-Paige, supporter de Barack Obama.

Pour sa part, Stephen Momsa, chercheur évangélique du Calvin College qui votera Obama après avoir soutenu Bush en 2000, rappelle que le mouvement fut d’abord associé à des causes défendues par la gauche américaine, notamment l’abolition de l’esclavage, et que ce n’est que dans les années 1950 qu’il devint plus conservateur.

Sarah Palin est passée par là

Nombre d’évangéliques regrettent aussi que leur mouvement se soit trop politisé. «Ils ont compris qu’il ne doivent pas trop s’exposer aux structures du pouvoir», affirme Hans Moser, un Bernois bi-national. «Etre évangélique, c’est spirituel, ce n’est pas quelque chose à jeter aux cochons», souligne ce baptiste de 69 ans.

Hans Moser, qui a démissionné du parti républicain en 2007 et qui, l’hiver dernier, qualifiait John McCain de «mauvais candidat», votera pour le prétendant républicain avec plus d’enthousiasme qu’il ne s’y attendait. C’est que Sarah Palin est passée par là.

Peu enclin à parler religion, M. McCain a choisi pour co-listière une pentecôtiste qui remobilise la base évangélique. «Sa présence aux côtés de McCain montre qu’il veut faire un pas vers nous, souligne Hans Moser. McCain a désormais une assez bonne chance de victoire.»

Selon les sondages, la majorité des évangéliques s’apprête à faire comme M. Moser et à voter à nouveau pour le candidat républicain à la Maison Blanche.

«Il y a un esprit plus progressiste qui souffle sur la communauté, je le vois dans les universités évangéliques ou chez nos nouveaux pasteurs, mais cette tendance en est encore à ses débuts», conclut Stephen Momsa.

swissinfo, Marie-Christine Bonzom, Washington

Le terme évangélique recouvre un système de croyances qui peut varier selon les personnes, les communautés et les pays.

Pour l’essentiel, les croyances reposent sur l’autorité ultime de la Bible et la véracité historique des Ecritures, sur le salut par le Christ et sur l’importance de la transformation personnelle et de l’évangélisation.

Pour l’Américaine d’origine suisse Esther Payne, être évangélique signifie «suivre l’exemple du Christ, attacher de la valeur à la vie humaine, et ne pas aller à l’église simplement pour avoir un système religieux qui vous fait vous sentir bien».

Pour la pasteure noire-américaine Michelle Lloyd-Paige, cela veut dire «être un disciple de Jésus-Christ, comprendre que je suis née de nouveau dans ma vie, et garder à l’esprit que Jésus est venu pour transformer la société, pas seulement l’individu».

Les évangéliques représentent 26,3% de l’électorat aux Etats-Unis, soit environ 40 millions d’électeurs

John McCain recueille 71% des intentions de vote des Evangéliques blancs inscrits sur les listes électorales, contre 21% pour Barack Obama

La majorité des évangéliques américains sont baptistes (10,8%), pentecôtistes (3,4%) ou appartiennent à des églises dites libres (3,4%); 17% ont moins de 30 ans, 39% entre 30 et 49 ans; 81% sont Blancs et 6% Noirs

En Suisse, il existe plus de 1500 églises et communautés évangéliques

Ils seraient environ 200’000 en Suisse, soit environ 3% de la population.

(Source: Pew Forum on Religion and Public Life; Observatoire des Religions en Suisse de l’Université de Lausanne; L’Hebdo)

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision