Les Sénégalais témoignent
A la veille de l'élection présidentielle, marquée par des manifestations sanglantes à Dakar et dans les villes de province, swissinfo.ch a invité les Sénégalais à s'exprimer sur les tensions qui secouent ce pays à l'histoire pourtant pacifique.
Quelle est l’atmosphère sur place? Comment s’organisent l’opposition et la société civile? Leur colère est-elle légitime? Quel bilan peut-on tirer des douze ans au pouvoir d’Abdoulaye Wade? Ces questions ont été adressées aux lecteurs de swissinfo.ch au Sénégal. Ci-dessous, un résumé des réactions sélectionnées par la rédaction. Si vous désirez laisser un message et participer au débat, rendez-vous au bas de la page. Nos remerciements à tous les contributeurs.
«Wade est devenu un dictateur», Izak
La situation est très tendue, la colère légitime, mais l’opposition est très mal organisée et beaucoup de jeunes ne sont pas là par opinion politique mais parce que leur vie est trop dure et sans future. Wade est devenu un dictateur persuadé que sans lui le pays est perdu. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vrai leader fort en face de Wade.
«La corruption érigée en mode de fonctionnement», Benoit
Je suis français et je vis au Sénégal depuis un peu plus d’un an. J’ai senti monter la tension, le ras le bol de la population. L’opposition et la société civile s’organisent actuellement, en dépit des emprisonnements arbitraires. Je pense que les tensions entre les différentes factions referont surface suite à l’élection mais pour le moment, les différents candidats sont ensemble contre le président. Pour moi, le bilan des douze ans au pouvoir de Wade est simple: de la poudre aux yeux de l’extérieur, moins d’éducation, moins de pouvoir d’achat, les plus riches toujours plus riches, la corruption érigée en mode de fonctionnement normal, quelques routes pour les jolies photos…
«Le porteur d’espoir est devenu porteur du malheur», Elmorti
Le 19 mars 2000, les gens s’étaient battus pour que l’ancien président Abdou Diouf soit remplacé avec un espoir de vie… Nous voilà en 2012, le porteur d’espoir est devenu le porteur du malheur de la société sénégalaise. C’est une honte pour la démocratie, une honte pour la religion, car s’ils étaient croyants, jamais il n’y aurait eu ce genre de comportement.
«Les opposants mettent en péril la vie des Sénégalais», Shang
Rien ne se passe dans ce pays. Il n’y a que les opposants de Wade qui mettent en péril la vie des Sénégalais, alors que la majorité du pays attend le 26 février pour choisir le candidat de leur choix. Les mouvements M23 et «Y en a marre» ne sont rien d’autre que le reflet de l’opposition qui finance les pauvres pour faire du bruit.
«Les jeunes ne pourront pas voter», Baobab
Certains quartiers de Dakar subissent des heurts ces derniers jours mais cela n’est pas représentatif de la majorité de la population et de tous les quartiers. Car les personnes qui travaillent subissent, mais ne vont pas manifester même si elles sont contre le fait que Wade se représente. Le problème est que le peuple sénégalais ne veut plus de Wade, mais les opposants de ce dernier ne font pas n’ont plus l’unanimité. Les élections seront un vote sanction mais non constructif. Comme on dit dans la vie, on sait ce que l’on perd pas ce que l’on gagne. Néanmoins il faut savoir que sur une population de 13 millions d’habitants, seulement 5 millions ont une carte d’électeur. 25% ne se rendront pas aux urnes, ce qui laisse 4 millions d’électeurs… Par conséquent, les élections ne sont pas représentatives du peuple. Surtout que les jeunes attendent leur carte d’identité pour obtenir leur carte d’électeur. Mais comme par hasard, la carte d’identité est en rupture de stock…
«Wade est un homme responsable», pb
Je crois que Abdoulaye Wade est un homme responsable, d’autant plus qu’il demeure le chef suprême de tous les Sénégalais. Moi, ce que je déplore dans son régime, c’est l’instabilité du système éducatif; je lance un appel aux autorités sénégalaises pour faire preuve de responsabilités et sauver le système éducatif sénégalais car les universités vont mal.
«Wade s’est enrichi sur le dos des Sénégalais», Tchichou
Il ne faut pas croire tout ce qu’on voit aux journaux télévisés européens, les manifestations de Dakar se sont passées comme toutes les manifestations du monde, la plus grande partie s’est faite dans le calme, seuls de jeunes énervés viennent jouer les casseurs en fin de cortège. Wade n’a tenu aucune de ses promesses de campagne, le pays s’est affaibli économiquement, s’est affamé, le prix de toutes les denrées a presque doublé en 10 ans et nous avons passé 10 mois à vivre à l’âge de pierre avec 15 à 18h de coupures de courant et d’eau chaque jour. Alors que le peuple a beaucoup souffert depuis 10 ans, Wade, lui, s’est considérablement enrichi. Il est aujourd’hui milliardaire, et ça les Sénégalais ne peuvent le supporter puisque c’est évidemment avec les deniers de l’état.
«Préservons le visage pacifique de notre nation», Balisto
Le Sénégal est un pays qui s’est toujours illustré par son côté pacifique. Personnellement, je suis contre la candidature de Wade. Mais comme le conseil constitutionnel a déjà tranché, je crois que par respect envers notre pays, nous devons respecter sa décision et aller aux urnes si nous voulons vraiment renverser le régime de Wade. Tant de vies sont déjà gâchées et si ça ne cesse pas au plus vite, on se dirige tout droit vers des manifestations similaires à celles du printemps arabe. Préservons le visage pacifique et démocratique de notre chère nation.
«Une mini-crise amplifiée par les médias européens», Senegal
Quoi que l’on puisse dire, malgré son âge avancé, Wade reste encore largement majoritaire dans ce pays. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les opposants cherchent à tout prix à l’écarter de la course. L’ampleur donné à la mini-crise qui secoue le Sénégal est uniquement du fait des médias, surtout européens. Le Sénégal est un pays indépendant et souverain. Wade a jusqu’ici respecté le calendrier républicain et les décisions des organes judiciaires. Maintenant, qu’il soit vieux ou pas, ce n’est le problème de personne si ce n’est le peuple sénégalais qui décidera par la voix des urnes. Le jour où il refusera de quitter le pouvoir alors qu’il est officiellement déclaré ‘out’, le peuple, le vrai, sortira.
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