Arrestation de Mladic: «La Serbie tout droit dans l’UE?»
L’arrestation de Ratko Mladic fait la une de la presse helvétique ce vendredi. Avec une certaine unanimité sur le désir de la Serbie de montrer patte blanche à l'UE en vue d'une candidature à l’adhésion en décembre prochain.
Un policier sceptique face à un Mladic menotté, les mains tellement dégoulinantes de sang qu’il est impossible de lui prendre ses empreintes digitales… Chapatte, le caricaturiste du Temps, résume l’opinion générale, suite à l’arrestation de l’homme accusé du massacre de 8000 hommes à Srebrenica durant la guerre de Bosnie.
«Fin d’une longue cavale pour le ‘boucher des Balkans’», «Satisfaction tardive», «La Serbie remplit ses conditions», «Une prise pour la justice et pour l’histoire», ces titres pour saluer l’arrestation de l’homme recherché depuis 1995 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
Seize ans d’attente
«Les victimes des meurtres de masse ont dû attendre longtemps et le gouvernement serbe a mené l’Occident par le bout du nez durant 16 ans», commente le Tages Anzeiger. Et de rappeler que, pendant toutes ces années, Mladic a bénéficié de la protection de l’armée et des services secrets, qui eux aussi «s’étaient sali les mains» en Bosnie.
La Neue Zürcher Zeitung se demande elle aussi comment il a été possible, pour Mladic, comme pour l’ex-président de la république serbe Radovan Karadzic, de rester cacher si longtemps.
Le quotidien zurichois répond que cette arrestation «est surtout le produit d’une politique pragmatique et des pressions extérieures», car «même pour la Serbie l’intégration européenne est plus importante que Mladic». Et pourtant, de rappeler que «Belgrade ne reconnaît toujours pas que le massacre de Srebrenica était un génocide».
Le Corriere del Ticino évoque, lui, «la colère des ultranationalistes serbes» pour qui «l’ex-commandant des forces serbes-bosniaques est un héros qui a défendu les intérêts de leur ethnie».
«Les familles des victimes de Srebrenica ne demandaient que justice, voilà qui est fait, poursuit le journal italophone. Mais pour les nouvelles générations qui grandissent dans les Balkans, il est temps de penser à la réconciliation.» Et de relever que, le 26 avril dernier, un groupe d’ONG a demandé aux parlements et gouvernements des pays d’ex-Yougoslavie d’instituer une «commission pour la vérité» sur la guerre balkanique. «Seule une vérité reconnue de tous, conclut le Corriere, pourra assurer la stabilité et la croissance de la région».
Une prise pour la justice
Le Temps, lui, préfère saluer «une prise pour la justice et pour l’histoire». L’interminable cavale de Mladic «ne faisait pas que priver d’innombrables victimes de réparation. Elle jetait une ombre défavorable sur tout le travail des juges de La Haye, déjà terni par leur incapacité à empêcher Slobodan Milosevic de transformer son propre jugement en pantalonnade avant de leur échapper par une mort plus ou moins volontaire».
Mais l’éditorialiste du quotidien romand s’interroge sur «le problème des rapports entre impératif de justice et raison politique», problème qui n’a pas été réglé par la création en 2002 d’une Cour pénale internationale. Il s’est même compliqué, comme le montre «la mise en œuvre de cette cour contre Kadhafi alors que Béchir el-Assad continue de massacrer les opposants syriens sans être inquiété.»
La voie européenne pas libre pour autant
De son côté, La Liberté relève également qu’en livrant Mladic, la Serbie «se profile» face à l’UE: «Pas d’arrestation, pas d’intégration».
Mais si le gouvernement Tadic a levé un des principaux obstacle sur la longue route de Bruxelles, «la voie européenne n’est pas dégagée pour autant. Le dossier serbe est loin d’être béton: il faut lutter contre la corruption et l’influence de réseaux criminels, garantir l’Etat de droit… Autre handicap, le refus de reconnaître l’indépendance du Kosovo, proclamée en 2008.»
Mais, conclut le quotidien fribourgeois, il ne faut pas oublier qu’il faut une volonté politique de la part des Vingt-Sept. Le quotidien fribourgeois rappelle que l’UE a «connu un coup de fatigue après le dernier élargissement à des pays plus pauvres, la Bulgarie et la Roumanie en 2007»
«Après l’arrestation de Mladic, la Serbie va-t-elle entrer directement dans l’Union européenne?», se demande le Blick, qui ajoute aussitôt une de ces questions qui fait mal à la Suisse et dont il a le secret: «Quelles conséquences de la libre-circulation pour la Suisse?», sous-entendu: quand la Serbie sera membre de l’UE.
Le massacre de Srebrenica a lieu le 11 juillet 1995. Des soldats et des paramilitaires serbes y éliminent environ 8000 musulmans de sexe masculin.
La ville bosniaque était l’une des six zones de sécurité protégées par les forces de maintien de la paix de l’ONU. Mais les troupes onusiennes n’ont pas été capables de prévenir le massacre
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