Les Ports du Rhin subissent la crise, sans couler
Le pétrole, très demandé en raison des prix avantageux, «sauve» encore le bilan des Ports suisses du Rhin. Mais tous les autres secteurs souffrent de la crise. Charnière avec le rail et route, le Rhin attend aussi une véritable reconnaissance politique.
Ports du Rhin, porte de la Suisse: la métaphore est facile, et fidèle à la réalité. Et c’est le slogan choisi par Bâle pour représenter la Suisse à la Fête du port de Hambourg ce week-end, un événement rassemblant un million de personnes et où le conseiller fédéral Moritz Leuenberger prononcera un discours d’ouverture.
Le directeur des Ports de Bâle Hans-Peter Hadorn sera aussi de la fête. «A moyen terme, la ville de la Hanse pourrait être un partenaire potentiel», dit-il.
Encore faudra-t-il un transport par rail, car les canaux reliant le Rhin à l’Elbe sont souvent trop petits pour les transporteurs fluviaux modernes. Pour l’heure, les Ports de Bâle sont tournés principalement vers Anvers, Amsterdam et Rotterdam.
Situation très fragile
En ce début mai, les barges quittant «le port le plus au sud de la mer du nord», comme aiment dire les Bâlois, pour glisser en direction de la mer sont rares. «C’est un calme trompeur, nuance Hans-Peter Hadorn. Le trafic global a même augmenté au premier trimestre.» Mais, ajoute-t-il aussitôt, «la situation est très fragile.»
Le bon résultat est en effet à mettre sur le compte d’un seul facteur: le pétrole. La baisse des prix a poussé les clients à remplir les réservoirs, mais la longueur de l’hiver a augmenté les besoins, et les citernes ne sont pas encore pleines.
«A Rotterdam ou à Anvers, la baisse de la demande s’est déjà fait sentir et les réservoirs sont pleins, les pétroliers ne peuvent plus décharger leur cargaison. Il faut quelques mois pour que cela se reporte sur l’arrière-pays.»
Les autres matières premières ne laissent en revanche aucun doute sur les effets de la crise. Le fer et le métal ont diminué d’au moins 50%, les transbordements de containers de 13,5%.
«Jusqu’en septembre 2008, deux trains de 1600 tonnes de métal chacun partaient chaque jour à destination de l’industrie automobile italienne. Aujourd’hui, ce sont 3 à 4 trains par semaine…»
Ecologique et sans bouchon
Les Ports suisses du Rhin s’attendent néanmoins à une augmentation des besoins ces prochaines années. C’est «le mode de transport le plus écologique», écrit le conseiller aux Etats (sénateur) socialiste Claude Janiak (BL), auteur de deux motions exigeant la reconnaissance de la navigation sur le Rhin dans la politique des transports.
«Nous ne connaissons pas les bouchons et nous avons des capacités en terrains de chargement amplement suffisantes», ajoute Hans-Peter Hadorn. Le Rhin amène ainsi en Suisse 13% de ses importations (17% pour le rail et 17% pour le pipeline).
Or Rotterdam prévoit d’augmenter ses capacités de 11 millions à 21 millions de tonnes TEU (unité de mesure de la conteneurisation) en 2015. «Un port seul ne pourra maîtriser ce nouveau défi», écrit la société des Ports de Bâle dans sa revue.
Port bientôt trinational?
Une collaboration – pour l’heure dans le domaine du marketing – a donc été mise en place avec les ports de Weil am Rhein (D) et de Mulhouse (F). Sous l’étiquette de «RheinPorts», les partenaires trinationaux forment la 2e plus grande infrastructure rhénane (sans compter les ports de mer) derrière Duisbourg (D).
Les responsables portuaires attendent aussi avec impatience la réponse du Conseil fédéral (gouvernement) à la deuxième motion de Claude Janiak, qui devrait être débattue lors de la session de juin. Celui-ci demande que la Confédération participe financièrement à l’infrastructure de la navigation au même titre qu’a l’infrastructure ferroviaire.
«Il ne s’agit pas d’opposer la navigation fluviale au rail, explique Claude Janiak, même si, par le passé, la politique tarifaire agressive de CFF Cargo a fait du tort à la navigation, tout autant qu’à CFF Cargo.»
«Mais il n’y a pas de raison que ces deux modes de transports ne reposent pas sur les mêmes conditions-cadres», ajoute le sénateur. Le Conseil fédéral doit aussi présenter «rapport sur la politique suisse en matière de navigation» après l’été, rapport demandé en 2006 par un postulat de la conseillère aux Etats bâloise Anita Fetz.
Un long oubli
Le Rhin en tant qu’axe de transport est-il négligé en Suisse? «On a tendance à l’oublier, parce que cela commence à la frontière», répond Hans-Peter Hadorn.
«Les Bâlois eux-mêmes ont manqué plusieurs occasions. Il a fallu fusionner les quatre ports avant de pouvoir se présenter comme un partenaire de poids», estime Claude Janiak. Un poids qui sera peut-être bientôt trinational.
Ariane Gigon, Bâle, swissinfo.ch
Fusion. Quatre ports se partageaient le marché à Bâle jusqu’en 2006: Kleinhüningen, St. Johann – le plus vieux des quatre – Birsfelden et Muttenz-Au, ces deux derniers sur le territoire de Bâle-Campagne. Ils ont fusionné et forment désormais «Les Ports suisses du Rhin».
Export. Environ 9 millions de tonnes sont déchargées ou chargées chaque année dans ces ports, soit environ 15% du commerce extérieur suisse.
Import. En ce qui concerne les importations, 13% du total des marchandises arrivant en Suisse passent par Bâle, contre 17% par le rail et 17% par pipeline.
Comparatif. Un bateau de 110 mètres de long avec un chargement de 2800 tonnes en moyenne est l’équivalent de 35 wagons-citernes (1,5 train) ou de 147 camions de 28 tonnes.
Postes. Les Ports du Rhin comptent quelque 2000 emplois.
La fête du Port de Hambourg est la plus grande fête portuaire du monde et accueille un million de visiteurs durant 3 jours.
La Suisse et Bâle y sont partenaires d’honneur sous le titre «De Hei-di à hi-tech».
Outre Bâle, «porte de la Suisse», des stands présenteront le LHC du CERN de Genève, des marques de montres, des spécialités gastronomiques, le catamaran solaire «PlanetSolar» et la Patrouille suisse pour la partie aérienne – notamment.
Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger participera à la cérémonie d’ouverture le 8 mai.
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